‹ La question du logement à LausanneChapitre 11 sur 15 · L’INITIATIVE PRIVÉE · texte numérisé non relu

L’INITIATIVE PRIVÉE

Faut-il attendre des particuliers qui disposent de capitaux qu'ils renoncent à leurs bénéfices, ou qu’ils subissent même des pertes, pour mettre des logements salubres et à bas prix à la disposition des petites bourses ?

Pour savoir à quoi s’en tenir sur ce point, il suffit de

constater qu’attendre est précisément ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui ; on a attendu, cette attente dure depuis fort longtemps et plus on attend plus la crise s’aggrave. Le régime de l'initiative privée est justement le régime de la spéculation et nous voyons à quel résultat ce régime aboutit.

Demander à des gens de renoncer à des profits qu’ils peuvent réaliser dans les limites de la loi et sans sortir de la morale commerciale courante, c’est demander que les fleuves remontent à leur source. Ceux-mêmes qui souffrent de la spéculation, et qui s’en plaignent, feraient comme la plupart des propriétaires s’ils étaient à leur place. Il faut donc prendre les hommes comme ils sont et ne pas attendre d’eux qu’ils se conduisent comme des anges.

Voici au surplus une constatation officielle à ce sujet. Le Conseil municipal de Lausanne, dans son rapport du 11 avril 1913, sur les habitations salubres et à bon marché, déclare :

« Les particuliers qui exploitent des habitations ouvrières sont assez nombreux, mais il est à constater que ces constructions ne peuvent pas toutes être qualifiées de salubres et à bon marché ; loin de là ! il en est qui rapportent un gros intérêt à leurs propriétaires et ceux-ci s’occupent davantage du revenu de leurs immeubles que de leur entretien. Aussi, dès qu’il pourra être mis un plus grand nombre d'appartements salubres à la disposition des ouvriers, les gros revenus locatifs de certains propriétaires seront considérablement réduits ».

On ne saurait mieux dire, et nous voudrions voir, en cette matière, les autorités communales agir aussi bien qu’elles parlent. Elles en sont loin malheureusement.

Les locataires ne sauraient donc, sans être dupes, espérer des propriétaires privés une amélioration de leur sort. Et si un moyen existe à leur portée de résoudre le problème, ils feront bien de s’en emparer et d'agir.

Il sera assez tôt pour eux d’y renoncer et de se croiser les bras, le jour où l’initiative privée prouvera par des faits qu’elle est capable de remplacer un peu l’amour du gain par l’esprit de solidarité.

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