‹ La question du LibanChapitre 39 sur 124 · V.^LA^BÉOBGANISATION DE · texte numérisé non relu

V.^LA^BÉOBGANISATION DE

faiblissant les institutions autonomes, et en diminuant les privilèges des chrétiens.

« Certes, répondit le nouveau ministre des affaires étrangères Sarim-EfTendi, aux représentants des puissances, les Maronites demandent le retour des Chéhab ; mais les Druses s'y opposent de toutes leurs forces.

u Leur insurrection a môme éié dirigée uniquement contre le priticipat des Chehab. Us ont déposé les armes dès que l'émir Béchir-Kassim et sa famille ont été destitués, et, depuis celte époque, la paix est revenue profonde dans la Montagne. »

Et, à l'appui de sa thèse, Sarim soumit aux ambassadeurs une requête de la noblesse druse, qui lui était parvenue trop à propos pour qu'elle ne fut pas provoquée par les Turcs euxmêmes. C'était un réquisitoire passionné, farouche, haineux contre les Chéhab et contre leur rappel :

« Nous sommes tous sujets et serviteurs de la SublimePorte; loin de vouloir consentir à être gouvernés par la famille Chéhab, ni par aucun autre individu, soit druse, soit chrétien, nous adressons, au contraire, à l'Empire ottoman, notre bienfaiteur, la très humble prière de nous donner pour chef un de ses fidèles serviteurs. »

« Nous sommes tous décidément résolus, dans le cas où, les paroles perfides des gens d'une si mauvaise foi venant à prévaloir sur notre demande, on s'arrêterait au parti de nous donner pour gouverneur un des membres de la famille Chéhab, ou quelque autre des habitants de la Montagne, de nous disperser dans les différentes parties de l'empire ottoman, afin de nous mettre à l'abri de leur atteinte.

c Nous sommes prêts, s'il est besoin de le faire, à nous rendre à Constantinople pour y déclarer, verbalement ou par écrit, que cette demande de notre part est aussi l'expression des vœux des habitants notables et de tout le peuple de la Montagne (1). »

Le retour de l'émir Béchir, comme gouverneur du Liban, serait ainsi le signal d'une nouvelle insurrection druse et de nouveaux troubles. Sir Stratford Canning fut ébranlé par les

(i) Testa, op. cit., p. 110. — Requête des habitants du Mont-Liban à la Sublime-Porte, en date de fin mai 1842 frebiul-akhir, 1257).

arguments de Sarim-Effendi ; on ne pouvait pas pousser toute la nation druse au désespoir.

Les négociations furent longues et laborieuses. Dans la Montagne, l'opposition contre Omar Pacha devint si forte, que les Druses eux-mêmes finirent, en partie, par se rallier aux Chéhab, uniquement pour être débarrassés des fonctionnaires ottomans. La Porte dut accepter de consulter les Libanais. La grande majorité se prononça pour le retour des Chéhab ; mais le pacha de Beyrouth envoya à Gonstantinople un faux rapport (1).

La commission européenne ne fut cependant pas dupe de cette manœuvre. La Porte, sur ses instances toujours plus pressantes, dut consentir au rappel d'Omar-Pacha, mais elle repoussa le rétablissement d'un émirat unique dans la Montagne, préconisé par la France, avec tant d'énergie que les négociations faillirent être rompues.

Finalement, l'ambassadeur autrichien insinua une sorte de compromis : au lieu de réunir les Druses et les Maronites, puisqu'ils ne pouvaient plus vivre ensemble, on les séparerait, en créant, pour chaque peuple, une administration distincte, qui jouirait, chacune, des privilèges anciens de la Montagne,

L'accord tarda à se faire sur celte proposition. La France, fidèle au vœux des Maronites, tenait toujours pour la principauté unique. La Porte, au contraire ne voulait pas lâcher sa proie.

Ce ne fut qu'aux mois d'octobre et de novembre qu'elle céda et que le principe des deux caïmacamies, une druse et une maronite, gouvernées par des « caïmacams i ou gouverneurs ayant les mêmes pouvoirs que les anciens émirs, fut adopté unanimement par les puissances, avec regret il est vrai, par la France. Mais on lui donna le caractère d'un arrangement provisoire seulement, sur les instances mômes de la Porte, qui se réservait ainsi le droit de modifier ce statut de la Montagne, naturellement dans un sens favorable à ses idées; elle consentait à faire un essai avec une organisation différente de l'ancienne. Si cette organisation pouvait assurer la paix et la prospérité à la Montagne, elle serait rendue définitive, avec les modifications dont l'expérience aurait démontré la nécessité au Sultan (2).

(1) De Jonquières, op. cil., p. 494-495.

(2) V. Testa, op. cit., t. III, p. 60 et suiv.

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