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LE RÈGLEMENT DE CHÉK1B-EFFENDI

usages féodaux. Pour toutes les décisions du Médjlis, l'unanimité était nécessaire. Les cachets de chaque membre et du caïmacam devaient être apposés sur tous les actes, pour qu'ils fussent exécutoires. Il fallait que tous les membres fussent présents ; s'il y avait désaccord, et si l'un des membres refusait d'apposer son cachet et sa signature sur un acte, alors le Muschir de Sayda était saisi de la question et décidait en dernier ressort et en toute liberté.

Or, cette unanimité était extrêmement difficile à obtenir ; les haines et les rivalités entre les communautés étaient trop vives et trop profondes pour que l'accord put toujours s'établir dans les conseils.

Cependant, les Médjlis pouvaient prendre effectivement en main l'administration libanaise, à la condition de s'entendre avec la Sublime-Porte et d'en posséder la confiance. Danfc ce cas, grâce à leurs attributions financières surtout, ils pouvaient, avec l'appui de Muschir de Sayda, réduire les caïmacams à abandonner toute initiative propre et à n'exécuter que leurs volontés Selon la forte expression d'un historien, c le caïmacam devenait alors le premier commis du Médjlis >{}).

Il était évident que les autorités turques n'accordaient leur confiance à un Médjlis que lorsque ce dernier servait leurs intérêts et leurs projets politiques. Si donc un caïmacam se montrait peu docile envers la Sublime-Porte, elle avait la ressource de susciter et d'appuyer contre lui l'opposition de son Médjlis et de le réduire ainsi à l'impuissance, tout comme elle pouvait se servir d'un caïmacam docile pour rendre inefficaces les tentatives éventuelles d'un Médjlis contre la suprématie ottomane. Elle comptait se servir de la rivalité entre les deux pouvoirs pour les affaiblir l'un par l'autre selon les besoins de sa politique et pour mieux les dominer tous les deux.

Le Muschir de Sayda nommait lui-même les membres des Médjlis. Il lui était facile de choisir des hommes dont il pouvait faire ses instruments, même parmi les chrétiens, d'un commun accord avec les évoques. En effet, le mouvement démocratique d'émancipation des paysans ne faisait que se développer et que croître en force et en puissance. Le clergé maronite n'était pas étranger à ce mouvement, car il était en majorité

(i) De Jonquière, op. cit., 1. 1, p. 504 et suiv.

issu des couches populaires el animé de sentiments démocratiques, par hostilité à la noblesse. Les évoques aspiraient alors à la direction politique des Montagnards,' direction qui appartenait encore aux seigneurs. Ils désiraient la ruine delà féodalité, pour se substituer à elle, à la tête des populations libanaises ; et pour mieux la combattre, ils appuyaient les paysans dans la lutte pour leur émancipation.

Il était donc probable qu'ils ne proposeraient pas au choix du Muschir, pour être nommés membres des Médjlis, des seigneurs influents, les chefs de la noblesse, mais, au contraire, des adversaires de la féodalité. Les caïmacams, au contraire, appartenante la noblesse, devaient naturellement chercher un appui auprès d'elle.

Le Muschir de Sayda avait ainsi la possibilité de se servir, par les Médjlist des paysans et du clergé contre la noblesse, et, par les caïmacams, de contenir le flot démocratique. Il pouvait se servir des grands partis sociaux du Liban, dans l'intérêt de l'omnipotence de la Sublime-Porte. Il était donc le maftre effectif de l'administration libanaise. Ses décisions étaient irrévocables. Grâce aux divisions entre les « nations » et aux luttes sociales, il pouvait intervenir continuellement dans les deux provinces et leur imposer ses volontés et celles de la Porte. Ainsi l'autonomie libanaise pouvait être annulée dans la pratique.

L'institution des vékils dans les villages mixtes était maintenue. Au régime purement féodal était ainsi substitué, au moins dans les districts mixtes, un régime en quelque sorte municipal, où I autorité était partagée entre le seigneur du village et les vékils élus par les paysans, bien que le premier conservât momentanément les pouvoirs de police. C'était, sans conteste, un grand succès pour les paysans et une atteinte très grave aux privilèges de la noblesse, auxquels le règlement de Chékib devait porter encore bien d'autres restrictions.

L'administration judiciaire était également placée sous le contrôle efficace du Pacha de Sayda. Elle était organisée à la fois par la convention du 2 juin 1845 et par le règlement de Chékib-Efïendi. Au moins y avait-il un effort sérieux de ramener Tordre dans la Montagne, en poursuivant sévèrement les actes de brigandage el de meurtre. L'organisation judiciaire réalisée par la loi de Chékib était un mélange de prin-

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