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I. LES MASSACRES DE J860 DANS LA MONTAGNE

Ni les Maronites, ni les Druses n'ont fait appel à leurs bons offices, ni ne les ont renseignés officiellement sur les négociations et sur le traité. Kourchid pourra ainsi leur objecter que les intéressés eux-mêmes ne veulent pas de l'intervention européenne, puisqu'ils ne l'ont pas sollicitée, et qu'ils ont préféré s'entendre en dehors de l'Europe, sous les bons auspices des autorités turques.

Le traité atteste aussi qu'il y a eu une véritable guerre civile entre les deux peuplades, et non pas simplement un massacre des Maronites par les Druses. Les cheiks maronites, en signant le traité reconnaissaient aux Druses et se reconnaissaient à eux-mêmes implicitement le caractère de belligérants. Comment, dans ces conditions, l'Europe pourrait- elle réclamer le châtiment des Druses, comme égorgeurs ? El comment pourrait-elle parler de guet-apens, de complot, de massacres ?

Le traité est placé non pas sous la garantie de l'Europe, comme celui de 1845, mais sous celle du Muschirde Sayda, de la Porte. La convention de 1845 est ainsi abolie de fait par le nouveau traité, et les puissances perdent tout prétexte d'intervention dans les affaires du Liban, puisque le nouveau traité a été conclu complètement en dehors d'elles. Aussi est-ce avec une ironie à peine déguisée et le sentiment du triomphe, que Kourchid annonce, le 12 juillet, aux consuls, à Beyrouth, que la paix est signée.

« Il a quatre fois plus de troupes qu'au début, leur dit-il, et pourra maintenir Tordre sans leur concours. Poussant l'ironie jusqu'au bout, il leur recommande même de retenir leurs nationaux pour qu'ils s'abstiennent de toute conduite compromettante » (1).

Le plan audacieux et habile du Pacha aurait certainement pu réussir. L'appui de l'Angleterre lui semble assuré, pour empêcher toute intervention européenne. Surviennent les massacres de Damas, qui renversent tout le savant échafaudage du Pacha (2).

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 86. Réponse de Kourchid-Pacha aux Consuls généraux européens à Beyrouth 12 juillet 1860 (23 zilhidjé 1276).

(2) Je/., ibià., p. 88 et suiv.

Les massacres de Damas.

Les signes précurseurs d'une émeute contre les chrétiens se multipliaient également à Damas, dès l'hiver 1859 à 1860. Le gouverneur AhmetPacha était ouvertement et nettement hoslile à toute cette population chrétienne, si influente par sa puissance économique et par la protection de l'Europe. Comme Kourchid, il fomenta contre eux le fanatisme religieux. Et s'il n'encouragea pas directement les massacres, en prêtant main-forte aux égorgeurs, il les laissa, du moins, préparer longuement leur œuvre abominable (1).

Le 28 mars déjà, M. de Bentivoglio, consul de France à Beyrouth, signala, dans son rapport, les menées du Pacha pour provoquer une crise (2).

Les fugitifs de Hasbeya et de Racheya jetèrent l'émoi parmi leurs coreligionnaires de Damas, si bien que des deux côtés, les esprits étaient très montés (3). Les chrétiens s'enfermaient dans leurs maisons, pendant que les musulmans se préparaient ouvertement à la guerre civile.

Le 9 juillet, l'émeute commença. Les musulmans fermèrent brusquement leurs boutiques et se jetèrent en armes sur le quartier chrétien. Les agents du pacha et les bachi-bouzouk?t au lieu de les repousser et de défendre les chrétiens, se joignirent aux émeutiers, tuèrent et pillèrent avec eux. Ce fut une véritable boucherie, les chrétiens ayant renoncé à se défendre.

La complicité du Pacha et des autorités ottomanes est hors

(1) On lui reprochait d'avoir dit un jour : « Il y a deux fléaux en Syrie, les Druses et les Maronites ; le plus grand intérêt de la Porte, c'est la disparition des uns et des autres » [Correspondence relating to the affaira in Syria, p. 132). — Plus tard, il soutint même que sa conduite à Damas était conforme aux ordres qu'il avait reçus de Constantinople.

(2) Correspondence relating to the dislurbance» in Syria.p. 18. Tous les Français, résidant en Orient, confirmaient, dans leurs le tires, les dires du consul et annonçaient rémeute contre les chrétiens comme inévitable. — V. Le Moniteur de V Empire, 15 mai 1861 ; discours de M. de Sauley au Sénat, séance du 14 mai 1861.

(3) Correspondence relating to the disturbances in Syria, p. 69 et suiv.

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