‹ La question du LibanChapitre 41 sur 124 · V. LA RÉOnGANISATION DE · texte numérisé non relu

V. LA RÉOnGANISATION DE

puissances la responsabilité des nouveaux troubles qui pourraient éclater dans le Liban, à la suite d'une réorganisation qu'il qualifiait implicitement de bâtarde et de mauvaise, et de ménager en môme temps a la Porte la possibilité de profiter de ces troubles et de soumettre définitivement l'administration libanaise à son autorité immédiate. 11 eut soin de spécifier, en tête de sa note, combien la solution adoptée semblait dangereuse aux ministres turcs et à Mustapha -Pacha, qui avait procédé à une enquête approfondie en Syrie.

« Mustapha-Pacha s'est déclaré être pleinement convaincu que la mesure de nomination par le Mouchir de SaTda de deux caïmacams, l'un pour les Druses et l'autre pour les Maronites, précédemment arrêté, pour assurer la tranquillité si unanimemeut désirée de la Montagne, ne pourrait atteindre le but proposé que lorsque ces caïmacams seraient pris parmi les étrangers, en même temps qu'il a assuré, d'une manière positive et formelle, que cette tranquillité ne pourrait être obtenue dans le cas où l'on voudrait, au contraire, s'arrêter au parti de prendre les dits caïmacams parmi les Druses et les Maro* nitcs eux-mêmes (1). »

L'ancienne unité libanaise, l'œuvre des Ma'an et des Chéhab, était ainsi brisée ; le Liban était partagé en deux tronçons, en deux caïmacamies.

Très habilement, la Porte avait affaibli celte principauté qui avait su non seulement conserver une quasi-indépendance à travers les siècles, mais qui avait su prospérer, qui s'était agrandie et avait maintenu haute et fière la bannière de la liberté flottant aux vents sur les splendides cimes neigeuses de la Montagne. Le bloc solide des Montagnards, si fortement cimenté par Fahr-ad-Dtn 11 Ma'an et par l'émir Béchir-le- Grand, en particulier, qui avait résisté aux Pachas turcs* qui avait repoussé les Janissaires et les bataillons victorieux de Méhémet-Ali, était « désagrégé ».

Les Turcs pouvaient désormais se servir facilement et quotidiennement presque d'une nation contre l'autre, puisque chacune avait son organisation distincte. Ils pouvaient se servir des Druses contre les Maronites, et même réciproque-

(1) Testa, op. cit., t. III, p. 06. — Note du ministre des affaires étrangères (Sarim-Effendi) aux représentants d'Autriche, de Franco, de Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie (7 décembre 1842, 4 Zilcadé 1258),

ment, sans pour cela s'immiscer dans l'administration intérieure de la Montagne. Leurs rapports réguliers avec chacun des deux caïmacams et leurs entourages suffisaient à fomenter et à entretenir la division dans cette citadelle de la Syrie, qui avait résisté à tant d'assauts.

Il n'y avait môme pas, au sens exact du mot, de principauté druse ni de principauté maronite. Il y avait deux gouvernements, dont les chefs étaient nommés par le Sultan. Ils n'étaient pas héréditaires, mais bien révocables ; ils étaient donc ainsi les agents du Mouchir de Sayda qui les nommait et les surveillait sous le contrôle de la Porte. Même, afin de bien marquer la fin définitive de l'ancienne autonomie, la chute de la principauté libanaise, la Turquie avait obtenu la déchéance formelle des Chéhab, qui avait gouverné le Liban pendant plus d'un'siècle.

La réorganisation de la Montagne aboutissait ainsi à ia destruction de la principauté que l'émir Béchir et ses prédécesseurs avaient créée ; elle fortifiait considérablement l'autorité de la Porte et de ses Pachas dans ce pays jusqu'alors réfractaire. Elle était, sans conteste, un succès pour la Porte.

Abdul-Medjid et ses ministres ne voulurent pas se contenter de cette première victoire. Leur but était la soumission entière de la Montagne sous leur autorité immédiate et absolue. Or, le nouveau pacte maintenait de nombreux privilèges aux Libanais ; en matière fiscale et en matière d'administration locale et de justice, ils échappaient à la loi commune de l'Empire et jouissaient de grandes faveurs. Enfin, l'obligation de choisir les caïmacams dans leur sein était une condition humiliante pour le souverain, à une époque surtout où tous ses efforts tendaient à la centralisation, à l'introduction d'une forte discipline administrative et d'une hiérarchie bien établie dans son Empire.

La délimitation des deux caïmacamies leur semblait une occasion propice pour tracer des limites territoriales étroites aux deux régions qui devaient jouir de cette autonomie relative. Les limites de la province libanaise avaient beaucoup varié ; en outre, il était impossible de la diviser en deux domaines géographiques distincts, l'un appartenant exclusivement aux Druses, l'autre aux Maronites. Les deux nations vivaient entremêlées dans de nombreux districts. Certaius districts avaient été autrefois placés sous l'autorité directe des

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