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IL FAUT ÉCHAPPER A LA SPÉCULATION

La pénurie d’habitations à bon marché à Lausanne, comme d’ailleurs dans la plupart des autres villes, provient, ainsi que nous venons de le voir, essentiellement de % spéculation sur le sol et sur les bâtiments.

Pour avoir des logements à la portée des petites bourses, il faudrait donc pouvoir édifier des maisons sur un sol dont la spéculation n’ait point fait hausser le prix, et, une fois les maisons édifiées, empêcher qu’elles tombent dans le commerce et deviennent un objet de spéculation.

Des habitations qui n’auraient pas à subir les effets de la spéculation, pas plus en ce qui concerne le terrain qu’en ce qui concerne la construction, pourraient certainement être louées à des prix raisonnables. L’expérience faite à Bellevaux par la commune de Lausanne en est une preuve irréfutabley/

La Commune a acmeté les terrains de Bellevaux à 2 fr. 20 le mètre carré. C’est déjà un prix de spéculation, car ce terrain n’a pas été acheté et vendu comme terrain de culture, mais en prévision qu’il servirait de sol à bâtir. Il y a donc eu, si faible soit-elle, spéculation sur le développement probable de la ville et bénéfice réalisé sur la prospérité générale. Or, la Commune, dans la fixation du prix de revient des immeubles de Bellevaux, y fait entrer ce terrain à raison de 4 francs le mètre carré (2987 m2 X 4 — 11.800 francs, valeur de terrain à renter par les 24 locataires qui l’occupent). Et malgré cela, sol et construction rapportent encore à la commune du 3,96 pour cent, les appartements étant loués, comme nous

l’avons déjà dit, ceux de deux pièces et cuisine 380 francs et ceux de trois pièces et cuisine, 450 francs par

an/ \

L’expérience faite par la ville de Berne aboutit aux mê- 'mes conclusions. Cette commune, de 1889 à 1898, a construit 134 maisons contenant 182 logements qui abritent 1400 personnes. Les logements de 3 pièces et cuisine sont loués en moyenne 264 francs par an, ceux de 4 pièces et cuisine 300 francs et ceux de 5 pièces eL cuisine 312 francs. Ce sont des prix extrêmement bas. /

Or, malgré ce bon marché extraordinaire des log&ments, le capital engagé rapporte encore net, à la ville, après déduction de toutes les charges, mais sans amortissement, du 3 trois-quarts pour cent.

Il faut ajouter que dans le prix de revient, la ville de Berne ne fait pas entrer la valeur du sol, ce qui n’a rien d’excessif, puisque, quand la valeur du sol n’a pas subi de hausse du fait de la spéculation, elle est pour ainsi dire une quantité négligeable comparée à la valeur de la construction.

Cette manière de faire a été d’autant plus facile à la ville de Berne, qu’elle possède la plus grande partie du territoire de la Commune. Elle est propriétaire d’environ 18 millions et demi de mètres carrés, sur une surface totale de 31 millions de mètres. C'est une ville qui est en excellente posture pour résoudre la question de l'habitation, lorsqu’elle le voudra.

La condition indispensable pour obtenir des habitations bon marché est donc de soustraire le logement à la,^ spéculation. Cela est-il possible et par quels moyens ?/ C’est ce que nous allons examiner dans les chapitres suivants.

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