‹ La question du LibanChapitre 51 sur 124 · I. LA CRISE DE 1843 A · texte numérisé non relu

I. LA CRISE DE 1843 A

Prusse et la Russie. Restait l'Angleterre. M. Guizot, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Londres, le comte de Saint- Aulaire, demanda au cabinet anglais de munir sir Stratford- Canning d'instructions, pour qu'il agit auprès de la Porte « avec l'énergie et l'insistance convenables ».

C'était une invitation à soutenir l'action française, basée sur le protectorat des catholiques, que l'Angleterre avait toujours cherché à restreindre et à contrebalancer. Mais, dans la circonstance, devant l'horreur de la situation, elle ne put se dérober et repousser cette action commune, à laquelle sa rivale la conviait. Elle s'y associa avec la secrète pensée de la surveiller et d'en empêcher les effets trop favorables à l'influence française.

A l'unanimité de l'Europe, la Porte ne crut pas utilfe de résister ouvertement Selon sa vieille tactique, qui lui avait si souvent réussi, elle essaya de gagner du temps. L'expérience lui avait prouvé que l'accord entre les puissances était rarement de longue durée. Solide, tant qu'il ne s'agissait que de critiques, de blâmes, il se désagrégeait chaque fois qu'il fallait faire œuvre concrète, constructive. Pour défaire l'accord, la Porte fit assaut de bonne volonté et prépara dans le plus grand secret un de ces projets grandiloquents avec lesquels elle réussissait à leurrer l'Europe, et qui restaient toujours lettre morte dans leurs parties les plus importantes.

Pendant trois semaines, le Conseil délibéra constamment sur les affaires de Syrie, sans que rien ne transpirât au dehors. Le ministre des affaires étrangères, Chékib-Effendi, qui avait remplacé Refaat-Pacha, ajournait sans cesse la communication des résultats toujours retardés, disait-il aux ambassadeurs, c pour des causes indépendantes de sa volonté ». Finalement, à bout de patience, M. de Bourqueney lui envoya son premier interprète, M. Cor, pour exiger, en termes péremptoires, une réponse à la note collective de l'Europe (1). Chékib comprit qu'il fallait s'exécuter, et, le 27 juillet, il remit à M. Cor les décisions du Sultan, précisées le lendemain dans une note adressée aux puissances (2).

Elles n'étaient guère conformes à l'attente de l'Europe. Au lieu de lui donner satisfaction et de remédier, par des mesu-

(1) Martens, Nouveau recueil général, t. VIII, p. 14.

(2) Testa, op. cit., t. III, p. 68.

res immédiates, à l'anarchie dans la Montagne, Abdul-Médjid prescrivit une nouvelle enquête, qui s'ajouterait aux trois autres, dont les résultats avaient été à la fois piteux et épouvantables.

Prenant même l'offensive, il appelait l'attention des « puissances amies » sur « la nécessité de contenir les consuls étrangers dans les limites de leurs attributions, afin que leur intervention n'entravât pas l'action réparatrice de la Porte » (1).

Le Sultan ne se bornait pas à repousser toute tentative de s'immiscer dans les affaires intérieures de ses Etats, à interdire à la France l'exercice efficace de son protectorat. Elle tentait de rejeter sur les consuls européens une part de la j

responsabilité des massacres. Elle insinuait que leurs efforts \

constants, éclairés et louables, en faveur de la paix avaient |

provoqué la guerre et l'anarchie. ,

Les décisions relatives à la Montagne n'étaient guère plus satisfaisantes. L'odieux s'y disputait avec la fourberie ; c'était un ensemble de mesures destinées à la fois à leurrer les Ma- .

ronites et les puissances, et à préparer un nouveau coup de '

force contre l'autonomie libanaise.

Les anciens privilèges locaux du Liban étaient maintenus ; l'administration de la Montagne devait avoir une forme particulière, différente de celle d'une province particulière de l'Empire.

Dans chaque village dont la population était composée de Druses et de Maronites, ces derniers devaient être soumis à leurs seigneurs féodaux et en outre à des vékils de leur religion « de manière à assurer les privilèges féodaux des premiers, en conservant intact aux chrétiens le bénéfice des ar-

(1) Voir dans Testa, t. IN, p. 68, la note remise aux puissances : c Comme les diverses classes des habitants de la Montagne, trouvant un appui moral sous des formes différentes, lorsqu'elles hésitent à accepter les offres de la Sublime-Porte, y résistent et se portent à des actes qui troublent la tranquillité du pays ; comme, d'un autre côté, lorsqu'on exécute en Syrie les décisions prises ici, les consuls témoignent des doutes, prétendant discuter de nouveau, el font surgir ainsi des difficultés ; comme la décision prise cette fois ne sera changée d'aucune manière, et la mission que j'ai à exécuter en personne le témoigne assez, il est important que les consuls ne se mêlent en aucune façon a ce que je dirai, et s'abstiennent de s'ingérer dans l'affaire, et pour le fond et pour la forme. »

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