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LA HATTI HAMAY0UN DE 1856 ET LE TRAITÉ DE PARIS

haines, et qui étaient surtout un obstacle à la centralisation du pouvoir de la Porte.

C'est à ce point de vue que se plaçaient les hommes d'Etat qui dirigeaient la Turquie, à partir de 1852. Ils voulaient fortifier l'autorité du pouvoir central, c'est-à-dire de la Sublime- Porte, et soumettre à cette autorité tous les sujets de l'Empire également, sans distinction de religion ni de race.

Pour y arriver, il fallait détruire les institutions autonomes dont jouissaient certaines populations chrétiennes. Leur rêve, c'était une monarchie administrative, fortement organisée, remplaçant le régime de despotisme oriental inorganisé, et dans laquelle les sujets auraient certaines garanties individuelles de liberté et de justice.

Dès les conférences de Vienne de 1855, ils opposaient énergiquement leur point de vue à celui des puissances, qui concevaient toujours les réformes en faveur des chrétiens comme l'octroi d'une situation privilégiée, d'une certaine autonomie administrative et judiciaire. Les Turcs voulaient rester les maîtres chez eux, et ne pas avoir môme l'apparence de recevoir des ordres de l'étranger.

Les conférences de Vienne furent très laborieuses. Les plénipotentiaires turcs écartaient résolument toute idée d'un traité international, qui mentionnerait des réformes intérieures en Turquie. Finalement, on choisit un moyen terme et on stipula que des arrangements seraient faits par l'Autriche, la France, l'Angleterre et la Turquie, dans l'intérêt des sujets chrétiens de cette dernière.

Le Hatti-Hamayoun du 18 février 1866 et le traité de Paris.

La réunion d'un congrès à Paris fut décidée pour la conclusion définitive de la paix en Orient. Les puissances comptèrent y traiter à nouveau les. questions des réformes ; mais la Porte maintint son opposition énergique et formelle. Elle ferait des réformes, mais de son propre gré, et non sur un ordre des gouvernements étrangers.

L'Angleterre, de sonjcôté, continuait à réclamer que l'œuvre des réformes en faveur des chrétiens fût placée sous la garantie formelle et effective des puissances, par des clauses

spéciales à intercaler dans les traités internationaux. Par ce moyen, elle comptait non seulement s'assurer la prépondérance en Orient, mais elle espérait surtout porter des coups sérieux à la Russie et à la France, en supprimant implicite* ment leurs droits de protection spéciaux des chrétiens orthodoxes et des catholiques, base de leur influence dans le Levant.

La diplomatie se trouvait ainsi en face du dilemme suivant : les puissances réclamaient du Sultan un engagement formel pris devant le congrès et elles s'étaient formellement entendues entre elles pour l'y contraindre, tout en respectant son autorité comme son indépendance. Le Sultan s'y refusait, sous prétexte que c'était un attentat à son pouvoir souverain et que l'on ne pouvait l'y contraindre sans violer son indépendance. Alors pour respecter au moins nominalement son pouvoir souverain, on imagina une forme détournée d'engagement. Il fut entendu que le Sultan publierait un grand édit de réformes quelque temps avant la réunion du congrès de Paris, et qu'il le communiquerait ensuite à ce congrès.

Le 18 février 1856, Abdul-Médjid promulgua solennellement à Constantinople le Hatti-Hamayoun et le communiqua aux représentants des puissances à Paris, au mois de mars suivant. Solution bâtarde, qui ne résolvait pas la question, et qui contenait en germe de nouveaux conflits.

Le Hatti-Hamayoun du 18 février 1856 est sorti de la collaboration des ambassadeurs des puissances alliées à Constantinople avec les ministres du Sultan, parmi lesquels le Grand Vizir Aali-Pacha. Il édictail des mesures plus radicales que le Hatli-Chérif de Gulk'Hané.

Les auteurs définissaient ainsi sa portée, dans le préambule (1) : « Désirant aujourd'hui renouveler et élargir encore les règlements nouveaux institués dans le but d'arriver à obtenir un état de choses conformes à la dignité de son empire et à la position qu'il occupe parmi les nations civilisées, et les droits de mon empire ayant aujourd'hui, par la fidélité et les louables efforts de tous mes sujets et par le concours bienveillant et amical des grandes puissances, mes nobles

(1) Voir le texte du Hatti-Hamayoun dans Engelhardt, La Turquie et le Tanzim.il, t. I, p. 210 et suiv. — Martens, Nouveau recueil général des Traite"*) continué par Samwer, t. XV, p. 508 et suiv.

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