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LES PREMIÈRES NEGOCIATIONS DE ^INTERVENTION

tenir avec une âpre ténacité, dans l'intérêt d'une politique égoïste.

M. Thouvenel, malgré l'attitude hostile de l'Angleterre, se décida néanmoins à prendre l'initiative d'une intervention. Dans une circulaire adressée, le 6 juillet, aux ambassadeurs français à Londres, Vienne, Saint-Pétersbourg et Berlin, il exposa le point de vue français : « Il y a deux tâches à remplir en Syrie, écrivit-il en résumé. La tâche de Fuad-Pacha consiste à rétablir la paix et à obliger les Druses à déposer les armes. Fuad y suffit. Mais il faut aussi réparer le désastre et en prévenir une nouvelle édition, d'autant plus que ces scènes de massacre se sont répétées déjà ; ce devra être la tâche des puissances. Celles-ci ont-elles le droit d'intervenir dans le Liban ? Oui, en vertu de l'accord de 1842, qu'elles ont garanti, et qui est méconnu par les Druses. Les puissances ont le droit d'examiner, de concert avec la Porte, les causes pour lesquelles il a été violé, ainsi que les dispositions qu'il peut y avoir lieu d'y substituer. La Porte, du reste, n'a jamais fait de difficulté d'admettre les bons offices de la diplomatie, en ce qui concerne le Liban » (1).

M. Thouvenel proposa, en conséquence, l'institution d'une commission d'enquête collective, formée des délégués des puissances et de la Porte. Cette commission serait envoyée dans le Liban, pour rechercher les circonstances qui ont provoqué les derniers conflits, déterminer la part des responsabilités des chefs de l'insurrection et des agents de l'administration locale, ainsi que les réparations dues aux victimes ; enfin, elle étudierait, pour les soumettre à l'approbation des puissances et de la Porte, les dispositions qui pourraient être adoptées en vue de conjurer de nouveaux malheurs. Il ne s'agissait pas, pour la France, de favoriser les Maronites au détriment des Druses, ni de poursuivre en Orient des intérêts particuliers. Non, M. Thouvenel, s'il rappelait le protectorat français des chrétiens d'Orient, déclarait en même temps qu'on ne s'en servait que pour proposer une action collective des puissances . c De tous temps, la sollicitude de la France

(1) Testa, op ci/., t. VI, p. 81 (La Porte avait alors déjà nommé Fuad Hacha haut commissaire en Syrie). Circulaire de M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères, aux représentants français à Londres, Vienne, Saint-Pétersbourg et Berlin, 6 juillet 1860 ^17 zilhidjé 1276).

s'est exercée au Liban ; c'est une tradition que le gouvernement de S. M. ne saurait répudier. Elle nous imposait le devoir d'accomplir cette démarche auprès des puissances. Toutefois, en prenant l'initiative dans les circonstances présentes, nous ne sommes dirigés par aucune vue particulière, ni par le désir préconçu de poursuivre, en faveur de Tune des populations entre lesquelles le conflit s'est élevé, aucun avantage exclusif. Nous ne nous proposons d'autre objet que de concourir avec les puissances, et au même titre, dans l'intérêt de la paix de l'Orient, à rétablir le calme et Tordre sur un point où ils ne peuvent être troublés sans la mettre sérieusement en danger. »

M. Thouvenel confirma sa circulaire dans une lettre au marquis de Lavaletle, à Constantinople, comptant sur la Porte pour rétablir Tordre en Syrie, et demandant que justice soit faite (1). Le marquis de Lavalette fut chargé de faire des ouvertures dans ce sens au ministre turc des affaires étrangères.

En même temps, la France, passant des paroles aux actes, envoya une escadre à Beyrouth, sous les ordres du contreamiral Jehenne, avec mission d'y protéger les nationaux français et les Maronites, L'Angleterre ne voulut pas laisser le pavillon français représenter seul l'Europe, dans le Levant, d'autant plus qu'elle aussi avait à y défendre des intérêts considérables.Le vice- amiral anglais Martin alla rejoindre l'escadre française avec des forces navales assez nombreuses.

Les puissances et l'intervention armée en Syrie.

Quelle allait être la réponse des puissances à la circulaire française du 6 juillet ? Le cabinet de Londres, d'abord, s'y montra nettement hostile. Arriva la nouvelle des massacres de Damas. M. Thouvenel la connut le 16 juillet. Il se rendit immédiatement à Saint-Cloud, auprès de Napoléon III, et décida avec lui le principe d'une intervention armée. Des troupes françaises devaient débarquer à Beyrouth et, sous le prétexte d'aider la Porte, se substituer à elle dans la mission de haute police qu'elle n'avait pas pu remplir.

(i) Testa, op. cit., t. VI, p. 83. Dépêche de M. Thouvenel à M. le marquis de Lavalette, à Constantinople, 6 juillet 1860 (1? iilhidjé 1276).

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