‹ La question du LibanChapitre 82 sur 124 · I. LES MASSACRES DE 1860 DANS LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

I. LES MASSACRES DE 1860 DANS LA MONTAGNE

donc à faire à Khourchid-Pacha d' «amicales représentations ».

Le Pacha accueille courtoisement les consuls, dans son camp ; mais, bien loin de parler de mesures d'ordre et de répression, il réitère, au contraire, ses accusations contre révoque Tobie, de Beyrouth, et contre le comité chrétien . Ce sont eux, qui, d'après lui, fomentent la guerre civile ; il veut môme faire partager aux consuls la responsabilité de Tordre, pour leur laisser ensuite celle du désordre, qu'il sait inévitable, puisqu'il contribue à le créer : « Contenez le comité, leur dit-il ; je me charge des Druses » (1) ; ce qui voulait dire, en termes plus explicites : a A vous incombe la charge de maintenir les chrétiens dans Tordre et dans la paix ; ce sont vos protégés; vous avez sur eux beaucoup plus d'autorité que moi. Si vous ne réussissez pas, je m'en lave les mains ; vous n'aurez qu'à vous en prendre aux autorités chrétiennes. » Manœuvre adroite et sournoise, qui embarrasse les consuls, les divise, et entrave leur action. Ils quittent le camp, sans avoir pu obtenir du rusé Pacha qu'il leur explique comment il compte se charger des Druses. De retour à Beyrouth, M. Moore, toujours fidèle à la tactique anglaise de ne compromettre ni les autorités ottomanes, ni les Druses, demande à Tévêque Tobie et aux meneurs maronites de déposer les armes et de contenir leurs coreligionnaires. Alors, ceux-ci, montrant les villages incendiés, lui répondent qu'ils n'ont ni le droit ni le pouvoir d'interdire aux chrétiens de se défendre contre les attaques druses.

Néanmoins, les Maronites ont l'espoir, surprenant chez eux, après les innombrables trahisons turques dont ils ont été victimes, que Kourchid va les protéger contre le fanatisme druse, qu'il arrêtera l'effusion du sang. Au lieu de se défendre euxmêmes avec la dernière énergie, ils comptent sur les troupes et sur les gendarmes du Pacha ; un grand nombre d'entre eux se débandent et s'enfuient vers les villes.

Malheureusement, le Pacha ne songe nullement à arrêter les Druses. Il lui faut, au contraire, de nouveaux massacres, une saignée plus abondante des Maronites, qui brise complètement chez eux tout ressort et les rende incapables d'échapper plus longtemps au despotisme ottoman et de maintenir

(1) Papers relating lo the clisturbances in Syria, p. 8.

leur autonomie. Par leurs atrocités nouvelles, les Druses vont se compromettre encore davantage en face du monde civilisé, et soulever contre eux des colères unanimes. Us vont maintenant se rendre indignes de leurs institutions autonomes, et alors, la Porte, avec le consentement de l'Europe, va pouvoir les briser à leur tour et les subjuguer à sa toute-puissance, sans qu'ils trouvent dans le monde un appui sérieux et solide.

En effet, bien loin de les retenir, Kourchid les a encouragés à poursuivre les massacres. Son protégé, le cheik Saïdbey-Djomblat promet d'abord aux chrétiens de Djezzin de ne pas les attaquer ; puis, après les avoir ainsi endormis, il se jette sur la ville avec ses bandes, et se livre à la destruction la plus sauvage. De nombreux chrétiens se réfugient, les uns à Beyrouth, les autres à Sayda et implorent la protection des garnisons turques et des consuls européens. A Sayda, les muftis assemblent les musulmans, leur prêchent la guerre sainte, les lancent contre les fuyards. Pris entre ces fanatiques et les Druses, les malheureux chrétiens sont massacrés en masse dans la banlieue, à la vue des Turcs complices et des consuls impuissants. Les égorgeurs tirent même sur deux Jésuites français, venus pour soulager les blessés. C'est à peine s'ils respectent le consulat français, où, sous le couvert du drapeau tricolore, s'entassent les chrétiens qui ont pu survivre à l'effroyable catastrophe (1).

Sous la conduite de leurs cheiks, les amis de Kourchid, les Druses du Haourân, plus guerriers, plus cruels et plus pillards encore que leurs frères du Liban, se forment à leur tour en bandes, et se jettent sur les villes et les villages des chrétiens. Cette fois, ce ne sont plus seulement les Maronites qui sont attaqués, mais tous les «rayas», sans exception, Grecs orthodoxes, Grecs unis, Syriens et Arméniens, sans distinction de secte ou de race ; c'est l'explosion du fanatisme religieux dans toute son horreur (2).

Hasbeya, la jolie cité au pied du Mont-Hermon, est attaquée ; la garnison turque, sous les ordres du colonel Osman- Bey, ne s'oppose pas aux bandes druses. Les chrétiens de

(1) Correspondence relaling to the affairs of Syria, p. 85 et suiv. Further papers reiating to the dig turban ces in Syria, p. 8 et suiv., et p. 41 et suiv.

(2) Papers reiating to the disturbances in Syria, p. 12.

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