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II. LA MISSION DE CHÉKIB-EFFBNDf EN SYRIE

leurs usines, leurs jardins, contrairement à toutes les garanties dont, à juste raison, ils croyaient jouir; ils devaient -perdre leurs biens, le bénéfice de leur travail ; leur existence matérielle allait être ruinée, sans qu'on leur accordât la moin, dre compensation.

Cependant la situation de M. deBourqueney ne laissait pas d'être très difficile. Par son insistance à réclamer le règlement immédiat des indemnités dues à la France, n'allait-il pas indisposer contre lui ses collègues, à Constantinople?

Il jugea prudent de prévenir toute discorde entre les représentants des cinq puissances ; dans ce but, il informa ses col? lègues de la position particulière dans laquelle la France se trouvait placée par la mesure d'expulsion de Chékib-Effendi et leur communiqua copie de toutes les pièces échangées avec la Porte. Habilement, M. de Bourqueney s'attachait à ne pas se séparer du concert des puissances et à ne pas proclamer un droit prépondérant de la France d'intervenir en Orient, en faveur des Maronites, et de s'immiscer dans les affaires intérieures de Ja Turquie.

c Dans ma note officielle, écrivait-il à M. Guizot, je me suis attaché à deux choses : établir que rien n'altère le concours moral que j'ai donné à mes collègues à la mission de Chékib- £fiendi, telle qu'elle nous a été définie, c'est-à-dire ayant pour but l'organisation administrative de la Montagne fondée sur le maintien des privilèges accordés aux races chrétiennes, et sur le paiement de l'indemnité due aux Maronites, mais, revendiquer mon droit d'appréciation d'une mesure d'exécution qui, sous une dénomination générale, n'atteint que nos nationaux et porte une atteinte formelle à nos traités avec le gouvernement de Sa Hauteur, poursuivre enfin la réparation d'un grief dont le redressement ne concerne que nous (1). »

M. de Bourqueney restait ainsi fidèle à l'entente des puissances pour poursuivre ensemble la réorganisation du Liban, et il ne voulait entreprendre aucune action particulière en faveur des Maronites, en vertu de son protectorat. Celte correction devait porter ses fruits. Les puissances laissèrent toute latitude à M. de Bourqueney pour défendre auprès de la Porte les intérêts de ses nationaux.

(i) Martens, Nouveau recueil général des Traitée, t. VIII, p. 16 à 17.

Il le fit avec une grande vigueur. Le 5 octobre, au lever du jour, avant la réunion du conseil des ministres ottomans, il se présenta chez Aali-Effendi, accompagné de son premier drognian, et comme Aali essaya, avec une cordialité toute diplomatique, de reconduire par de chaleureuses protestations d'amitié : « Je ne peux plus, l'interrompit il brusquement, me contenter de paroles, puisque les paroles sont restées jusqu'ici sans effet ; un engagement écrit peut seul servir de solution à la crise dans laquelle la légèreté d'un plénipotentiaire ottoman a jeté les relations de l'ambassade du roi et de la Sublime-Porte. Le temps des malentendus est passé: je vais préciser avec vous la situation et les moyens d'en sortir, ma note ne les contenant pas, parce que je pousse encore mon respect pour le gouvernement de Sa Hauteur jusqu'au souci de lui épargner, dans une pièce ofGcielle, le caractère compulsif d'un ultimatum comminatoire. Mais, ajouta M. de Bourqueney, sur un ton qui n'admettait pas de réplique, ma détermination est prise, irrévocablement prise. »

Il menaça de se retirer aux Dardanelles et d'y attendre les instructions définitives de son gouvernement, si satisfaction ne lui était pas donnée avant la fin de la semaine (1).

Ce mâle langage fit réfléchir Abdul-Médjid et ses ministres. Ils décidèrent de donner satisfaction à la France, quand, le 5 octobre, M. de Bourqueney reçut une nouvelle dépêche de M. Poujade, relatant la comédie judiciaire qui avait abouti à l'acquittement de Scheik-Hammoud, le meurtrier présumé du Père Charles. Immédiatement, l'ambassadeur s'empressa de réclamer le transfert de Hammoud à Constantinople, pour qu'il y fût statué sur sa responsabilité dans les troubles, sur la recherche de ses complices et sur le paiement immédiat de l'indemnité des couvents. 11 voulait effacer l'impression déprimante que l'acquittement scandaleux avait produite sur toute la population chrétienne de la Montagne. Comme Aali-Effendi était toujours fuyant et vague, M. Cor lui répondit brusquement (2): c Le temps des discussions est passé; l'ambassadeur ne vous rend pas complice des mesures qui le forcent à un éclat, mais les faits sont consommés en

(1) Martens, Nouveau recueil général des Traités, t. VIII. p. 17.

(2) Martens, Nouveau recueil général des Traités, t. VIII, p. 20 et suiv.

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