‹ La question du LibanChapitre 96 sur 124 · II. LE CORPS D'OCCUPATION FRANÇAISE EN SYRIE · texte numérisé non relu

II. LE CORPS D'OCCUPATION FRANÇAISE EN SYRIE

Beyrouth. L'intervention armée de l'Europe était un fait accompli.

Le corps d'occupation française en Syrie

A la Gn du mois d'août, le corps expéditionnaire français, débarqué à Beyrouth, s'était installé provisoirement, dans des bivouacs, autour de la ville, dans le bois de pins. Sa présence seule suffit à faire cesser presque complètement les massacres. Les Druses et les musulmans s'apercevaient que l'Europe ne se contentait plus de vains mots, mais qu'elle passait aux actes, pour protéger les chrétiens. Ceux-ci reprenaient courage.

Le rôle des troupes françaises exigeait d'elles un rayonnement d'action à travers toute la région désolée par la guerre civile. Il, fallait étouffer complètement les émeutes, ramener les chrétiens dans leurs villages, et assurer le châtiment des massacreurs et de leurs complices ; il fallait, en un mot. ramener la vie normale et la prospérité dans la Montagne Cependant, le général de Beaufort ne pouvait pas agira sa guise ou selon les instructions seules de son gouvernement; car il n'était plus simplement un général français, il commandait un détachement mandaté par l'Europe, pour seconder la Porte dans l'œuvre de répression et de réorganisation, et pour lui servir de gendarmerie auxiliaire. Il dépendait donc également du Sultan; il ne pouvait agir qu'avec son consentement formel, ou d'accord avec ses représentants autorisés. Il était contraint de concerter tous ses mouvements avec les coreligionnaires des coupables, avec leurs amis, leurs protecteurs, avec ceux mêmes qui avaient armés et dirigés leurs bras homicides.

Néanmoins, le général de Beaufort, avec l'appui des consuls, aurait su remplir sa mission jusqu'au bout, sans l'habileté infernale de Fuad-Pacha.

Lorsque le haut commissaire du Sultan Abdul-Médjid, connut l'arrivée des Français, il accourut immédiatement à Beyrouth, et eut avec leur général plusieurs entrevues, dans lesquelles il sut capter sa confiance. L'énergie qu'il venait de montrer à Damas, et sa réputation de ministre éclairé et de réformateur habile trompèrent le soldat loyal et droit

qu'était M de Beaufort. Ils arrêtèrent ensemble un savant plan de campagne pour pacifier rapidement tout le pays et atteindre les Druses. Les Français se dirigeraient vers Deirel-Kamar, et rayonneraient de là à travers toute la Montagne, pousseraient les pillards et les brigands devant eux, ramèneraient les chrétiens dans leurs demeures, reconstitueraient partout une administration régulière. Pendant ce temps, les troupes ottomanes franchiraient le Liban dans le Sud, occuperaient Djezzin et toutes les passes vers le Mont-Hermon et le Haourân, balayeraient la Cœlésyrie et rejetteraient sur les bataillons français les bandes druses coupées de leurs retraites, vers le Haourân.

Le 26 septembre, le général de Beaufort occupa Deïr-el- Kamar et exécuta rapidement et avec habileté son programme. Toute la Montagne fut nettoyée des bandes druses qui s'enfuirent vers le sud. Si Fuad et ses soldats turcs avaient mis à remplir leur tâche le même empressement que les Français, elles n'auraient pu échapper au juste châtiment.

Mais les Turcs leur laissèrent le temps de se sauver, grâce à la lenteur voulue de leurs opérations. Ils occupèrent les défilés de la Montagne et les routes du Haourân, après que les bandes druses y avaient déjà passé pour s'enfuir vers le sud. Les passages furent barrés quand il n'y avait plus aucun Druse à intercepter (1). Quelques bandes purent même se reformer à proximité des troupes turques, sans être inquiétées. Fuad avertit le général de Beaufort de cet échec voulu, et l'invita à restreindre ses opérations. Prisa parti, plus lard, par les membres de la commission de Beyrouth, il s'excusa en prétendant que la topographie déchiquetée du pays avait empêché ses troupes de surveiller étroitement tous les sentiers, tous les creux et les cavernes par où les petites bandes druses pouvaient se défiler (2).

La mauvaise volonté des Turcs était manifeste. Lord Dufferin lui-même avoua à sir Henry Bulwer : « Je ne crois pas à la connivence de Fuad, mais à la stupidité de ses agents » (3). Le diplomate anglais, dans l'intérêt même de sa politique à Beyrouth, n'osait pas accuser son ami Fuad de félonie ; corn-

(1) Testa, op. cit., t. VI, p. 112.

(2) Corres ponde nce relating to the disturbanees in Syriat p. 347.

(3) Id.,Ibid., p. 203.

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