‹ La question du LibanChapitre 93 sur 124 · V. LE PROTOCOLE DU 3 AOUT · texte numérisé non relu

V. LE PROTOCOLE DU 3 AOUT

Beyrouth. Le commandement en avail été confié au général de Beaufort d'Haulpoul, qui avait servi autrefois sous Ibrahim-Pacha, et était censé connaître la Syrie.

Napoléon III, avec beaucoup de tact et d'adresse, dans son ordre du jour aux troupes expéditionnaires, avail, en termes très heureux, précisé encore leur lâche : a Vous allez non pas faire la guerre à une puissance quelconque, mais aider le Sultan à ramener dans l'obéissance des sujets aveuglés. * C'était reconnaître l'indépendance de la Porte et sa souveraineté sur le Liban. Au général de Beaufort, dans son adieu de départ, il dit : « Je serais désolé que vous ne fussiez pas de retour dans trois mois » (1). L'Empereur tenait évidemment à calmer les susceptibilités de l'Angleterre, avec laquelle il voulait opérer alors un rapprochement à la fois politique et économique.

Ce n'était donc pas pour une conquête que des troupes européennes se rendirent en Syrie, ni pour une diminution du pouvoir du Sultan ; c'était pour le seconder en quelque sorte dans une opération de police, destinée à consolider sa souveraineté même et l'intégrité de son empire. Tandis que jusqu'alors les puissances européennes, en intervenant en faveur des chrétiens opprimés, avaient eu en vue le morcellement de l'empire ottoman, en s'emparant elles-mêmes de quelques provinces, ou en affranchissant complètement certaines provinces chrétiennes, cette fois-ci elles voulaient collaborer avec le Sultan. C'est dans ce sens que l'article 9 du traité de Paris allait dorénavant être interprété. Celle collaboration devait être collective ; toutes les paissances allaient y prendre une part active. C'était là un autre précédent : désormais, l'intervention isolée, unilatérale d'une seule puissance en Turquie, en faveur des populations chrétiennes, ne sera plus admise par les aulres; on y substitue l'intervention collective, résultant d'une entente commune et limitée par une entente commune. Lorsquen 1876, la Russie voudra s'affranchir de cette règle mise en pratique en 1860. elle se heurtera à l'opposition énergique de l'Angleterre el del'Autriche- Hongrie réunies; elle devra s'incliner finalement devant les décisions du congrès de Berlin. Toute une procédure internationale nouvelle était ainsi créée, en 1860.

(1) De la Gorce, op. cit., t. III, p. 326.

|. LES DÉBUTS DE FUAD-PACHA EN SYRIE. — 11. LE CORPS u'OGCUPA. TION FRANÇAISE EN SYRIE. — 111. LA COMMISSION INTERNATIO- NALE DE BEYROUTH. — A. LA QUESTION DE LA RÉPRESSION. — B. LE RÈGLEMENT DES INDEMNITÉS. — IV. NÉGOCIATIONS POUR LA PROLONGATION DE L*OCCUPAT10N FRANÇAISE.

Les débuts de Fuad-Pacha en Syrie.

Pendant que les négociations se poursuivaient à Paris, à Constantinople, le marquis de Lavalelle ne cessait de harceler les Ministres turcs et de demander toujours plus impérieusement qu'on envoyât des troupes en Syrie pour contenir les Druses On ne lui répondit d abord que par des dénégations ; les massacres auraient été singulièrement exagérés ; néanmoins, des mesures extraordinaires auraient été prises pour les arrêter et pour châlier les coupables.

Arrivèrent les nouvelles des atrocités de Damas Les nier, ou même les atténuer n'était pas possible. La Porte changea donc d'attitude, feignit la plus grande indignation et annonça avec fracas qu'elle allait prendre des mesures exceptionnelles et ne reculerait pas devant une répression des plus énergiques. Il fallait devancer les Puissances, et, par une apparence de fermelé et de bonne volonté, leur enlever tout prétexte d'intervention. De sa propre main, le Sultan écrivit à Napoléon III et à la reine d Angleterre pour flétrir les massacres et promettre bonne justice et ample réparation. Fuad-Pacha, ministre des a (Ta ires étrangères, qui passait pour un réformateur éclairé et énergique et avait la confiance des ambassadeurs européens, fut nommé commissaire extraordinaire du Sullan en Syrie, muni de pouvoirs illimités pour réprimer les désordres, punir avec rigueur tous les coupables sans exception et réorganiser le pays sur des bases solides. Ses instructions, rappelant le Halti-Hamayoun du 18 février 1856, proclamaient

Page 1