LES MASSACRES DE
la Russie et la France, avaient le moyen d'y intervenir sans cesse, et môme, en temps ordinaire, y exerçaient une grande influence, l'une par son protectorat sur les catholiques et particulièrement sur les Maronites, l'autre par son protectorat sur les orthodoxes, l'Angleterre, depuis la retraite des Egyptiens, n'y avait plus personne à protéger.
Cependant la Syrie, pour elle, avait une importance considérable ; elle était à cheval sur la grande voie terrestre qui reliait le bassin méditerranéen au domaine de l'Océan Indien, et qui assurait la communication la plus rapide entre l'Europe et 1 Inde anglaise , ce joyau de l'empire britannique et sa grande source de richesse, à une époque où l'isthme de Suez n'était pas encore percé.
L'Egypte était entre les mains de Méhémel-Ali, l'ami de la France et l'ennemi acharné de l'Angleterre. Si la France arrivait encore à être prépondérante en Syrie, par les Maronites, les « papistes », il ne restait aux Anglais, en cas de conflit (et les événements venaient de démontrer, en 1840, qu'une guerre pouvait éclater d'un moment à l'autre), que la longue route autour de l'Afrique pour communiquer avec Ceylan et Bombay. Sans compter que le France réussissait, par son protectorat, à bénéficier plus que les autres puissances du commerce considérable qui se faisait dans ces vieilles terres de civilisation du Levant, riches h la fois par leurs cultures, par leurs industries actives et variées et par leurs marchés commerciaux très puissants.
Enfin, par ce condominîum de la Russie, de la France et de la Turquie en Syrie, auquel aboutissait en somme le protectorat des chrétiens dans la pratique, les deux puissances pouvaient exercer sur le Sultan une pression beaucoup plus forte que l'Angleterre ; elles l'exerçaient naturellement en faveur de leurs intérêts personnels, pour augmenter leur puissance économique et politique, au détriment de l'Angleterre. Ce protectorat empêchait l'Angleterre de réaliser son grand rêve en Orient, de soustraire le Sultan à la tutelle collective de l'Europe ou à la tutelle individuelle de la Russie ou de la France, de maintenir nominalement son pouvoir souverain et l'intégrité de son empire envers et contre tous, afin de gagner sa confiance, de le diriger et d'en faire un auxiliaire de la politique et de la puissance économique anglaises.
Le protectorat forçait le Sultan à subir sans cesse la tutelle
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des Russes el des Français, à s'entendre avec eux ou à courir le risque d'une guerre. Pour briser ou tout au moins pour diminuer à la fois l'influence russe et l'influence française en Orient, il fallait enlever à ces deux puissances le monopole du protectorat, ce monopole de l'intervention légale. A leur tour, les hommes d'Etat anglais cherchaient en Orient et surtout en Syrie, des populations à protéger.
Les protégés naturels du gouvernement britannique en Orient étaient les protestants. Mais, en Syrie et en Terre- Sainte, il n'y en avait pas, sauf de très rares résidents européens dans les villes, le long des côtes surtout. C'était insuffisant, car ce n'était pas pour deux ou trois douzaines de commerçants protestants, noyés au milieu de quelques centaines de milliers de catholiques et d'orthodoxes, que le cabinet de Londres pouvait contrôler sans cesse la Porte, peser sur elle, et essayer de contrebalancer l'action de la France et celle de la Russie.
L'Angleterre essaya de remédier à cette faiblesse, en expédiant en Syrie et en Palestine des missionnaires anglais et américains, ainsi que nous l'avons déjà vu. A partir de 1840, des clergymen s'établissent en grand nombre partout, à Beyrouth, à Damas, à Sayda, dans tous les centres de quelque importance, parcourent tout le pays, déployant une très grande activité et un zèle ardent de prosélytisme à à la fois chez les Druses, chez les Musulmans et chez les catholiques, aussi bien que chez les orthodoxes de toute observance. Des sociétés très riches de Londres, de Manchester, de toutes les contrées de la mère-patrie leur prodiguent les subsides ; le gouvernement lui-môme les encourage et les subventionne, les couvre de sa protection toute puissante, comme s'il s'agissait de convertir tout l'Orient au protestantisme. Mais le succès ne correspond en aucune façon à l'immensité de l'effort.
En 1840 et en 1841, les Syriens ne manifestaient nullement l'intention de se rallier au protestantisme. L'Angleterre n'augmentait que très lentement et d'une façon dérisoire le nombre de ses protégés ; elle avait hâte cependant d'avoir un protectorat eil'ectif à exercer. Alors, elle chercha si, parmi les populations indigènes non musulmanes, il n'y en avait pas qui eussent besoin d'un appui, et elle trouve les Druses.
Ce n'était pas que les Druses fussent bien sympathiques