XVI INTRODUCTION
Dans le Liban, l'époque de Tannée fa plus agréable est, sans conteste, celle qui va de mi mars à fin mai; les pluies ont presque disparu ; le ciel reprend sa pureté, et la nature resplendit dans sa verdure fraîche et éclatante.
La parfaite salubrité du climat libanais est universellement reconnue ; plus on s'éloigne de la mer en s'élevant dans la montagne, plus l'immunité devient complète ; c'est un vaste sanatorium naturel où de nombreux malades et surtout des poitrinaires pourraient retrouver la santé et une vigueur nouvelle. Aussi les populations libanaises sont-elles remarquables par la solidité de leurs poumons et leur endurance physique.
En somme, le Liban et TAnti-Liban jouiraient d'un climat favorable si les pluies étaient plus abondantes. On a beaucoup discuté le point de savoir si ce climat s'était modifié depuis l'antiquité ; car, autrefois, le Liban était la terre fertile par excellence, un véritable grenier d'abondance ; cette richesse agricole ne pouvait exister qu'avec une humidité suffisante. Or, les grands travaux d'irrigation dont on voit encore aujourd'hui les restes, témoignent, que l'homme, dès les plus anciens temps, luttait contre la sécheresse. Les aqueducs bien entretenus, les citernes et les bassins habilement méan gés, Tendigueraent des fleuves et des rivières, la protection des forêts permettaient une culture plus riche. . Sous la domination musulmane, ces grandioses travaux ont été délaissés; les guerres et les mauvaises administrations, pendant des siècles, ont appauvri le pays ; mais il n'y a pas eu de changements climatologiques. La main de l'homme peut transformer aujourd'hui encore le Liban par de vastes travaux en une contrée des plus fertiles.
Hydrographie. — L'hydrographie est déterminée à la fois parla quantité des précipitations atmosphériques, par le relief et par la nature du sol. Le calcaire, très perméable, laisse infiltrer les eaux et facilite leur concentration. Celles ci sortent alors sur les deux versants du Liban et de l' Anti- Liban en sources puissantes et en cascades, et découpent dans le plateau des gorges et des c canyons » étages. Les sources sont nombreuses, surtout aux pieds des deux chaînes. La répartition des pluies et des neiges est cause que les versants occidentaux de P Anti-Liban et surtout du Liban sont beaucoup plus riches en sources et en rivières que les versants orientaux. Les massifs culminants font office de centres hy-
TABLEAU GÉOGRAPHIQUE DE LA SYRIE ET DU LIBAN XVft.
drographiques ; parmi eux, le mont Hermon est particulière* ment important.
Les rivières empruntent souvent des failles. Dans le Liban, elles sont, dans le sud, longitudinales, puis transversales.se frayant leurs vallées à travers les chaînes par érosion. Il faut noter trois principaux centres d'attraction, vers lesquels les eaux se rallient. A l'ouest, c'est la mer Méditerranée : vers laquelle les rivières descendent en torrents ; au centre, c'est la Cœlésyrie, où les ruisseaux et les rivières se réunissent en deux fleuves ; à Test, enfin, c'est le désert ; les cours d'eau s'y perdent, ne formant que des ouadis, presque toujours secs. Ni sur le versant occidental du Liban, ni sur le versant désertique de l'Anti-Liban ne se forment dés rivières puis* santés.
Sur le versant occidental du Liban,elles sont réglées par les eaux souterraines qui cheminent sous les assises calcaires de la montagne. La rapidité de leur parcours, leur pente assez forte, et la sécheresse de Tété, pendant lequel ils sont presque taris, ne leur permettent pas un grand développement et les rendent impraticables à la navigation. Us servent, avant tout, à l'irrigation des campagnes et à l'approvisionnement des villes en eau.
Le Nakr-el-Kcbir ou « Grande Rivière *, VEleuIhérus des Anciens, au nord, prend sa source sur le versant oriental, et coule d'abord dans une vallée longitudinale, pour percer ensuite la montagne par une trouée transversale. 11 reçoit les eaux du Nahr el-Arou$, qui a, comme affluent, un des cours d'eau les plus curieux de la région. C'est le Nahr-el-Sebti^ ou « Rivière du septième jour », le fleuve Sabbatique de l'historien juif Flavius Josephe, l'auteur des Antiquités judaïques. C'est un ruisseau intermittent ; d'après la légende, il n'aurait de l'eau que tous les septièmes jours, d'où son nom ; mais, en général, c'est chaque troisième jour que reprend son flot
Au sud du Nahr-el-Kébir coule le Nahr-Kadicha, la « Rivière Sainte » des indigènes, ou « Rivière du Paradis », qui est alimenté par les neiges du Timaroûn et du Makhmal.Dans .son bassin se trouve le grand village d'Ehden. Le Nahr-lbra* him% l'Adonis des anciens, prend sa source sur le versant oriental de la chaîne, mais s'engouffre immédiatement dans des crei asses pour couler dans des fissures souterraines et