‹ La question du logement à LausanneChapitre 6 sur 15 · DE 1894 A · texte numérisé non relu

DE 1894 A

Depuis l’enquête mémorable dirigée par M. Schnetzler, dix-neuf années se sont écoulées. La ville de Lausanne a pris un essor considérable, sa population a doublé.

Quel a été le résultat de ce développement extraordinaire sur la question des logements ?

A certains égards, la situation s’est améliorée ; à d’autres égards, elle a empiré.

Elle s’est améliorée, parce que le développement de la ville a provoqué la démolition de maisons vieilles et malsaines, et la construction d’habitations nouvelles, généralement pourvues du confort moderne.

Mais elle a empiré parce que la pénurie d’habitations à bon marché a augmenté.

Même sans parler des véritables palais et des villas magnifiques qui ont poussé et qui poussent encore sur notre sol communal, les loyers sont chers à Lausanne. La maison locative courante se loue à des prix extrêmement élevés. Le logement de trois pièces et cuisine qui convient à une famille moyenne vaut 550 et 600 francs par an, ou même davantage. Ce n’est plus le quart de son

gain qu’un ouvrier doit débourser pour sa location, mais bien le tiers ou la moitié.

Aussi, afin d’équilibrer son budget, doit-il plus que jamais recourir au système de la sous-location que M, Schnetzler déclarait déjà poussé à l’extrême en 1894, et cela au détriment de la santé et de la moralité publique.

Rien n'est plus commun, en effet, que de voir une famille d’ouvriers sous-louer deux chambres sur trois et s’entasser dans une unique pièce, la moins belle et la moins bien exposée de l’appartement. Le fait que cette pièce appartient à un logement moderne n’est plus alors qu’un très faible avantage.

Mais la situation a encore empiré dans une autre direction. Les maisons vieilles et malsaines qui sont restées debout — et elles sont nombreuses — sont plus vieilles et plus malsaines qu'en 1894 et, par dessus le marché, leur loyer a suivi la hausse générale,

CJNE ENQUÊTE RÉCENTE

Les organisations ouvrières de Lausanne, en vue d’une agitation en faveur de logements salubres et à bon marché, tentèrent au commencement de 1912 une enquête sur l’habitation dans les milieux purement ouvriers.

Cette enquête ne réussit qu'assez imparfaitement. Sur quinze cent questionnaires environ délivrés à des ouvriers, une centaine seulement revinrent convenablement remplis en mains des enquêteurs. Les renseignements ainsi receuillis constituent de simples coups de sonde et non une enquête qui offre l'étendue et les garanties de celle de

Ces résultats ne sont cependant pas sans intérêt. Nous les résumons ici brièvement.

Sur cent logements qu’on peut dire pris au hasard dans les anciens quartiers de Lausanne :

25 sont déclarés humides.

11 sont déclarés humides en partie.

Soit un total de 36 pour cent.

Toujours sur ce même nombre, 38 logements sont dans un mauvais état d’entretien, 45 ont des W.-C. qui servent

à plusieurs ménages, et 45 également ont des W.-C. sans eau.

Quant aux prix, ils sont fort différents. Pour des logements ayant un même nombre de pièces, ils varient du simple au double, ce qui laisse supposer une différence considérable dans la qualité.

Les logements d’une chambre varient, comme prix, de 180 à 380 francs, ceux de deux chambres, de 240 à 500 francs, et ceux de trois chambres, de 300 à 650 francs.

Vingt-six de ces appartements ont augmenté de prix dans le cours des trois dernières années. L’augmentation moyenne a été de 56 francs.

Ces quelques renseignements de date récente confirment ce que nous disions plus haut. Le problème de l’habitation, à Lausanne, s’est aggravé depuis vingt ans.

Jamais, sans doute, la pénurie de logements à bon marché et. salubres n’a été si grande dans cette ville. Cette situation entraîne chez les classes peu aisées la nécessité, soit de louer cher de mauvais appartements, soit d’en louer de bons plus cher encore, pour les sous-louer en partie et s’y entasser.

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