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UI. LES PREMIÈRES NÉGOCIATIONS DE L'INTERVENTION

chrétiens en Orient, et particulièrement des Maronites. Elle ne pouvait pas les abandonner; elle devait engager 1 Europe à les sauver de la destruction, à arrêter les massacres. Elle devait prendre l'initiative d'une intervention efficace et constante auprès de la Porte. L'Empereur Napoléon III se dérobait d'autant moins à ce devoir, que cette défense énergique des catholiques en Syrie pouvait le reconcilier avec les cléricaux de France, séparés de lui par la guerre d'Italie.

Le gouvernement français résolut de provoquer d'abord des remontrances de l'Europe auprès de la Porte. Pour cela, il fallait, avant tout, s'aboucher avec le cabinet de Londres.

Le 5 juillet, M. Thouvenel, Ministre des affaires étrangères de Napoléon III, eut, à ce sujet, une longue conférence avec lord Cowley, l'ambassadeur britannique à Paris, et lui soumit les idées du gouvernement impérial. Des rapports de ses agents en Syrie, il ressortait nettement que les Maronites avaient été assaillis par les Druses et qu'ils étaient menacés par eux d'extermination. Les massacres avaient pris une telle extension, le fanatisme musulman était devenu si violent, que de plus graves désordres étaient encore à craindre, et que les résidents européens en Orient étaient menacés et dans leurs biens et dans leurs existences même. — Afin de les protéger et de seconder l'action pacifique des consuls, M Thouvenel proposa que les puissances envoyassent des navires de guerre croiser sur les côtes syriennes. Puis il ajouta prudemment, suggérant au diplomate anglais une intervention plus directe en Orient : « Ne serait-il pas bon qu'une Commission des délégués des cinq puissances fût convoquée sur les lieux, pour y faire une enquête et y assurer le respect des engagements antérieurs?... Je ne parle pas encore d'intervention, d'expédition; d'ailleurs, à défaut de forces turques su ffisan tes, le Sultan ne pourrait-il pas emprunter, pour le rétablis* sèment de Tordre, les troupes du vice-roi d'Egypte ? » (l)

L'Angleterre, cependant, ne se laissa pas départir de la ligne de conduite qu'elle avait adoptée en Orient. — Les Maronites ne l'intéressaient guère, parce qu'ils étaient papistes et protégés de la France, sa principale rivale économique dans les pays du Levant. — Elle affectait, au contraire, de-

(!) Lord Cowley à lord Russell, 5 juillet. — Correspondence relating to the affaires in Syria p. 1 etsuiv.

puis 1840, une sollicitude sympathique pour les Druses, pour les raisons déjà exposées Surtout, elle voulait empêcher la main mise de l'Europe sur l'empire ottoman, prélude d'un partage, et prolonger, au contraire, son indépendance et son intégrité. Sa politique, en 1860, en 1861, sera donc d'empêcher une intervention trop efficace de l'Europe en Syrie, et, à cet effet, d'atténuer d'une part les responsabilités et l'impuissance des autorités turques, d'autre part de cacher l'étendue des massacres et de présenter les chrétiens syriens, comme les premiers fauteurs des désordres.

C'est dans ce sens que Sir Henry Bulwer. ambassadeur britannique à Constantinople, écrivit, le 27 juin, à Lord John Russell, Ministre des affaires étrangères à Londres : « J'estime que la conduite des Maronites, la pression exercée sur eux par les autorités spirituelles, pour les pousser contre les Druses, l'attitude générale des tribus chrétiennes, ont beaucoup contribué à allumer la guerre civile » (1).

11 n'y aurait donc pas eu émeute des Druses et égorgement des chrétiens, mais une véritable guerre civile entre les deux peuplades, provoquée surtout par les Maronites. Les actes de sauvagerie s'expliqueraient par la haine profonde des uns contre les autres, parleurs coutumes barbares, et par l'intensité de la lutte !

Serait-il juste, dans ces conditions, d'exiger et d'organiser une répression générale, impitoyable des Druses? Et comment rendre la Porte responsable d'événements qui, premièrement, s'étaient produits dans un pays qu'elle n'administrait pas directement, et qui, secondement, n'avaient jamais pu être empêchés par un gouvernement quelconque dans le Liban, à travers les siècles? Enfin, pour quels motifs intervenir en Syrie ? Pour empêcher de futurs massacres ? Ce serait une tentative vaine. L'intervention des puissances, de 1842 à 1845, avait-elle prévenu les émeutes de 1858, et les atrocités de 1860? L'Europe n'avait jamais réussi à assurer la paix et l'ordre en Syrie. Mieux valait encore en abandonner le soin au Sultan, le maître légitime du pays, dont on respecterait en même temps le pouvoir souverain, garanti par le pacte international du traité de Paris.

Telle était la thèse que la Porte et l'Angleterre allaient sou-

(1) Paper* relating lo the disturbanccs in Syria, p. 18,

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