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II. LA MISSION DE CHÉK1B EFFENDI EN SYRIE

Syrie, et ils ne seront effacés que par d'autres faits. » — M. de Bourqueney résolut de ne plus s'arrêter à mi-chemin, et de ne pas reculer devant une rupture diplomatique, s'il n'obtenait pas une satisfaction immédiate et complète.

M. Cor remit à la Porte un ultimatum en bonne et due forme, réclamant :

1° La réintégration immédiate des sujets français dans leurs établissements, avec dommages et intérêts pour ceux qui ont été contraints de les quitter, par suite du refus de protection delà part de Chékib-Effendi.

2° L'appel, à Constantinople, de Scheik-Hammoud, et la rerecherche de ses complices.

3° Le paiement des indemnités dues pour les couvents d'Abey et de Salima.

4° La punition de l'officier qui commandait le détachement de troupes présent au sac du couvent d'Abey (1).

Le conseil des ministres délibéra longuemeut sur cet ultimatum. La Porte avait peur d'un conflit avec la France, à une époque où son haut commissaire dans le Liban réussissait enfin, par son heureuse audace, à détruire l'autonomie, malgré la garantie de l'Europe. Une rupture des relations diplomatiques pouvait amener la France et les autres puissances à surveiller plus étroitement et avec une méfiance plus pointilleuse tous les événements dans l'empire ottoman et plus spécialement en Syrie. L'Europe arriverait peut-être à reconnaître le véritable but des manœuvres brutales et perfides de Chékib-EfTendi et à les arrêter par son intervention énergique. Pour mieux la berner, pour ne pas trop éveiller sa méfiance, il fallait ne pas rompre en visière avec elle, mais essayer, au contraire, de multiplier les manifestations de bon vouloir et paraître lui céder.

Il ne fallait pas hésiter, pour leurrer les diplomates et gagner du temps, à leur sacrifier quelques cheiks druses et plusieurs officiers subalternes. Plus fâcheuses étaient évidemment les demandes d'indemnité ; le Trésor public, qui ne payait pas les fonctionnaires impériaux, allait il être mis à contribution, pour indemniser âesrayast Et que serait ce si les nationaux des autres puissances qui avaient été expui-

(i) Martens, Nouveau recueil général des Traités, t. VIII, p. 22 et suiv.

ses de la Montagne, allaient réclamer à leur tour des dommages el intérêts !

La Porte accorda donc facilement la réintégration des sujets français dans la Montagne ; elle s'engagea à protéger les individus dans l'intérieur de leurs établissements actuels. Elle promitjde faire amener Scheik-Hammoud à Gonstanlinople el de l'exiler sur un autre point du territoire, de rechercher les meurtriers du Père Charles et de les exclure de l'amnistie qui devait suivre « la solution générale des affaires du Liban », de payer l'indemnité pour les deux couvents détruits el de traduire devant un conseil de guerre à Constantinople l'officier félon qui avait commandé à Abey. Mais elle contesta i le droit des nationaux français à une indemnité pour leur ex- â pulsion de la Montagne, « en raison de ce que les autres puissances, ayant approuvé la mesure de Chékib-Effendi, n'avaient pas réclamé pour leurs nationaux (1).

- L'excuse était habile ; mais elle reposait sur des assertions inexactes ou incomplètes. Les consuls, à Beyrouth, en effet, n'avaient rappelé leurs nationaux que parce que Chékib avait formellement refusé d'assurer leur protection. Leur adhésion n'avait été obtenue que par une contrainte, une pression, qui ne leur laissait pas le choix ; ensuite, les nationaux autrichiens, prussiens, russes et anglais n'étaient qu'un nombre infime, tandis que les Français, non seulement étaient nombreux, mais représentaient aussi de gros intérêts. Surtout, ils y étaient protégés par les « capitulations » el y jouissaient de droits particuliers, et, en somme, d'une situation privilégiée.

M. Corse rendit, le 17 octobre, auprès d'Aali-Effendi ; quand il reçut communication de la réponse refusant les indemnités réclamées pour le déplacement des nationaux français, il demanda immédiatement, pour son ambassadeur, une audience de départ au Sultan. Aali-Effendi était consterné.

La Porte avait si souvent berné impunément les puissances et éludé leurs exigences les plus justifiées par de bonnes paroles, bien vile oubliées, que son représentant avait celte fois-ci peine à croire qu'il n'en serait plus ainsi. « Il ne se persuaderait jamais, s'écria-t-il, que M. deBourqueney pous- -sftt les choses à l'extrémité pour un seul point de dissidence. »

(1) Martens, Nouveau recueil général des Traités, t. VIII, p. 23.

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