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IV. LES PUISSANCES ET l/lNTERVENTION ARMÉE EN SYRIE

balkanique, et de faire triompher la thèse que l'article 9 du traité de Paris faisait un devoir aux puissances d'assurer l'exécution des réformes promises par le Hatli-Hamayoun du 18 février 1856, et d'exercer sur la Porte une pression dans ce sens. Sans doute espérait-elle aussi être mandatée par l'Europe pour intervenir dans les Balkans, comme la France serait mandatée pour intervenir en Syrie et l'occuper ; Alexandre II entrevoyait, peut-être, la possibilité de réaliser, par la convention internationale proposée, le rêve de son père, dé* truit par les assiégeants de Sébastopol, de soumettre à l'influence russe les chrétiens de la Turquie d Europe.

Cependant, la proposition du Tsar fut écartée, devant l'opposition irréductible de l'Angleterre. La Prusse et FAul riche approuvèrent également les propositions française et anglaise. La Sardaigne n'avait pas été convoquée, bien qu'elle eût signé le traité de Paris de 1856. Elle se plaignait d'avoir été laissée à l'écart. M. Thouvenel, alors, pour justifier cette exclusion, rattachait, ainsi que nous l'avons vu, la question libanaise de 1860 aux conventions de 1842 et de 1845, qui n'avaient pas été signées par la Sardaigne, mais seulement par les cinq grandes puissances. Au fond, il voulait donner satisfaction à l'Autriche, en ne considérant pas le royaume de Victor-Emmanuel II comme une sixième grande puissance. Le gouvernement de Vienne n'était pas très enthousiaste d'une opération militaire, internationale ou non, qui touchait à la souveraineté du Sultan, et qui pouvait encourager le Tsar à violer à son tour cette souveraineté, et à pénétrer dans cette plaine danubienne que l'Autriche considérait comme son domaine propre et le champ de ses futures annexions. Le gouvernement de Turin n'accepta pas le raisonnement de M. Thouvenel. 11 prétendit que les puissances avaient le droit d'intervention, mais seulement en vertu du dernier traité en date, celui de Paris de 1856, qui avaient remplacé les conventions précédentes. La Sardaigne, signataire du traité de Paris, ne pouvait donc pas être exclue des négociations.

On ne fit aucun droit à cette réclamation. La Sardaigne resla à l'écart des affaires de Syrie. Elle n'était pas encore définitivement admise dans le concert des « Grandes Puissances *>. M. Thouvenel avait rédigé un projet de convention et lavait communiqué à lord John Russell. Celui-ci le trouva d'abord conforme à ses vues, puis, brusquement, fit des ré-

Serves et exprima la crainte qu'une intervention armée en Syrie menaçât la paix (1).

Les exigences russes lui avaient fait entrevoir tout le danger d'une action énergique et vaste pour l'intégrité de l'empire ottoman. Tout était remis en question. Le 25 juillet, enfin, le Cabinet anglais formula des propositions nouvelles très nettes. Il accepta le programme de M. Thouvenel, mais à trois conditions seulement : la première était que Fuad Pacha devait demander l'intervention des troupes européennes, c'està-dire que Ton ne recourrait à l'emploi de ces troupes que si la Turquie était impuissante à rétablir Tordre elle-même. La deuxième était que Ton signerait le plus promptement possible la convention des cinq grandes puissances avec la Porte. La troisième, enfin, limitait la durée de l'occupation européenne en Syrie à six mois (2).

Ces conditions mettaient le corps européen à la merci de Fuad-Pacha, le plénipotentiaire de la Porte en Syrie, et lui enlevait toute sa liberté d'action. La commission européenne môme qui devait être instituée à Beyrouth, ne pourrait pas disposer de lui et faire appel à lui pour assurer l'ordre et pour appuyer ses décisions, si les Turcs s'y refusaient. Enfin, la limitation de l'occupation à six mois enlevait au corps expéditionnaire toute possibilité de prendre racine dans le pays et d'y fortifier considérablement l'influence française. Les conditions anglaises donnaient surtout à la Turquie toute latitude de rendre l'action européenne aussi inefficace que possible et de réorganiser la Syrie, sans être sous la menace constante des baïonnettes françaises.

Malgré toutes ces restrictions fâcheuses et dangereuses, le gouvernement français, désireux seulement de venir en aide aux chrétiens de Syrie le plus rapidement possible, accepta les nouvelles conditions anglaises et lança définitivement les invitations à une Conférence des Représentants des cinq grandes puissances à Paris.

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 96. Dépêche de M. Thouvenel au comte dePersigny 23 juillet 1860 (4 mouharrem 1277;.

(2) Testa, op. cit., t. VI, p. 97.

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