‹ La question du LibanChapitre 37 sur 124 · IV. LA MISSION DE SÉfUSKIER · texte numérisé non relu

IV. LA MISSION DE SÉfUSKIER

qu'au bout au rôle de victimes et se laisser dépouiller sans résistance de leurs antiques privilèges. Un souffle de révolte souleva toute la nation et réveilla cette énergie virile et ce courage ferme dont elle avait maintes fois fait preuve dans son histoire. La résistance contre le nouveau gouverneur s'organisa rapidement autour des membres de la famille Chéhab, dont l'autorité et l'influence étaient toujours considérables dans les districts chrétiens. Us trouvèrent un appui sérieux auprès des résidents européens, qui se voyaient lésés dans leurs intérêts économiques par le nouveau régime.

Us auraient pu s'adresser directement aux puissances européennes qui, l'année précédente encore, leur avaient promis leur aide contre l'odieuse fiscalité turque, et principalement à la France, leur fidèle protectrice, et solliciter d'elles enfin l'exécution de leurs engagements et le rétablissement de l'autonomie qu'elles avaient toujours garantie ; mais ils se montrèrent plus habiles ; ils restèrent dans la légalité et soumirent leurs griefs à la fois au Sultan, et aux représentants des Puissances.

Dans un langage fier et respectueux à la fois, la noblesse chrétienne rappela à la Porte tous les services qu'elle lui avait rendus contre Ibrahim-Pacha et les Egyptiens, et les promesses de récompense qu'on lui avait prodiguées et qui avaient été si complètement oubliées : c Pendant que vos sujets attendaient anxieusement d'être rétablis dans une parfaite tranquillité et comptaient jouir de vos grâces spéciales, dignes de l'honneur impérial de la Sublime-Porte, pour notre rémunération des services pénibles et des sacrifices que nous avons faits en combattant le gouvernement égyptien, conformément aux ordres et à la volonté de notre souverain, voici que nos espérances se sont rendues fallacieuses, et, bien loin de ce que nous attendions de la bonté de la Sublime-Porte, des impôts injurieux viennent de nous être imposés (1). »

Et ils rappelaient que les taxes douanières, le Kharadj, le luruk et la dlme, non seulement les ruinaient, mais même leur étaient imposés illégalement. Que demandaient-ils, en somme ? Tout simplement le retour au passé, le rétablisse-

(t) Testa, op. cil., t. III, p. 110. Requête des émirs et descheiks du Mont Liban à la Sublime-Porte en date du 22 mai 1842 (rebiulakhir 1257).

ment du régime d'avant la conquête égyptienne, qui avait fonctionné à la satisfaction de tous.

« Nous venons maintenant implorer chaudement la miséricorde de la Sublime-Porte, afin quelle nous regarde avec un œil de bienveillance et nous fasse obtenir notre tranquillité, qui ne sera garantie qu'en nous exemptant du droit du tarif, totalement, sur l'importation de nos produits : soie, huile, etc., et les articles en céréales que nous importons pour notre subsistance dans les différents ports et villes de la Syrie. Et nous ne pouvons supporter aucune imposition, excepté ce que nous payions au Sultan, dans le temps passé (1). »

Comme ils avaient souffert de la guerre, on leur avait promis de justes indemnités. Mais, au bout de deux ans, ils n'en avaient pas encore obtenu le paiement, malgré l'avis favorable de l'enquête officielle.

« Nous attendions également d'être indemnisés des pertes que nous avions subies dans les pillages, et dégâts de nos propriétés, depuis la première insurrection contre le gouvernement égyptien jusqu'à notre livraison, ainsi que de ceux qui ont été faits par les troupes turques, par ordre supérieur, el nous étions assurés d'être payés du montant, qui, d'après l'estimation des experts nommés à cette époque, par ordre supérieur, pour prendre note de ces dégftls,est de quatre cent mille tallaris (2). — Le délai qu'on a employé à nous rembourser celte somme nous cause des pertes nouvelles. — Nous croyons qu'il est contraire à l'usage des rois de ne pas indemniser leurs sujets de ces dommages qui ont été faits par leurs ordres, en temps de guerre, conformément aux règlements de justice, et en vertu de quoi nous prions que notre supplique soit écoulée. »

Cependant, la Sublime Porte refusa d'abord de donner suite aux réclamations des Libanais. Omar-Pacha assuma effectivement le gouvernement de la Montagne. Mais il ne fut pas à la hauteur de sa tâche, et, dès le début, il commit de nombreuses maladresses. Voulant briser immédiatement par la force brutale l'autonomie libanaise, il humilia la noblesse druse et entreprit de restreindre l'autorité qu'elle tenait du régime féodal toujours en vigueur. En même lemps, il tenta de

(2) Le tallari est de vingt piastres.

Page 1