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LES MASSACRES DE 1860 DANS LA MONTAGNE

pied de la Montagne, près de Baabda, à deux heures de marche de Beyrouth. Le môme jour, par une coïncidence au moins étrange, les grands massacres, les « atrocités de Syrie » commencent.

M. de la Gorce prétend qu'il y a eu une grande conjuration, car « elle se développa avec une trop rare vue d'ensemble pour n'avoir pas été longuement préméditée » (1).

Le 29 mai, les Druses des districts mixtes du Liban corn* mencent l'attaque. Dans le Méten, ils marchent sur les bourgades et les villages des chrétiens. A quelques lieues de Beyrouth, Beit-Méri est pris d'assaut, livré au pillage et aux flammes. La révolte se répand comme une traînée de poudre, et la mêlée devient générale dans le Méten et dans le Chouf. Dans l' Anti-Liban, la 'province de Damas, le Mont-Hermon el le Hauorân, la levée en masse de tout le peuple druse s'organise rapidement ; des bandes se dirigent vers Djezzin, et sur Deïr-el-Karaer, les principaux centres chrétiens (2).

Les Maronites, surpris, prennent les armes à leur tour et mettent leurs villages et leurs bourgs en état de défense ; maïs ils sont moins aguerris, moins disciplinés, moins cruels que leurs adversaires ; leurs armes sont vieilles et pour la plupart inutilisables. Les Druses, au contraire, solidement organisés, bien armés, rompus aux combats et bien conduits par leurs cheiks, l'emportent aisément, 'malgré leur infériorité numérique.

La panique s'empare des chrétiens ; ils s'enfuient en masse vers les villes et vers les stations des troupes turques. En trois jours, trente-deux villages et hameaux sont incendiés ; les Druses massacrent impitoyablement les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards qu'ils peuvent atteindre (3).

Le consul général Moore, peu suspect cependant d'animosité contre les Druses, protégés par son gouvernement, écrit,

(1) Delà Gorce, op. cit., t. III, p. 304.

(2) Further papers relating to the disturbances in Syria, p. 40 et suiv. — Voir aussi Lenormant, op. cit., passim. ; J. Ferette, La question du Liban et l'état de la Syrie. Revue des Deux-Mondes, 15 août 1860 ; Xavier Raymond, La Syrie et la question d'Orient, Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 1860.

(3) Further papers relating to the disturbances in Syria, p. 40 et s.

le 30 mai : « La guerre civile vient d'éclater dans le Liban ; les villages en vue de Beyrouth sont la proie des flammes (1). » Le lendemain, il ajoute : « Les Druses mettent le feu à tous les villages chrétiens qui n'ont pas été brûlés. » C'est le témoignage le plus accablant contre les Druses, car il émane de celui qui, par le Cabinet de Londres, était chargé de les défendre. Il est vrai que M. Moore termine son rapport du 31 mai par cette phrase, où éclate toute sa haine des Maronites, protégés de la France : « Il y a tout lieu d'espérer que les hostilités sont finies, à moins que les chrétiens n'attaquent de nouveau. » Que signifie donc cette insinuation, que n'appuie aucune preuve, à côté de l'aveu nel et circonstancié des atrocités commises par les Druses? M. Moore oublie de prouver que les chrétiens ont attaqué une première fois, et il affecte de croire qu'ils n'ont qu'à enregistrer les coups par eux reçus, sans même tenter une riposte.

Ce rapport du consul anglais du 31 mai est, dans cette crise douloureuse, la première preuve manifeste du parti pris évident et violent que le Cabinet de Londres va affecter contre les Maronites et en faveur des Druses. Dans un intérêt politique des plus égoïstes, il a soutenu les massacreurs contre les victimes, comme il fera seize ans plus tard, lors des massacres de Bulgarie, malgré l'éloquent appel du généreux Gladstone.

Cependant, le corps consulaire, à Beyrouth, ne peut pas rester indifférent, en face d'une situation aussi troublée et aussi dangereuse ; le 31 mai, au soir, il se réunit et délibère. Mais, pendant que le sang coule à flots à quelques lieues de distance, les représentants de l'Europe civilisée se disputent et ergotent. — Les consuls de France et de Russie réclament les mesures les plus énergiques et les plus efficaces pour protéger les chrétiens ; l'Autrichien, hésitant, louvoie ; l'Anglais, fidèle à la tactique britannique en Orient, veut, avant tout, respecter l'inlégrité de l'empire ottoman et la souveraineté du Sultan : il s'oppose énergiquement à ce qu'aucune pression trop forte soit exercée sur les autorités turques ; il ne veut pas d'une mise en demeure, à elles adressée, de ramener par la force les Druses dans leurs villages ; ce serait empiéter sur leurs droits incontestables de maîtres du pays ; on se borne

(i) Papers reUting to tfie disturbances in Syria, p. 6 et suiv.

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