LA COMMISSION INTERNATIONALE DE BEYROUTH
ment aurait-il pu, autrement, continuer à le soutenir et à défendre la Porle? Mais l'évidence des faits ne lui permettait pas d'absoudre les fonctionnaires et les officiers ottomans, et il les taxait d'imbéciles, pour n'avoir pas à prononcer le mot de traîtres.
Les soldats français durent se borner, selon l'expression de M. de la Gorce, à une promenade de bienfaisance à travers la Montagne ; ils s'en acquittèrent avec la générosité, l'entrain et le dévouement inhérents à leur race.
La commission internationale de Beyrouth .
A. — La question de la répression.
Dans l'intervalle, la Commission de Syrie avait commencé ses travaux ; elle s'était constituée le 5 octobre, à Beyrouth.
M. Béclard y représentait la France, lord Dufferin l'Augleterre, M. de Novikow la Russie, M. de Weckbecker l'Autriche, M. de Rehfues la Prusse et Fuad-Pacha la Turquie. Elle définissait elle-même sa mission, qui était de rechercher l'origine et les causes des événements dont la Syrie avait été le théâtre, de déterminer la part de responsabilité des chefs de l'insurrection, ainsi que celle des agents de l'administration, et de provoquer la punition des coupables, d'apprécier l'étendue des désastres qui avaient frappé les populations chrétiennes et de combiner les moyens propres à soulager et à indemniser les victimes, de prévenir le retour de semblables calamités, d'assurer Tordre et la sécurité en Syrie, en indiquant les modifications qu'il convenait d'apporter à l'organisation actuelle de la Montagne (1).
La Commission s'adjugeait ainsi à la fois un pouvoir judiciaire et un pouvoir politique et administratif, — Elle voulait être :
1° Un tribunal d'enquête international et une Cour de justice.
2° Une Commission administrative internationale, chargée d'enquêter sur l'état économique et social de la Syrie, et d'y porter remède.
(1) Les procès-verbaux des séanees sont publiés dans Baron de Testa, op. cit., t. VI, p. 105 et suiv.
3« Une Commission consultative internationale, devant indiquer à la Porle les mesures de réorganisation politique aptes à ramener le calme, en Syrie, d'une façon définitive.
Il est incontestable que si elle voulait remplir la première et la deuxième tâche, elle devait empiéter sur la souveraineté du Sultan et sur les attributs des fonctionnaires turcs ; c'était une ingérence dans l'administration intérieure de la Turquie. Mais l'horreur universelle soulevée par les massacres avait été telle que l'Angleterre elle-même n'osait pas, au début, s'opposer formellement à cette immixtion dans les affaires intérieures de sa protégée, la Porle. Les commissions avaient pu juger sur place que la rumeur publique n'avait nullement grossi l'étendue du désastre, l'atrocité des massacres et la misère effroyable dans la Montagne.
Cette ingérence d'une commission internationale dans les affaires judiciaires et administratives de la Turquie pouvait constituer néanmoins un grave précédent. Si la Porte laissait les commissaires enquêter et juger librement ses fonctionnaires et ses sujets, si elle les laissait disposer des fonds turcs pour les répartir à leur gré parmi des sujets chrétiens, son autorité et sa souveraineté étaient gravement compromises, et il n'y avait plus de raison pour que les Puissances n'agissent de même, dans une contrée de l'Empire autre que le Liban, quand l'occasion s'en présenterait. La Porte courait certainement un danger, au point de vue de sa propre indépendance.
Le danger était moindre pour la réorganisation de la Montagne. La commission, à ce sujet, avait été très prudente, sur Tinstigation de l'Angleterre et aussi sur celle de 1* Au triche. Elle voulait se borner à indiquer les modifications qu'il convenait d'apporter à l'organisation de la Montagne. Elle n'émettait pas la prétention de décider des modifications et de les imposer ensuite à la Sublime-Porte ; l'indépendance de l'empire ottoman était ainsi sauvegardé dans une certaine mesure, selon les vœux de l'Angleterre.
Afin de bien marquer le caractère d'une collaboration avec les autorités turques, la commission désigna Fuad-Pacha pour présider ses travaux, lui assignant ainsi en quelque sorte un rôle directeur : les autres commissaires seraient vice-présidenls à tour de rôle.
La tâche de Fuad-Pacha était tracée par l'intérêt même de