‹ La question du LibanChapitre 38 sur 124 · IV. LA MISSION DE SÉRASKIER · texte numérisé non relu

IV. LA MISSION DE SÉRASKIER

remplacer les émirs locaux et les seigneurs les plus influents du Kesrouan maronite par des cheiks qu'il croyait dévoués à sa cause. Toutes ces mesures menacèrent de bouleverser l'orgapisation libanaise et provoquèrent l'opposition violente de tous les seigneurs d ruses et chrétiens, qui étaient toujours les chefs naturels et respectés des populations.

Les Maronites sollicitèrent alors la protection des puissances. Leur autonomie leur était garantie par des traités formels ; elle avait été reconnue et par la France et par toutes les autres puissances européennes , non seulement dans le passé, mais encore pendant la grande crise de 1840. Les représentants anglais eux-mêmes, l'amiral Stopfort, le Commodore Napier, M. Wood, avaient approuvé leurs protestations contre des impôts injustes et contraires à leurs privilèges. Ils avaient trouvé fondées leurs demandes d'indemnités, et s'étaient engagés à les soutenir. Surtout ils trouvaient excessives les mesures prises par Omar-Pacha contre la noblesse druse.

Pouvaient-ils,au bout de deux ans à peine, et sans aucun motif, se dégager de leur parole ? L'Angleterre, immédiatement» fit entendre des protestations peut-être plus bruyantesqu'énergiques contre la destruction de 1 autonomie libanaise. La France, dont les meurtrissures, subies en 1840, n'étaient pas encore guéries, ne prit pas, vis-à-vis de la Porte, persécutrice de ses sujets et de ses protégés, une attitude menaçante, de matamore ou de maître d'école ; Louis-Philippe et M. Guizot n'avaient aucun goût pour la réclame tapageuse. Elle ne remplit pas moins tout son devoir envers les Maronites. Son ambassadeur à Constantinople , le baron de Bourqueney, réussit à faire l'entente entre les représentants des puissances auprès de la Porte pour entreprendre une action commencée en faveur des chrétiens de la Montagne.

Tous les ministres et ambassadeurs européens convinrent de porter au Sultan une protestation générale contre la désignation d'Omar-Pacha comme gouverneur du Liban.

Le représentant de l'Angleterre dut même sy associer. Mais AbdulMedjid, enhardi par la reculade de Méhémet Ali et par ses propres succès aussi inespérés qu'immérités, ayant pu, pendant la crise égyptienne, juger cette prétendue entente des puissances à sa juste valeur, se crut assez fort pour repousser toute ingérence étrangère dans son Empire.

Le grand-vizir répondit aux ambassadeurs qu'il faisait procéder à une enquête générale dans le Liban même, et qu'il attendait le rapport pour prendre toutes les mesures que la situation comportait, et il les éconduisitnon sans ironie.

C'était cependant abuser de la complaisance que l'Angleterre témoignait pour la Porte. Londres voulait bien soutenir Constantinople, mais en recevoir, en échange, des marques constantes de respect et de docilité. Le Sultan pouvait braver l'Europe, à condition qu'il se courbât devant l'Angleterre et acceptât ses exigences intéressées.

L'attitude railleuse du grand-vizir suscita les plus vives remontrances de Sir Slratford Canning ; afin de bien prouver au Sultan que, sans l'appui de l'Angleterre, il ne pouvait résister à l'Europe, Sir Slratford s'associa de toutes ses forces à la protestation générale, pour le maintien de l'autonomie libanaise.

La Porte dut céder, et des négociations s'ouvrirent entre elle et les représentants des puissances, pour la réorganisation définitive de la Montagne.

La réorganisation de 1842.

Dès le printemps de 1842, la conversation s'engagea entre les ministres ottomans et les ambassadeurs européens. M. de Bourqueney, appuyé fortement par la Russie, demandait, en conformité avec les désirs des Maronites, le rétablissement pur et simple de l'ancienne principauté chrétienne, gouvernée par les émirs de la famille Chéhab.

Mais la Porte s'opposait de la manière la plus formelle à cette solution. Pouvait-elle renoncer ainsi, à la première sommation de l'étranger, au béné/ice de tous ses efforts en Syrie depuis deux ans? Pouvait-elle rétablir purement et simplement cette principauté chrétienne autonome, dont l'existence avait toujours été pour elle une gêne et un obstacle, quelques semaines à peine après avoir enfin réussi à l'abattre?

Elle croyait avoir de trop bons arguments contre l'autonomie et contre les Chéhab, tirés des événements mêmes qui venaient de s'accomplir, pour ne pas renoncer à l'administration immédiate de la Montagne, ou pour ne pas essayer, au moins, d'y augmenter considérablement son autorité, en af-

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