‹ La question du LibanChapitre 45 sur 124 · LA CRISE DE 1843 A · texte numérisé non relu

LA CRISE DE 1843 A

plus fausses et des plus déplorables et démontre la nécessité de substituer d'autres arrangements à ceux qu'on avait cru devoir essayer. »

Guizot voyait le salut dans le rappel des Chéhab à la tête de l'ancienne principauté (1).

Le 16 mai, M. de Bourqueney demande donc formellement à la Porte l'abolition des règlements du 7 décembre 1842 et la restauration politique des Chéhab. En môme temps , M. Guizot chargea les ambassadeurs français à Londres, à Vienne, à Berlin et à Saint-Pétershourg de négocier avec les gouvernements auprès desquels ils étaient accrédités, afin d'amener un accord de vues et de direction, s'il était possible.

L'Autriche se mit entièrement d'accord avec la France, et les deux puissances agirent de concert à Londres auprès de lord Aberdeen, qui était alors à la tête du Foreign Office, pour le convaincre de la nécessité de rétablir dans le Liban l'ancienne principauté des Chéhab.

Londres, cependant, n'adopta pas le programme austrofrançais. Il y était hostile, d'abord parce que les Druses, ses protégés, étaient opposés au retour des Chéhab, leurs prétendus ennemis, ensuite parce que la Porte ne voulait pas consentir au rétablissement d'une principauté unique et de privilèges qui diminuaient dans une proportion dangereuse son pouvoir souverain. Comme en 1840, comme plus lard en 1860, l'Angleterre soutenait la Porte pour mieux la diriger et pour mieux l'exploiter. La conséquence fut que l'intervention austro-française n'aboutit pas au résultat désiré.

La Porte protesta de sa pleine indépendance et ne voulut accepter aucune ingérence impérative dans sa politique intérieure. Grâce à l'appui de l'Angleterre, elle réussit à écarter toute mise en demeure relative aux affaires du Liban.

Les puissances, afin de respecter la souveraineté du Sultan, eurent recours à une fiction : on décida la réunion d'une commission à Beyrouth ; les représentants de la Porte, des puissances et des Libanais eux-mêmes arrêteraient les bases de nouveaux arrangements à adopter, qui seraient ensuite

(1) « Ce qu'on ne saurait nier, c'est que le rétablissement de la famille Chéhab aurait tout d'abord l'avantage de substituer l'unité de pourvoir à un système dont la conséquence immédiate est d'affaiblir ce même pouvoir en le fractionnant. »

soumis à l'examen et à la ratification du Sultan Abdul- Mejid.

Khalil-Pacha fut envoyé en mission extraordinaire en Syrie, afin de procéder à une enquête générale et d'arrêter les projets aptes à ramener la tranquillité et la paix dans la Montagne.

Il eut de nombreuses conférences avec les consuls européens et avec les cheiks indigènes, maronites et druses. Un arrangement ne devait être conclu qu'après entente, d'un commun accord. Cependant, entre des adversaires aussi irréductibles, l'accord ne pouvait être que fictif ; il ne pouvait être réalisé que par des équivoques, par des généralités. Dès qu'on aborderait le détail des arrangements, il devait se rompre. Tel était, du reste, le plan du pacha ; il voulait conserver toute sa liberté d'action et ne s'entendre avec les Puissances et les Maronites que sur des principes généraux, suffisamment larges et élastiques pour lui permettre, comme il le voulait, d'interpréter ces principes généraux dans le détail et dans l'application, et de s'en servir pour ses projets secrets contre l'autonomie libanaise.

Trois questions surtout attendaient une solution rapide et juste : 1° celle des indemnités réclamées par les Maronites pour tous les dommages subis depuis l'insurrection contre Méhémet-Ali ; 2° celle du châtiment des Druses coupables des massacres ; 3° celle de l'organisation de la Montagne.

Pour la première question, Khalil-Pacha, s'il ne pouvait plus, devant les protestations de l'Europe, éluder complètement le paiement des indemnités, cherchait au moins à en abaisser le chiffre autant que possible, et à limiter surtout la contribution du Trésor turc au strict minimum. La pénurie de ce trésor était proverbiale : la Porte ne parvenait pas à payer la solde à ses officiers et à ses soldats ; pourquoi consentirait-elle à prodiguer son or à des chrétiens ?

Quant au châtiment des Druses, l'Angleterre étendait sur eux sa main protectrice. Ils n'avaient fait, en somme, objectait-elle, qu'user d'un droit reconnu de tous temps dans la Montagne, du droit à l'insurrection, de la loi du plus fort. Les rixes sanglantes entre Druses et Maronites auraient toujours été fréquentes dans la Montagne.

En 1841, les Druses auraient même eu des motifs assez sérieux de s'insurger contre l'émir Béchir-Kassim ; car, de l'aveu même de l'Europe, les Chéhab avaient fait peser sur

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