‹ La question du LibanChapitre 36 sur 124 · IV. LA MISSION DU SÉRASKIER · texte numérisé non relu

IV. LA MISSION DU SÉRASKIER

ment Tordre, Abdul-Medjid envoya le Séraskier (\) Mustaphapacha en Syrie, avec des pouvoirs très étendus, et lui ordonna de pénétrer dans la Montagne, avec des forces suffisantes pour tenir en respect les Druses et les Maronites, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser l'anarchie. Il était môme entendu entre le Sultan et ses ministres que Ternir Béchir-Kassim devait être destitué ; son incapacité était notoire ; il devait être remplacé, au moins provisoirement, par un général turc.

Que pourraient objecter les puissances européennes ? La Porte n'agissait elle pas dans le strict intérêt de la paix? Et pouvait-elle, après Téchec manifeste de toutes les tentatives de conciliation, agir encore autrement que par la force? Une fois que la Montagne serait fortement occupée par les troupes turques, et placée sous l'autorité d'un général turc, il devenait facile de détruire peu à peu son autonomie, et de transformer à la longue celte occupation, cette administration provisoire, en un régime définitif.

La mission du Séraskier Mustapha-Pacha en Syrie et le gouvernement d'Omar-Pacha dans la Montagne.

Le séraskier Mustapha-Pacha, sitôt arrivé à Beyrouth, sut organiser une mise en scène fort habile. Les cheiks druses, prévenus de sa mission, et après entente, sans doute, avec leurs protecteurs, les fonctionnaires turcs de la région, se présentèrent ensemble à sa résidence « pour déposer à ses pieds l'hommage de leur profond respect », et pour les « délivrer des mains de la famille Chéhab ». Bien plus, ils demandèrent qu'aucun des descendants de cette famille, ni des notables druses ou chrétiens de la Montagne, pût dorénavant être appelé à les gouverner, mais qu'ils fussent placés sous l'autorité « d'un des fidèles sujets de l'Empire » (2).

Le Séraskier, très heureux de cette démarche qui lui rendait sa tâche particulièrement facile, les en remercie chaleureusement et promet de leur donner satisfaction. 11 prit lui-même en mains le gouvernement de la Montagne, pour le réorganiser, et prononça la destitution de l'émir Béchir-

(1) Ou ministre de la guerre.

(2) Testa, op. cit., t. III, p. 109.

Kassim (1). Il devait être remplacé par un gouverneur turc, le général Omar-Pacha, un déserteur hongrois, sitôt après le rétablissement de la paix.

Puis, le Séraskier se mit à parcourir tout le pays pour achever en détail son œuvre de pacification. De tous côtés, des bataillons ottomans, composés principalement d'Albanais et de nombreux détachements des bachi-bouzouks, s'emparèrent des principales positions, non sans quelques combats avec des bandes indigènes. Les Druses, toujours conseillés par les fonctionnaires turcs, qui leur promettaient la réalisation de tous leurs désirs, se retirèrent dans leurs villages, renonçant à tout acte d'hostilité, et « chaque individu se remit à l'exercice de l'état qui lui avait été transmis par son père et ses ancêtres ».

« La confiance et la tranquillité commençaient à renaître parmi les populations, affirmaient les Druses ; la haine et l'animosité qui régnaient entre nous ont complètement disparu, manifestaient-ils avec joie ; l'éloignement des émirs Chéhab n'a pas tardé à produire l'effet qu'on était en droit d'attendre (2). »

La Porte ne semblait-elle pas fondée à annoncer que l'autonomie,sous les émirs Chéhab, provoquant des rivalités âpres et aiguës entre les différentes clauses était la cause de l'anarchie, et que l'administration directe seule, sous un gouverneur turc, pouvait ramener le calme et une vie normale stable ? Certes, les Druses avaient tout lieu d'être satisfaits. Us ne formaient qu'une minorité dans le Liban. L'autonomie les soumettait nécessairement aux chrétiens ; l'administration turque, au contraire, ne pouvait que les favoriser contre les Maronites. Ceux-ci. par la suppression de leurs privilèges, tombaient au rang de simples rayas, tandis que les Druses, appartenant à une secte issue de l'Islam, restaient des membres de la race dominante de l'Empire. Aussi criaient-ils bien haut qu'ils étaient de bons et fidèles musulmans, et que, comme tels, ils devaient non pas être soumis à des chrétiens, à des c infidèles », mais être, au contraire, leurs supérieurs sous l'autorité immédiate du Sultan.

Les Maronites, cependant, ne voulaient pas se prêter jus-

(1) L'émir Béchir-Kassim-Mulhem fut envoyé à Constantinople.

(2) Testa, op. cit., t. III, p. 108.

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