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LES MASSACRES DE 1860 DANS LA MONTAGNE

toutes les sècles, en assez grand nombre, résistent énergique* ment; alors, Osman-Bey s'engage à les défendre avec ses troupes, mais à la condition qu'ils lui confient leurs armes, toutes les populations chrétiennes, musulmanes et druses devant êlre désarmées dans l'intérêt de la paix générale. En effet, les Druses, sur Tordre du colonel, cessent momentanément leur attaque, et les chrétiens, pleins d'une confiance aveugle, livrent leurs sabres et leurs fusils. Osman veut les faire transporter à Damas;, mais l'escorte est si faible, que les Druses n'ont aucune peine à piller le convoi à la sortie de la ville et à s'emparer des armes.

Ils reprennent les hostilités contre les chrétiens désarmés. Osman Bey fait parquer ceux-ci dans le sérail, toujours par mesure de protection ; puis, le 6 juin, fait évacuer la place par ses troupes. Eperdus, se voyant sans défense aucune, les chrétiens tentent de partir avec les soldats turcs et sortent du sérail. Alors commence une scène de carnage effroyable : les Druses se jettent sur les malheureux réfugiés et les assomment à coups de sabres, de poignards, de casse-tête. Un grand nombre de soldats turcs viennent encore à la rescousse. Ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards ne sont épargnés. Les plus riches seuls ont la vie sauve, mais à prix d'argent (1).

La ville voisine de Racheya subit le môme sort. Là encore, les chrétiens sont livrés aux Druses par la garnison turque; de là, les bandes du Haourân s'enfoncent dans la Békaâ, pillant et massacrant, et se dirigent vers l'important centre chrétien deZahlé, renforcés par d'autres bandes, par des Bédouins, des Métoualis, des Kurdes, attirés par l'appât du pillage et animés d'une haine particulièrement ardente contre la cité catholique. Effrayés à rapproche du danger, les évêques et les notables de Zahlé envoient une supplique aux consuls de Beyrouth ; ceux-ci se transportent une seconde fois auprès de Kourchid, toujours immobile dans son camp, et le somment de protéger Zahlé contre les massacreurs. Le Pacha leur répond qu'il a déjà ordonné de la façon la plus formelle

(1) La sœur d'un cheik druse recueille quatre cents chrétiens dans sa maison, et les sauve d'une mort certaine. Plus tard, ils seront conduits à Beyrouth. Avec quelques échappés isolés, ce sont les seuls survivants de la population chrétienne d'une ville florissante.

aux Druses de s'arrêter (1), et que cinq cents soldats sont en roule pour Zahlé. Malgré les protestations énergiques des consuls, malgré l'envoi un peu tardif du détachement turc, Zahlé succomba à son tour affreusement dévastée et brûlée (2).

En même temps, Deïr el-Kamar, un des bourgs les -plus importants du centre de la Montagne — à 20 kilomètres de Beyrouth — tombe entre les mains des Druses. Les Maronites, désespérant de leurs propres forces, se placent sous la protection des soldats turcs, se réfugient dans le sérail et livrent leurs armes. Les Druses arrivent, y pénètrent de force, et se livrent à des scènes de torture et de carnage : pendant toute une journée, on tue lentement, avec raffinement, devant les soldats turcs complaisants. Plus de mille trois cents cadavres gisent dans l'infortunée cité (3).

Au récit et à la vue des atrocités commises, Kourchid ose s'écrier : c Je regretterai toute ma vie les horreurs que je viens d'apprendre. » Le lendemain de son arrivée sur les lieux il arrêta, mais trop tard, le carnage, qui a cessé faute de victimes.

A la fin du mois de juin, la plus grande partie de la Montagne méridionale est entre les mains des Druses. Les représentants de l'Europe en Syrie ont été bafoués. Les Druses, ne les craignant plus, se moquent ouvertement de leurs recommandations et de leurs menaces. Une lettre très énergique à leurs cheiks, dans laquelle ils les somment de cesser tout acte d'hostilité, reste sans effet (4). Les Druses n'igno-

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 75. Rapport du consul général Moore à sir H. Bulwer, Beyrouth 16 juin 1860 (27 zilcadé 1276).

(2) Papers relating to the disturbances in Syria, p. 29 ; Further Paper 8 relating to the disturbances in Syria, p. 43 et s. ; Lenormant op. cit., p. 68 et s., et Appendice, p. 190 et s. Voir aussi Revue des Deux-Mondes, 15 août 1861.

(3) Plus de deux mille chrétiens ont cependant réussi à s'échapper et à se réfugier sur la côte, où des bâtiments anglais et français les recueillent et les transportent à Beyrouth, dans un état lamentable dénués de tout, presque tous blessés ou malades. Papers relating to the disiurbances in Syria, p. 41 et s.; Further Papers relating to the disturbances in Syria, p. 44 et s.

(4) Testa, op. cit., t. VI, p. 79 ; les cheiks druses Said-Bey-Djomblat, Kuttar-Amad, Béchir-Néked et Kusséin-Talhouck répondent, le 3 juillet, aux consuls, en accusant le patriarche maronite et les vékils

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