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LA TURQUIE DE 1852 A

lierait les clefs aux orthodoxes, menaça d'envahir la Moldavie, et, finalement, augmentant encore ses prétentions premières, exigea la conclusion d'un traité qui placerait toutes les églises orthodoxes de l'Empire ottoman sous sa protection et lui accorderait ainsi un droit d'intervention permanente dans les affaires intérieures de cet Empire. En môme temps, il proposait à l'Angleterre de s'entendre en vue du morcellement et du partage de ce vaste empire, qui porta naguère la terreur et l'épouvante jusqu'aux portes de Vienne.

La France réclama, à son tour, pour les catholiques, les clefs des Lieux-Saints et menaça le Sultan d'une intervention armée.

De ce conflit est sortie la guerre de Crimée. L'Angleterre ne voulait pas consentir au démembrement de l'Empire ottoman. Au contraire, plus que jamais, elle faisait du maintien de son intégrité le principe directeur et intangible de sa politique orientale ; car, sous prétexte de protéger, elle entendait bien diriger la Porte dans un sens favorable à ses intérêts politiques et économiques ; sous le couvert du Sultan, elle espérait dominer dans l'Orient musulman et tenir en échec à la fois la France et la Russie.

Le Cabinet de Londres eut l'habileté d'amener la France dans une alliance avec le Sultan et une entente avec l'Autriche, pour la défense de l'Empire ottoman contre toutes les prétentions russes.

Plus tard, la Sardaigne fut admise dans l'alliance.

La guerre de Crimée avait pour but de repousser par la force l'intervention armée du tsar en Turquie. Nicolas Ier fut vaincu. Le protectorat de tous les chrétiens orthodoxes de 1 Empire ottoman fut refusé à la Russie par l'Europe occidentale, par la France, l'Angleterre, l'Autriche et la Sardaigne. Mais ces puissances essentiellement chrétiennes ne pouvaient pas pour cela abandonner les chrétiens sujets de la Porte à leur sort.

Le Hatti-Chérif de Gulk'Hané avait promis la réhabilitation des « Rayas », la reconnaissance et l'application du principe de l'égalité entre conquérants et vaincus, entre musulmans et chrétiens. Mais ces promesses n'avaient pas été réalisées. Il appartenait aux puissances alliées de la Porte de les lui rappeler, d'arrêter avec elles un programme et de veiller à son

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exécution. Aussi avaienl-elles résolu d'imposer à la fois au tsar et au Sultan la protection des sujets chrétiens de ce dernier, sans porter atteinte à sa souveraineté.

L'Angleterre proposa de placer les réformes sous la garantie collective des puissances. Dans les Conférences qui eurent lieu à Vienne, pour la conclusion de la paix (mars 1855), elle introduisit une proposition relative aux immunités des populations chrétiennes de l'Empire ottoman. Mais les puissances se heurtèrent à l'opposition intransigeante de la Porte, qui ne voulait en ancune façon accepter une garantie collective, inscrite dans les traités de paix, pour sanctionner les concessions faites aux chrétiens. Elle y voyait la consécration officielle et internationale de sa déchéance et de sa dépendance vis-à-vis de l'étranger.

Au fond, les ministres dirigeants du Sultan Abdul-Médjid croyaient toujours à la prééminence nécessaire de l'élément turc sur l'élément chrétien. L'égalité, selon eux, ne signifiait pas uniformité absolue des charges et des avantages publics ; elle devait permettre surtout une centralisation très forte, vers laquelle tendait, en somme, sous le Tanzimât, toute la régénération de l'Empire. Us envisageaient sous un double aspect les réformes en faveur des populations chrétiennes.

En premier lieu, ils voyaient la question religieuse. Or, comme ils s'efforçaient d'établir la liberté de conscience pour toutes les populations de l'Empire, point n'était nécessaire, prétendaient-ils, de faire des lois spéciales pour les églises chrétiennes ; car elles profitaient des lois générales sur la liberté de conscience. Des lois spéciales ne pouvaient accorder que des privilèges religieux aux chrétiens, incompatibles avec le principe d'égalité dont devaient cependant s'inspirer toutes les réformes.

En deuxième lieu, les ministres voyaient dans les réformes proposées par les puissances, des droits civils particuliers aux chrétiens d'Orient seuls, notamment une certaine autonomie judiciaire, qui ne pouvait se concilier non plus avec le programme d'une réforme générale de l'Empire et surtout avec le régime de l'égalité de tous les citoyens devant la loi. Il s'agissait, au contraire, pour eux, de profiter de la réforme générale et d'abolir précisément les privilèges civils des sujets chrétiens, qui perpétuaient l'isolement des différentes classes sociales, leurs mutuelles jalousies et leurs

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