L’INTERVENTION DES POUVOIRS PUBLICS
Quel a été le résultat de l’enquête de 1894 et du très beau rapport de M. Schnetzler, enquête et rapport qui ne coûtèrent pas moins de 16.000 francs à la municipalité ?
Le premier effet fut qu’en 1896, à l’exposition de Genève, le travail de M. Schnetzler reçut la médaille d'argent.
Mais l’enquête de 1894 eut cependant un effet plus important. Dix ans plus tard, la municipalité construisit huit maisons ouvrières à Bellevaux, comprenant ensemble 24 appartements, soit 12 appartements de^î chambres et cuisine et 12 de deux chambres et cuisine.
Ces habitations furent occupées dès le « septembre 1904. Les plus petits logements se louèrent à raison de 300 francs l’an, et les plus grands à raison de 400 francs l’an. Ils rapportaient ainsi un intérêt de 3,31 pour cent à la Commune. Mais, dès le 25 septembre 1909, pour une
cause que nous igorons, le prix fut porté respectivement à 350 et 450 francs, ce qui représente un rapport de
a pour cent.
;s 24 logements, construits par la commune et loués ;s prix abordables, comparés à l’ampleur du besoin et à la pénurie générale, ont été sans importance. C'était une goutte d'eau dans la mer.
Cette entreprise a toutefois une certaine valeur comme expérience, puisqu’elle démontre que la commune est tout à fait capable de satisfaire au besoin^d’habitations à bon marché, ce que beaucoup lui dénient, /
Voici, en effet, ce que déclare lorapport du Conseil municipal du 11 avril 1913, au sujet de l'expérience de Bellevaux :
« On a souvent dit que les administrations publiques étaient mal placées pour gérer des immeubles destinés à l'habitation, et plus spécialement ceux qui nous occupent dans le présent rapport. Nous pouvons déclarer que cette appréciation n'est pas justifiée en ce qui concerne la Commune de Lausanne. En effet, depuis bientôt dix ans que les habitations de Bellevaux sont utilisées, nous n’avons pas eu à noter de conflits graves, ni à prendre de mesures spéciales envers les locataires pour inobservation du règlement locatif ou des baux en cours. A deux ou trois reprises seulement, nous avons résilié les baux des locataires particulièrement pénibles à l’égard de leurs voisins. D'après nos renseignements, les gérances privées ont autant, si ce n'est plus, de déboires et le chômage est en tout cas plus accentués dans les bâtiments privés que dans ceux appartenant à la Commune ».
Il est vrai que c'est la Municipalité elle-même qui parle ainsi de sa propre administration, mais la gérance d'un immeuble est une chose assez simple pour qu'on puisse croire qu’elle ne se vante pas beaucoup en affirmant qu’elle gère sans difficultés les quelques maisons ouvrières de.JBellevaux,
y' L action de la Commune de Lausanne en faveur de maisons ouvrières s'est encore exercée dans une autre direction.
En 1903, grâce surtout à l'initiative de M. Schnetzler,
une société coopérative immobilière ayant pour nom « La Maison ouvrière » s’est fondée à Lausanne dans Ig but philanthropique d'édifier des habitations confortables, | Les porteurs de parts ne peuvent en aucun cas touché un dividende supérieur à 4 pour cent.
Là Commune, afin d’encourager cette société, lui céda prix réduit le terrain de construction, La société a réuni jusqu’à ce jour environ cent mille francs, et elle a construit neuf bâtiments comprenant en tout 30 appartements, dont 9 de trois pièces et 21 de deux pièces plus la cuisine
Les'* appartements de 3 pièces se louent 534 francs et ceux de 2 pièces 408 francs. C’est encore relativement bon marché, mais c’est déjà plus cher que les appartements de la commune.
Les détenteurs de parts n’ont pu retirer que depuis quelques exercices seulement un dividende et ce dividende n’est que de 2 pour cent.
C’est sans doute à cette faible rentabilité qu’il faut attribuer le peu de succès de l’entreprise. Car le capital va toujours où il peut retirer avec sécurité les dividendes les plus élevés.
En tout cas, l’effort de cette entreprise paraît maintenant à peu près épuisé et si louable qu’il ait été, il faut reconnaître qu’il s'est montré aussi peu efficace que celui de la commune pour résoudre la crise du logement.