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LES MASSACRES DE

Mohammed-Sélim-Pacha devait recueillir bientôt le fruit de ses habiles et perfides combinaisons. La répartition des impôts mécontenta d'abord à nouveau les chrétiens : c'était eux principalement qui payaient les taxes, la douane, le Kharadj, le Yuruk et la dîme, car ils constituaient la portion la plus laborieuse et la plus fortunée de la population libanaise, tandis que les Druses de la Montagne étaient, en général, pauvres.

La diminution d'impôts accordée parMohammed-Sélim dans son ordre du 5 septembre 1841 ne profita guère aux Maronites (1) ; les Druses, en effet, étant exempts de tout impôt pour trois ans, c'était les Maronites seuls qui payaient le million sept cent cinquante mille piastres fixé par le pacha pour tout le pays ; en plus de leurs propres contributions, ils fournissaient donc aussi la quote-part des Druses. Aussi leur grand souci était-il d'obtenir par le conseil provincial une refonte du système d'impôts et une notable diminution de leurs charges. Mais, avant que le conseil fut constitué et que les Maronites eussent pu exposer devant lui leurs griefs, les Druses déchaînèrent dans la Montagne une effroyable guerre civile.

Les massacres de 1841.

Comme par les voies pacifiques et légales les Druses n'avaient pas pu obtenir la destitution de l'émir Béchir-Kassim, ils eurent recours à l'insurrection. Sans doute furent-ils encouragés par les bonnes paroles que Sélim-Pacha leur prodiguait, par la chaleureuse sympathie qu'ils rencontraient auprès de toutes les autorités turques, et peut-être par leur secrète excitation. Ne leur répétait-on pas que la Porte, malgré son ardent désir, ne pouvait pas leur donner satisfaction devant l'opposition formelle de l'Europe, et que seule une guerre civile pouvait lui permettre de pénétrer dans la Montagne avec des troupes, et de la réorganiser d'un commun accord avec eux !

Les Druses procédèrent avec beaucoup de mauvaise foi et de ruse. Profitant de la réunion que nécessitait la réparti-

(1) Testa, op. cit., p. 91 et suiv. Ordre de Mohammed -Sélim-Pacha à Vémir Bèchir en date du 5 septembre 1841 (18 redjeb 1257).

lion des impôts, quelques cheiks concertèrent entre eux la levée en masse de tout leur peuple et l'attaque brusque contre les Maronites et les partisans de l'émir Kassim. Afin de tromper plus complètement la vigilance de l'émir, ils lui tendirent odieusement un piège en lui demandant de « faire passer ses ordres aux autres cheiks pour s'assembler et décider la question des taxes ». Kassim, sans méfiance, convoqua tous les chefs druses à Déïr-el-Kamar, où il se trouvait luimôme, pour le mercredi, 12 octobre. Les Druses purent ainsi faire leurs préparatifs en toute sécurité ; ils furent prêts rapidement, grâce à leur forte organisation féodale et militaire. La veille de la réunion, les chefs convoquèrent tous leurs hommes, et, le lendemain, ils s'approchèrent de Déïr-el Kamar en armes, organisés pour la lutte. L'émir Kassim essaya de parlementer avec eux, et leur donna l'ordre de s'éloigner, mais en vain. Ils campèrent devant Déïr-el-Kamar; les cheiks de la famille Neked, avec des bandes armées, ouvrirent les hostilités. Du quartier druse, ils pénétrèrent dans le centre de la ville, le mercredi, dans l'après-midi, massacrèrent les chrétiens surpris et sans armes, saccagèrent et brûlèrent les maisons et les boutiques jusqu'à la tombée de la nuit.

Ils étaient déjà maîtres dune grande partie de la ville,quand les chrétiens se groupèrent à leur tour, et, par une contreattaque, repoussèrent les agresseurs du centre de la ville. La suite de l'émir Kassim avait pris part à la lutte, du côté des Maronites, il avait eu deux morts et plusieurs blessés ; l'émir lui ordonna de se retirer dans le sérail, où il se trouvait luimôme, pour défendre sa personne. Puis, il essaya de calmer les Druses, en leur ordonnant d'abord 4e se retirer, ensuite en leur proposant des négociations. Ce fut en vain ; les Druses ne cachèrent pas leur désir de s'emparer de sa personne; ils cernèrent le sérail et lui coupèrent la retraite vers la côte, où il aurait été sous la garde de l'escadre anglaise (1).

La bataille recommença le lendemain, jeudi, à l'aube, et dura jusqu'au samedi, midi, avec le môme acharnement. En même temps, d'autres bandes druses détruisirent plusieurs villages chrétiens et en massacrèrent les habitants. Les Maro-

(1) Testa, op. cit., t. NI, p. 93. — Lettre de Vémir Béchir au consul britannique, M. Wood, à Damas, en date die Deïr-el- Kamar, le 18 octobre 1841 (3 Ramazan 1257).

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