L’ACTION COLLECTIVE
Les particuliers recherchent avant tout des profits ; les philanthropes ne trouvent pas de fonds en suffisance ; qui donc mettra un frein à la spéculation et permettra d’habiter un logis sans payer un lourd tribut aux spéculateurs ?
La collectivité, il ne reste qu’elle pour résoudre le problème, si le problème est soluble. Et comme collectivité, nous ne voyons que la Commune pour une pareille tâche.
A vrai dire, il est une autre collectivité, qui serait mieux indiquée encore pour un rôle semblable, si elle en avait les moyens. C’est la Coopérative de consommation. Cette société, qui compte plusieurs milliers d'ahérents à Lausanne, a pour but, comme toutes les sociétés analogues, de fournir à ses membres les objets de consommation les plus divers, le pain, la chaussure, l’épicerie, les usten-
siles de ménage, le combustible, etc. Elle serait tout aussi bien placée pour fournir le logis. C’est à elle qu’il faudrait s’adresser si elle possédait des millions comme certaines coopératives anglaises de date plus ancienne. Mais ce n’est pas le cas, elle est encore trop jeune. Les consommateurs de notre pays n’ont pas eu d’aussi bonne heure que les consommateurs anglais le sens de leurs intérêts, et l’on ne peut demander à une société qui n’a que quelques années, de posséder les réserves de sociétés vieilles de plus d’un demi-siècle.
Pour le moment, et faute de mieux, il n’y a donc que la Commune qui soit capable d'entreprendre l’œuvre des habitations salubres et à bon marché.
Mais, nous dira-t-on, vous avez vous-mêmes constaté dans les lignes qui précèdent que son intervention jusqu’à ce jour a été aussi peu efficace que celle des philanthropes, pourquoi voulez-vous compter davantage sur la Commune que sur ces derniers ?
C’est que l’action des philanthropes dépend de la générosité de quelques personnes, tandis que l’action de la commune dépend des électeurs qui sont en maporité des locataires. Il dépend des électeurs que ce qui a été commencé soit continué jusqu’à solution du problème. Ils sont d’ailleurs en partie responsables de la lenteur avec laquelle les autorités communales ont procédé dans ce domaine.
Après l’enquête Schnetzler, il a fallu à ces autorités dix années pour édifier 24 logements et dès lors 9 ans se sont de nouveau écoulés sans que de nouvelles habitations aient été construites. Toutefois, très récemment, en juin 1913, quelques mois avant les élections pour le renouvellement du Conseil communal, celui-ci a décidé ce qui suit :
« D’inviter la Municipalité :
a) à faire des propositions en vue de la construction par la Commune, sur ses terrains de Bellevaux, d’un nouveau groupe de maisons ouvrières d’importance équivalente au groupe actuellement construit ;
b) de faire des études en vue d'une prompte exécution pour la construction, à la rue Saint-Martin, numéros 20 et 22, d’un immeuble de logements ouvriers, cette construction pouvant être faite par la Commune ou par une société privée sur la base des projets C. et E. du préavis municipal ».
Lorsque cette décision sera exécutée, il se trouvera une trentaine de nouveaux logements à bon marché à Lausanne. Ce sera une deuxième goutte d'eau dans la mer. Et, à supposer qu’à l’avenir le même phénomène se renouvelle tous les trois ans avant les élections communales, il faudra trente ans pour édifier trois cents logements à bon marché. On peut soutenir sans exagération qu’il en faudrait au moins ce chiffre chaque année seulement
En effet, la ville s’accroît de plus de 4000 personnes par année. Il n’est pas excessif d'admettre qu’au minimum la moitié de ces personnes, soit 2000, sont de situation modeste et ultra-modeste. Pour les loger, en comptant cinq personnes par appartement, il faut 400 appartements.
Du pas dont nos auorités y vont « les gros revenus locatifs de certains propriétaires » que le rapport municipal parle de réduire en mettant un plus grand nombre d’appartements à bon marché à la disposition des ouvriers, sont en parfaite sécurité. Ceux qui les touchent peuvent dormir sur les deux oreilles et les locataires continuer à tirer le diable par la queue toute l’année pour les payer.
La Commune peut aller plus vite et faire davantage. C’est ce qu’il nous reste à examiner.