SÉANCES DES 7 ET 8 JANVIER
Discours de M, Mon.
La discussion sur la question mexicaine a commencé le 7, à la Chambre des députés, sur un amendement au projet d'adresse présenté par M. Mon. Cet amendement est ainsi conçu :
tt Le Congrès se réjouit avec Votre Majesté que les relate tions avec les puissances étrangères continuent à être amitt cales, et en même temps qu'il nourrit l'espoir de voiries tt difficultés auxquelles a donné lieu le désaccord des plénitt potentiaires au Mexique se termioer d'une manière sa- « tisfaisante, il regrette que le but élevé que Votre Majesté « s'est proposé par la signature de la convention de Lontt dres ne soit pas réalisé. »
M. Mon s'est levé et a pris la parole pour défendre son amendement.
M. Mon : Le Congrès comprendra combien a dû être grande la conviction qui m'oblige à prendre la parole dans cette question, et, en voyant la forme de l'amendement que je vais défendre, il reconnaîtra comment j'apprécie la nécessité où j'ai été de le présenter. Pendant les trente-cinq années de ma vie publique, jamais je n'ai présenté un seul amendement dans cette enceinte. Aujourd'hui, la gravité de la question m'oblige à le faire. Ma personnalité, ayant été ambassadeur de Sa Majesté Catholique à Paris, me fait un devoir de vous rendre compte de la manière dont j'ai rempli les fonctions de ma charge , afin que vous puissiez approuver ou censurer ma conduite.
Messieurs, on ne peut pas toujours discuter dans toute leur extension les questions internationales posées devant les assemblées législatives. Ce n'est pas moi qui ai provoqué la question actuelle : jamais je ne l'aurais provoquée. Et plaise à Dieu que le Gouvernement y trouve la force nécessaire pour mener à bonne fin, comme je l'espère, une des affaires les plus graves qui se soient présentées dans nos relations extérieures ! Je crois que les gouvernements de la forme du nôtre sont des gouvernements de discussion, que cette forme exige que tout soit discuté dans cette Chambre. En outre, la question a été traitée, il y a quelques jours, dans l'autre Assemblée législative ; toutefois, si le Gouvernement de Sa Majesté vient à trouver indiscrète n'importe quelle question que je traiterai, il lui suffira d'un signe pour me faire garderie silence.
Il y a cinq ans, nommé ambassadeur à Rome, je fus chargé parle Ministre d'État de traiter la question du Mexique avec le Ministre des affaires étrangères de France ; cette question était alors soumise à l'examen de la France, pour une raison que je vais faire connaître : les mêmes dif-
iicultés qu'aujourd'hui existaient au Mexique : des dettes, des assassinats, des satisfactions à demander, étaient des motifs d'interruption des relations entre l'Espagne et le Mexique ; on avait fait un traité que le Gouvernement espagnol n'avait pas voulu approuver ; le Gouvernement de la République avait envoyé M. Lafragua pour régler ces difficultés ; M. Lafragua s'était abouché avec notre ambassadeur à Paris, M. Serrano, et avait proposé que le Gouvernement espagnol le reçût avant de donner la satisfaction due : le Ministre d'Etat espagnol s'était refusé à le recevoir ; toutefois, M. Lafragua se décida à venir, et, par ce motif, je dus entretenir le Gouvernement français de cette affaire. Mon désir a toujours été de donner au Mexique toute la protection et toute l'aide possibles ; le Gouvernement français cependant ne voulait rien décider dans ces questions sans le concours de l'Angleterre, son alliée.
Je partis pour Rome, d'où je revins pour occuper une place dans le conseil des ministres, et, peu de jours après, on reçut une communication de M. Gonzalès Rravo, ministre d'Espagne à Londres, écrite avec une clarté et une lucidité admirables. Le cabinet, qui ne dura que trois mois, fit pour la question du Mexique tout ce qu'il était possible de faire. Quatre mois se passèrent sans que M. Lafragua pût rien obtenir du Gouvernement espagnol. La France et l'Angleterre , qui avaient montré une constante bienveillance pour le Mexique , et qui ne voulaient pas qu'une guerre éclatât entre le Mexique et l'Espagne, la France et l'Angleterre, dis- je, offrirent leur médiation ; le Gouvernement espagnol ne voulut pas l'accepter ; il admit seulement de traiter avec le Mexique de nation à nation ; mais on introduisit alors une phrase qui n'a pas un sens bien défini en diplomatie ; les deux gouvernements changèrent le mot « média^
tion » en celui de « interposition de bons offices, » et, cette interprétation ayant été admise, la question fut posée en ces termes à l'ambassadeur d'Espagne à Londres. M. Gonzalès Bravo soutint toutefois qu'il ne pouvait reconnaître l'autorité des ministres français et anglais pour le règlement de nos différends , comme ces ministres et celui du Mexique le prétendaient. Le Gouvernement espagnol accepta cette opinion ; mais, en même temps, le Gouvernement comprit qu'il était nécessaire de se préparer à la guerre, puisqu'il était à prévoir que le Mexique ne céderait pas.
Les choses étaient en cet état, lorsque Sa Majesté jugea à propos de me nommer son Ambassadeur près de l'Empereur des Français. Le premier jour où j'eus à m'entretenir avec le Ministre des affaires étrangères de France , il me manifesta la nécessité de la médiation, et je lui répondis conformément aux instructions de M. le Ministre d'État. Le comte Walewski me dit qu'il croyait que ce serait un bien pour l'Espagne et pour le Mexique que deux grandes nations vinssent apporter une solution à leurs différends; mais comme le Gouvernement espagnol se refusa à une pareille médiation, l'affaire resta en suspens jusqu'à ce que les Mexicains convinrent de traiter directement avec nous, en signant le traité auquel on donna le nom de traité Mon-Almonte. Dans ce traité les difficultés furent abordées, et les relations diplomatiques directes entre l'Espagne et le Mexique commencèrent.
Mais, par une de ces circonstances qui sont dans l'essence de cette question , le Ministre d'Etat qui avait fait le traité avec le Mexique, et qui, une fois les difficultés écartées, n'avait plus à s'occuper du Mexique en France , commença à mettre une question nouvelle sur le tapis. M. le Ministre d'État, dans les communications qu'il m'adressait, me par-
lait toujours de la convenance qu'il y aurait à ce que les Gouvernements de France et d'Angleterre s'unissent à celui d'Espagne pour intervenir au Mexique par les voies pacifiques. Je partageais le désir de Sa Seigneurie afin de mettre un terme à cette guerre dévastatrice, fratricide et indigne de la civilisation; mais la France et l'Angleterre se renfermaient dans leur refus, et F Angleterre dit seulement qu'elle contribuerait à la pacification, à condition qu'on imposerait la liberté religieuse au Mexique.
Le zèle du Ministre. d'Etat alla plus loin encore : Sa Seigneurie inventa un moyen d'intervenir, pacifiquement, mais enfin, d'intervenir; et, remarquez-le bien, les interventions commencent toutes pacifiquement, et finissent toujours par les armes ; les congrès de Vérone et de Laybach voulaient intervenir pacifiquement en Espagne, et on sait ce qui en résulta.
Quelle constitution devait-on proclamer au Mexique? Quelle médiation était possible entre les intérêts représentés par Miramon et ceux représentés par Juarez? C'est ainsi que M. Pacheco n'a rien pu obtenir, et que, lorsque Miramon fut détruit et Juarez vainqueur, celui-ci refusa de reconnaître le traité conclu avec Almonte et reconnu par toute l'Europe.
Qu'il reste donc constant que, lorsque tous nos différends avec le Mexique étaient terminés, M. le Ministre d'État, qui devait se trouver satisfait de ce résultat, voulut encore intervenir au Mexique, y changer la constitution, y changer le Président, y fonder une nouvelle époque, une nouvelle légalité, au moyen de l'intervention pacifique de l'Europe.
Le traité Mon- Almonte cessa d'exister ; il fut rompu par le Mexique, et M. le Ministre d'État entra dans la voie d'un arrangement amical avec le Gouvernement de Juarez par l'intermédiaire du Ministre français, comte de Saligny. Les
choses arrivaient à la possibilité d'un accord, mais tout dépendait de la bonne volonté des Mexicains. M. le Ministre d'État demandait satisfaction pour les insultes faites et pour la prise de la barque Conception, ainsi que pour le payement des créances. M. de Saligny annonça l'envoi d'un Ambassadeur spécialement chargé de donner des excuses pour l'expulsion de M. Pacheco , et pour régler les questions pendantes. Mais on a su depuis que ce fut là une tromperie des Mexicains ; on assura qu'un sieur Lafuente, qui se trouvait à Paris,, viendrait se présenter au Gouvernement espagnol ; mais le sieur Lafuente ne daigna pas se présenter à moi pour me prier de l'introduire auprès de mon Gouvernement, ce qui prouve qu'il n'a jamais pensé à venir.
Dans ce moment, et ne sachant que très-peu ce que le Ministre d'État pensait faire, car il ne m'avait rien dit, il arriva à ma connaissance que la France et l'Angleterre faisaient des préparatifs pour aller au Mexique, provoquées par les outrages des Mexicains. Je sus et je fis savoir au Gouvernement, avec toute l'anticipation nécessaire, qu'il se traitait d'une expédition, et, ayant pris mes mesures pour obtenir les renseignements convenables, j'adressai, le 6 septembre 1861 , la dépêche télégraphique suivante au Ministre d'État :
c( La France et l'Angleterre vont s'emparer des douanes « delà Vera-Crux et de Tampico, afin de se rembourser de t* toutes les sommes que le Mexique leur doit. Dans ce but, a des forces navales se dirigent vers ces points; elles semblent u ne se soucier en rien de nous. Malgré que je sois sans au- « cunes instructions de Votre Excellence, je pense parler au « Ministre, dès qu'il arrivera de la campagne , afin de conte naître sa pensée. Je sais que l'idée d'une monarchie leur et est agréable ; l'occasion est favorable pour une solution * « parce que nous sommes tous offensés et les États-Unis
« très-affaiblis , et je me réjouirais que nous sortissions de « ceci au moins sans y perdre. »
M. le Ministre n'a pas jugé à propos de publier cette dépêche qui n'offre, du reste, rien de particulier. Quatre heures après l'avoir envoyée, j'en reçus une de Sa Seigneurie me disant :
tt Veuillez vérifier si ce Gouvernement a l'intention de « faire une démonstration contre le Mexique. »
C'est la première dépêche qui figure parmi les documents publiés. Le 7, M. le Ministre disait :
« Nos dépêches d'aujourd'hui se sont croisées. Le Goûte vernement est décidé à agir énergiquement. Un bateau ce à vapeur partira, porteur d'instructions catégoriques au tt capitaine général de Cuba, pour qu'il agisse contre Tarn- « pico et la Vera-Crux avec toutes les forces dont il peut « disposer. Des bâtiments seront envoyés pour renforcer « l'escadre qui se présentera dans ces mers comme il conte vient à la dignité de l'Espagne. — Votre Excellence peut tt le faire connaître au Gouvernement impérial. — Si l'Antt gleterre et la France conviennent d'agir d'accord avec « l'Espagne, les forces des trois puissances se réuniront, tt tant pour obteuir la réparation des outrages que pour tt établir un ordre régulier et stable au Mexique. — Si ces tt puissances font abstraction de l'Espagne, le Gouvernett ment de la Heine, qui attendait un moment opportun tt pour agir avec vigueur, sans donner un motif de lui attt tribuer des vues politiques d'aucun genre, obtiendra les tt satisfactions qu'il a le droit de réclamer, en se servant des tt forces qu'il possède, et qui sont supérieures à celles qui tt sont nécessaires pour réaliser une entreprise de ce genre, tt — Si la réponse du Gouvernement impérial était con- « forme au désir qui anime celui de Sa Majesté d'agir cola
« lectivement, le Ministre de Sa Majesté recevra des in- « s l.r notions identiques à celles-ci, et Votre Excellence est « autorisée à lui faire connaître le résultat de ses démarches, « afin que ce Ministre agisse suivant la nature de ce résultat . »
En effet, peu d'heures s'écoulèrent entre la réception de ma dépêche et la résolution du Gouvernement, ce qui prouve le zèle du Gouvernement espagnol. Le 9, j'adressai à M. le Ministre d'Etat la dépêche suivante, qui également n'a pas été publiée :
« Je viens de voir M. Thouvenel, qui est arrivé de la « campagne il y a une heure ; il a reçu ma communication « avec plaisir ; il m'a dit que, abondant dans les idées du « Gouvernement espagnol, il avait pris les ordres de l'Empe- « reur, et qu'il avait écrit, aujourd'hui, dans le même sens, « au Gouvernement anglais ; qu'il s'était proposé d'écrire « demain à Votre Excellence, ce qu'il ne ferait pas, puisce que Votre Excellence avait pris les devants, et que ses « intentions lui étaient connues. — Son idée est que les « trois puissances s'emparent de la Vera-Crux et de Tam- « pico pour le recouvrement des sommes que le Mexique « leur doit respectivement ; qu'elles conseillent au Mexique « la nécessité d'établir un Gouvernement, et qu'elles aident « ce pays à s'établir d'une manière stable et qui ne soit pas « exposée aux vicissitudes continuelles du moment. Il pense « que les troupes ne pourront pas débarquer avant la fin « d'octobre, à cause delà fièvre jaune.
(( Dans ma communication, j'ai parlé comme si l'action ce armée était une chose résolue par Votre Excellence et « comme si je lui en faisais part pour lui proposer de venir, « avec nous et avec l'Angleterre, exiger du Mexique la sa- « tisfaction de communs outrages. »
Je ne comprends pas pourquoi cette dépêche n'a pas été
publiée. Toutefois, je n'ai fait jusqu'à présent aucune réclamation à ce sujet. L'affaire du Mexique se trouva ainsi naître de la résolution énergique prise par le Gouvernement espagnol d'employer l'action d'intervention [action interventora) pour obtenir par la force les satisfactions qu'il demandait, et on commença également à s'occuper de ce Gouvernement stable et durable que le Gouvernement espagnol demandait pour le Mexique et que tous désiraient. On parla déjà alors de la monarchie comme étant le Gouvernement le plus solide.
Le jour suivant, en allant au Ministère des affaires étrangères, je rencontrai le représentant anglais; il me demanda : a Qu'y a-t-il du Mexique ? » Je répondis : « Le Gouvernement espagnol est décidé à agir activement. » Le Ministre anglais ajouta : « La monarchie est le Gouvernement qui lui convient le mieux. » Je répondis que je n'avais pas d'instructions sur ce point, mais que je le croyais aussi.
Néanmoins, personne ne proposa d'établir la monarchie par la force ; on croyait toujours que les pouvoirs établis jusqu'à présent étaient impossibles et incompatibles avec un bon régime; il n'était aucun Gouvernement qui n'eût reçu des offenses de Juarez; tous savaient qu'un pouvoir fort aurait besoin d'être représenté par une personne d'un rang élevé, digne, et appuyée moralement par l'Europe.
Mais l'attention même qu'on apportait à ne point parler de l'emploi de la force révélait clairement qu'on serait obligé d'y recourir. Tout le monde parlait du résultat à obtenir; on ne parlait point des moyens.
L'action commune des trois puissances une fois admise (il ne faut pas oublier que l'Angleterre ne répondit que vingt jours après), je lus avec un certain déplaisir dans plusieurs journaux que nous étions assez forts pour aller seuls,
et que nous n'avions besoin de personne. Et je me disais : « Si nous allons seuls, pourquoi a-t-on demandé l'action commune? Si nous n'avons besoin de personne, pourquoi avonsnous demandé des compagnons pour faire l'expédition?»
J'adressai alors à M. le Ministre d'État cette dépêche, qui n'a pas non plus été publiée :
« M. Thouvenel m'a lu, avant-hier, une lettre déjà ancc cienne, de lord John Russell au comte de Flahault, dans « laquelle le principal secrétaire d'État laissait entrevoir a le peu de plaisir qu'il éprouverait si l'Espagne allait au « Mexique avec la France et l'Angleterre, dans la crainte <( que les Espagnols n'établissent immédiatement dans ce « pays la persécution des protestants. M. Thouvenel ajouta « qu'il avait répondu que c'était une puérilité, et me dit k que la circonstance du séjour momentané à la campagne (( de lord John Russell empêchait sans doute qu'il ne fût « donné une prompte réponse à s& proposition. »
Il se plaignait de la promptitude avec laquelle l'Espagne poussait son expédition, sans attendre l'accord qu'elle avait proposé par mon intermédiaire; il se plaignait également des parades de pouvoir, et de l'inutilité de ce même accord, dont on parle avec tant de profusion dans les journaux du Gouvernement. Il ajoutait qu'il croyait que l'Angleterre verrait avec déplaisir cette conduite de l'Espagne.
Vraiment, Monsieur le Ministre, je prie Votre Excellence de me permettre de lui dire que lorsque Votre Excellence me chargea d'informer ce Gouvernement de la détermination qu'elle avait prise de demander des satisfactions au Mexique, ainsi que de son désir de voir la France , l'Angleterre et l'Espagne agir d'accord, et les troupes des trois puissances procéder collectivement à la réparation de leurs offenses communes, il eût été convenable d'attendre le ré-
sultat de cette démarche. Je le croyais d'autant plus nécessaire que la réponse du Gouvernement français avait été extrêmement favorable , M. Thouvenel m'ayant fait savoir qu'il avait déjà les ordres de l'Empereur pour proposer à l'Espagne l'action commune que je venais de lui indiquer.
M. le Ministre d'État m'envoya, le 8 octobre, la dépêche suivante, qui est le point de départ de tout ce qui s'est passé :
« J'ai rendu compte à S. M. la Reine de la dépêche con- « fîdentielle de Votre Excellence, en date du 20 septembre, « dans laquelle elle raconte la conférence qu'elle a eue, « deux jours avant, avec M. Thouvenel , et expose diverses a considérations au sujet de l'expédition convenue du « Mexique.
« II est probable qu'en ce moment les impressions qui « existaient quand Votre Excellence s'est adressée à moi « auront complètement disparu , et que les idées erronées « qu'on avait eues sur les intentions du Gouvernement de a la Reine seront rectifiées. >
« En réalité, elles n'ont aucun fondement.
« Le Gouvernement de la Reine ne s'est point écarté des « propositions qu'il a faites dès le principe de cette grave « question, et que j'ai communiquées à Votre Excellence <( par dépêche télégraphique du 6 septembre.
« Les apprêts militaires ont été aussitôt commencés et « n'ont pas été suspendus un seul instant. Cela était natu- « rel ; il est nécessaire que le Gouvernement de la Reine s'oc- « cupe, sans discontinuer, de réunir les éléments indispen- « sables pour que le glorieux pavillon de l'Espagne « apparaisse sur les côtes du Mexique avec la splendeur qu'il ce a toujours conservée.
« Il était à espérer, et nous n'avons pas renoncé à cet este poir, que l'accord tant désiré entre les trois puissances,
« pour agir collectivement, pût s'établir pendant le temps <( employé aux apprêts de tout genre.
« Dans ce cas, nous serons préparés de manière que ce Faction commune ne soit pas retardée , et si par malheur k cette action commune n'était pas possible, le Gouvernece ment de la Reine donnerait les ordres opportuns pour « obtenir les satisfactions demandées et les réparations aux a préjudices causés, et pour commencer les hostilités, si on « ne les obtenait pas.
ce On n'a pas fixé, on n'a pu déterminer d'une manière « positive et précise le moment de l'action ; on ne pouvait « pas non plus le précipiter sans manquer aux engagements « contractés et compromettre le crédit du pays.
« Les plaintes qui ont été formulées , ainsi que Votre « Excellence l'exprime, sur la précipitation supposée du « Gouvernement de la Reine et l'abandon de ses premiers ce projets, sont donc sans fondement.
« Loin d'y renoncer, il est chaque jour plus persuadé que a l'accord des trois Gouvernements, en procurant la satis- « faction des offenses reçues et la réparation de tous les « dommages , contribuera , plus ou moins directement, à « créer au Mexique une situation régulière et bien assise « qui permettra l'établissement d'un Gouvernement donce nant de la sécurité et du repos aux malheureux habitants ce de ce territoire , et des garanties aux intérêts et à la vie ce des étrangers... »
Par cette dépêche , le Congrès voit la réponse faite aux plaintes sur les apprêts de l'Espagne, que j'avais communiquées au Gouvernement. L'expédition n'en partit pas moins de la Havane , sans attendre l'action commune. Le bruit se répandit en France que l'Espagne voulait aller seule au Mexique.
Ainsi, le 7 septembre, le Gouvernement espagnol propose l'action commune ; le 9, je fais savoir au Gouvernement qu'elle est acceptée , et , le 1 1 , il communique au général Serrano les instructions pour l'expédition. L'ordre de suspendre l'expédition n'a été envoyé que longtemps après que celle-ci était partie de la Havane. Y avait-il le temps pour que le général Serrano reçût l'ordre de suspension? Du 11 septembre jusqu'au départ de l'expédition, il y eut cinq ou six vapeurs partant pour la Havane ; cependant, à l'arrivée du général Prim , il n'y avait aucun ordre à la Havane pour suspendre l'expédition. M. le Ministre d'État disait qu'on ne manquerait pas à l'action commune , qu'on ne faisait que des apprêts militaires , et cependant on ne suspendit point l'expédition.
Il y a plus, le 10 novembre, je devais aller à Compiègne, et, le même jour, on reçut une dépêche de M. Barrot disant que de nouveaux griefs avaient obligé de faire partir l'expédition espagnole sans délai. Je demandai à M. le Ministre d'Etat ce qu'il en était et il m'ordonna d'assurer Sa Majesté que si l'ordre qu'il avait envoyé arrivait à temps, l'expédition ne partirait pas.
On avait signé le traité de Londres le 31 octobre; le courrier partait le 1er novembre. Par ce courrier, on aurait dû envoyer des instructions au général Serrano ; mais rien ne fut remis jusqu'au 12 novembre. Le général Serrano apprit la convention par les lettres particulières qu'il reçut. L'une d'elles était de M. Muro, secrétaire de l'ambassade à Paris. La faute de ce retard, il faut le dire, ne doit pas incomber entièrement à M. le Ministre d'Etat. La convention du 31 octobre avait pris naissance à Paris; mais lord Cowley manifesta le désir qu'on envoyât des pleins pouvoirs à M. Isturiz pour passer la convention à Londres. M. le Mi-
nistre d'État répondit que si l'Angleterre le voulait et que la France y consentît, il n'y avait pas d'inconvénients à ce que le traité se fît à Londres. Le représentant anglais à Paris alla trouver alors M. Thouvenel et lui dit que l'Espagne et TAugleterre étaient convenues que le traité serait passé à Londres si la France y consentait. M. Thouvenel répondit que si l'Espagne était, en cela, d'accord avec l'Angleterre, il n'y avait pas d'inconvénients à ce qu'on portât à Londres la signature du traité. C'est ce qui arriva, et, par cette ruse, on fit le traité à Londres, lorsque, s'il avait été conclu à Paris, il aurait pu être expédié à la Havane le 1er novembre.
Les Gouvernements, Messieurs, sont très-soupçonneux, et les explications sur ce qu'ils croient un manque d'engagements les satisfont rarement. L'Empereur des Français et le Gouvernement anglais apprirent avec beaucoup de mécontentement le départ de l'expédition espagnole avant l'arrivée des escadres alliées. Je donnai les explications qui me furent communiquées, et je les exagérai même, comme il me parut nécessaire ; mais il resta dans l'esprit de l'Empereur l'idée que l'Espagne avait quelque plan particulier en hâtant le départ de l'expédition espagnole.
Je reçus, très-peu de jours après, une lettre du Ministre des affaires étrangères de France, datée du 18 janvier, qui disait : « L'Empereur, convaincu de la nécessité d'aller « dicter la paix à Mexico même, a décidé d'augmenter la « force de notre expédition en la rapprochant du chiffre de « la vôtre. »
Le premier désir de l'Empereur avait été que l'Espagne fût à la tête de l'expédition ; il se montrait même disposé à placer les troupes françaises sous les ordres du général espagnol, et avait paru satisfait d'apprendre que ce général serait probablement le duc de la Torre ou le général
Prim. Mais en apprenant le départ de l'escadre espagnole, il se décida à augmenter ses troupes.
Quand je lui annonçai ce fait, le Ministre d'État me répondit qu'il ne considérait rien qui fût plus naturel et plus convenable. Dans mon opinion, c'était le contraire, et cela est si vrai, que dans la lettre adressée par le général Prim à l'Empereur, je rencontre le passage suivant :
« Les troupes anglaises qui avaient préparé leurs moyens « de transport pour venir à Orizaba, se sont rembarquées « en apprenant qu'il venait plus de troupes françaises que (( le chiffre stipulé. »
Voilà ce que disait le général Prim, et en cela il se trompait parce qu'on n'avait rien stipulé, et, si ma mémoire ne me fait pas défaut, j'ai lu quelques passages du discours du Ministre d'État, au Sénat, dans lequel il dit que la rupture d'Orizaba était provenue, en grande partie, de ce que les Français avaient augmenté leurs forces.
Voulant, Messieurs, éclaircir complètement cette question dont il s'agit, afin que toute méfiance disparaisse entre deux nations voisines qui doivent être amies, entre deux nations d'une importance aussi grande que la France et l'Espagne, j'ajouterai que le Ministre d'État croyait que les relations n'avaient pas été troublées entre l'Espagne, la France et l'Angleterre par l'envoi prématuré des troupes espagnoles. Qu'on voie, cependant, ce que lord John Russell répondait, le 23 janvier 1862, à M. Isturiz qui lui avait donné des explications touchant le départ prématuré de nos troupes : « Monsieur le Ministre , en accusant récep- « tion à Votre Excellence de sa communication du 18 de « ce mois, je dois lui dire que, bien que le Gouvernement « de Sa Majesté ne reste pas entièrement satisfait des exce plications données par Votre Excellence sur le départ de
a l'expédition espagnole de Cuba pour le Mexique avant <( l'époque convenue entre les troispuissances, le Gouvernece ment anglais consent, cependant, à accepter la déclaration « de Votre Excellence que le Gouvernement de Sa Majesté a Catholique a eu l'intention d'agir conformément aux « dispositions du traité de Londres. » Ainsi le Gouvernement anglais consentait à admettre que la pensée du Gouvernement espagnol avait été d'agir conformément aux dispositions du traité de Londres ; mais que signifiait ce consentement? Ne devait-on pas croire ce qu'un Ambassadeur affirmait? La note anglaise avait certainement besoin d'une explication.
Le même jour, lord John Russell disait à M. Crampton « que la conduite du général Serrano pouvait inspirer « quelque inquiétude; que le départ de l'expédition de la « Havane et l'occupation militaire de la Yera-Crux prou- « vaient qu'une action combinée à une grande distance de a l'Europe était toujours soumise à la discrétion des com- <c mandants et agents diplomatiques respectifs ; et que, bien a qu'on n'eût aucun soupçon touchant la bonne foi du « Gouvernement de Sa Majesté Catholique, on croyait « que les chefs d'une expédition qui agissait à une grande « distance devaient être surveillés pour qu'ils ne compro- (( missent pas leur Gouvernement par des actes injuste tifiables. » M. Crampton lut cette dépêche à M. Calderon Collantes. On reconnaît là, Messieurs, la main habile des Ministres anglais, habitués à traiter avec le plus grand soin toutes les questions.
Deux jours auparavant, le comte Russell avait écrit à lord Covvley que «le comte de Flahault lui avait annoncé « que le Gouvernement français pensait à augmenter ses « forces au Mexique, parce que la précipitation du général
« Serrano à commencer les opérations sans attendre les « forces de la France et de l'Angleterre, augmentait les a difficultés de l'expédition, et que l'Empereur ne pouvait « permettre que l'armée française se trouvât dans une pote sition inférieure vis-à-vis de l'armée espagnole en même « temps qu'exposée à être compromise. » Que s'était-il donc passé pour amener ce changement dans les idées de l'Empereur., qui s'était montré d'abord disposé à mettre ses troupes sous les ordres d'un général espagnol et qui maintenant pensait à les augmenter pour éviter qu'elles ne se trouvassent compromises ? Nos troupes n'avaient pas attendu les Français et les Anglais : telle était ]a cause de ce changement.
Je vais aborder, Messieurs, un grave sujet, et je prie M. le Ministre, à qui je vais adresser une question, de songer à ma situation avant que d'y répondre ; je lui promets, de mon côté, d'accepter sa réponse, quelle qu'elle soit. M. Luzuriaga a dit au Sénat que la candidature du prince Maximilien n'avait pas été plus qu'un songe, une conversation ; que peut-être M. Mon avait été plus léger qu'il ne le devait en annonçant cette candidature, et que le Gouvernement n'y avait pas attaché d'importance. M. le Ministre a dit, de son côté, qu'il n'avait pas eu d'indication ni de communication officielle à ce sujet ; et cependant je puis dire qu'on ne peut pas me reprocher sur ce point le silence qui a été gardé par le Gouvernement, lorsque l'on m'a accusé d'avoir signé un acte secret en dehors de mes instructions.
Comment eût-il été possible que je signasse une convention secrète en outre-passant les pouvoirs que j'avais? Et il me semble que le Ministre aurait dû prendre la défense de la personne contre laquelle on dirigeait une semblable ae-
cusation. Cela me rappelle qu'on a parlé récemment d'un ministre qui, accusé par un parlement, et ayant nié le fait de l'accusation, avait invoqué en témoignage une lettre confidentielle qu'il avait en son pouvoir. Le fait est impossible, et j'affirme à celui qui l'a dit que cela n'a pas pu arriver. Je demande maintenant à M. le Ministre s'il m'autorise à faire connaître ce qui s'est passé, touchant l'archiduc Maximilien, comme M. Thouvenel a consenti à ce que je le fisse? Puis-je lire une lettre de ce Ministre relative à ce fait ?
M. le Ministre d'Etat : Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous lisiez ce document et tous les autres que vous jugerez convenables pour éclairer le Congrès de MM. les Députés. Sa Seigneurie est juge de ce qu'elle doit dire et je lui répondrai après.
M. Mon : Puisque Sa Seigneurie m'autorise à lire cette lettre, je vais le faire :
Le Ministre des affaires étrangères de France déclarait, le 28 mai 1862, c'est-à-dire après toutes les difficultés nées au sujet du Mexique, qu'il n'avait aucun secret à garder. Voici d'après lui, et en se servant de ses propres termes, ce qui s'était passé.
Je n'ai fait que transcrire ses propres paroles dans la lettre que j'ai adressée au Ministre.
« Dès qu'on commença à traiter de l'expédition, est-il dit a dans cette lettre, M. Thouvenel me fit connaître qu'il avait « des motifs de croire que, dès l'arrivée des alliés au Mexi- « que , il apparaîtrait un parti monarchique et que le « Gouvernement français verrait avec grand plaisir qu'il « pût triompher i que, en prévision de cette éventualité, il « avait naturellement examiné quels étaient les princes de a familles régnantes qui se trouvaient en état d'occuper ce a nouveau trône : que^ dès à présent, il avait dû reconnaît
« tre que penser à un prince appartenant à l'un des pays « qui allaient faire l'expédition serait une cause de rivalité, « et que, pour cette raison, il croyait préférable d'en écarte ter ceux qui se trouvaient dans ce cas.
« Il ajouta qu'en dehors des familles dont on venait de « parler, l'archiduc Maximilien se présentait en premier « lieu comme le plus apte par ses qualités personnelles, « par son âge, par son habitude du commandement, etc. « Aussi, lui avait-il semblé que ce prince était le meilleur « sur qui pût tomber le choix ; il n'en avait pas dit plus « que cela et il était prêt à le confirmer. Mais, si on lui en « prêtait davantage, c'est-à-dire si on voulait donner à en- « tendre que la France avait voulu imposer une monarchie (( au Mexique et le prince Maximilien comme souverain, il « le nierait formellement. Cela, il ne l'avait jamais dit, pas « plus que les représentants de la France au Mexique, pas « plus que le général Almonte, qui n'avait jamais été au- « torisé à le dire. Leurs proclamations étaient là et on « pouvait se convaincre qu'il n'avait jamais été fait la moîn- « dre allusion à l'archiduc. Cette déclaration, il la faisait c( en termes formels, et si quelque jour on jugeait néces- « saire d'en parler, on pouvait le faire en ce sens en toute (( sécurité. »
Cette lettre que je viens de lire, continue M. Mon, est entre les mains de M. le Ministre, et Sa Seigneurie est autorisée à en donner connaissance ; et comme on a tant parlé à ce sujet et qu'on a dit que j'avais été plus loin que je ne le devais, j'ai voulu commencer par ce point, afin d'aller en éclaircissant la question.
Jusqu'ici je me suis tu, comme je devais le faire, parce que ma position ne me permettait pas de parler > et je n'aurais même pas pris la parole en ce moment sans l'autorisa-
tion de M. le Ministre; mais cette phrase de M. Olozaga, au sujet de la dépêche du 13 octobre, que cette mention d'un bon prince signifiait quelque chose, se trouve parfaitement expliquée ici.
La dépêche ostensible du 13 octobre a été publiée, mais la partie qui avait trait à l'Archiduc Prince se trouvait sous forme de lettre, comme cela se fait habituellement quand des faits ne se trouvent pas encore livrés au public ; mais assurément on ne peut pas dire que l'usage de cette forme ôtait à cette communication son caractère officiel, et qu'on n'avait pas connaissance de ce que disait cette lettre.
Le \ 3 octobre, communication fut faite au Ministre d'État de ce désir de l'Empereur ; le 23 du même mois, elle fut renouvelée avec demande de réponse, et depuis, le Ministre d'État m' ayant demandé si je savais quelles étaient les instructions qu'emportait l'amiral Jurien de la Gravière, je 'lui répondis par le télégraphe, et en chiffres, que je croyais qu'elles étaient basées sur cette même lettre. Je ne reçus pas non plus de réponse à cette communication. Enfin, le 3 décembre, je lui fis parvenir une dépêche officielle pour bien constater, en tout état de choses, que j'avais porté cette nouvelle à la connaissance du Gouvernement de mon pays.
Si Sa Seigneurie et le Congrès le permettent, Monsieur le président, je me reposerai un instant.
Plusieurs Députés : Oui ! oui !
M. le Président : Vous pouvez le faire.
La discussion reprend quelques minutes après.
M. Mon : J'ai dit, Messieurs, qu'ily avait quatre communications émanées de moi, relatives à cette même affaire du prince Maximilien ; mais, en outre, j'en ai reçu une de M. le Ministre, par laquelle il m'adressait la copie des instructions
communiquées au marquis de Los Gastillejos. Cette dépêche me causa un profond regret, car elle disait : « Il n'y a « rien à ajouter aux instructions qui vous ont été données ; « mais il convient que vous sachiez que le projet de l'éta- « blissement d'une monarchie au Mexique prend chaque « jour plus de fondement. Quelques Mexicains, résidant ou « établis en Europe, travaillent dans ce sens ; mais le Goûte vernement de l'Empereur n'a pas fait la moindre indica- « tion à celui de Sa Majesté à ce sujet, et nous ne devons « pas non plus nous écarter de ce principe fondamental de « la politique espagnole en Amérique, qui est de laisser à « ses habitants pleine liberté d'établir le Gouvernement le « plus en harmonie avec leurs besoins et leurs opinions. »
En voyant que Sa Seigneurie disait, le 22 janvier, qu'elle n'avait pas connaissance des 'intentions de l'Empereur, je compris toute l'importance que cette nouvelle pourrait avoir au Mexique, et je répondis, le 29 du même mois, que mon attention s'était arrêtée sur ce paragraphe de la dépêche ministérielle. Je rappelai au Ministre, dans ma dépêche, celles que je lui avais précédemment adressées, ainsi que la lettre particulière dans laquelle je lui avais parlé des intentions de l'Empereur. J'ajoutai que je ne verrais pas avec indifférence Son Excellence dire qu'elle n'avait pas connaissance de ces intentions, parce que l'on pourrait me blâmer d'avoir commis une grave omission qui s'élèverait contre moi, quoique je ne l'eusse point commise.
Plus tard, le 6 février, je reçus une autre dépêche, dans laquelle M. le Ministre me disait :
«Votre Excellence connaît déjà les motifs qui m'ont obligé « à garder le silence au sujet du contenu de sa note du « 3 décembre. Le désir manifesté par M. Thouvenel, au nom « de l'Empereur, qu'une monarchie fût établie au Mexique
« et que le monarque choisi fût le prince Maximilien, pouvait « être considéré comme un secret ; quelque circonspection « en effet, et quelque réserve que Ton mît à s'en servir, il « était toujours dangereux de le mentionner.
« Aussi, rien n'a été dit au marquis de Los Castillejos « dans la dépêche du 22 janvier dernier, mais, à son départ, « on l'a mis au courant de ce projet, et on lui a donné les « instructions y relatives par écrit et de vive voix. »
Il en résulte que le marquis de Los Castillejos connaissait à son départ la pensée de l'Empereur au sujet du prince Maximilien, et que, lorsqu'il a dit qu'il ignorait comment cette candidature était arrivée au Mexique, il ne pouvait manquer de faire naître un conflit entre lui et l'amiral Jurïen de La Gravière, lorsqu'ils viendraient à s'en occuper, conflit qu'on eût pu éviter en éclaircissant la question, ce qui serait arrivé si le traité avait été signé à Paris au lieu de Londres. De plus, quand je connus ce projet, j'écrivis à notre Ministre à Vienne et lui fis connaître ce qui se passait. Dès lors, les communications s'échangèrent entre lui et le Ministre d'État.
Ce point et celui du départ de l'expédition étant éclaircis, j'en vins à m'occuper de ce qui se passait au Mexique. Une des graves raisons qui empêchèrent les troupes de continuer leur marche sur Mexico fut la discussion qui s'éleva pour savoir si l'ultimatum devait être envoyé au sujet de toutes les réclamations, ou si les alliés devaient examiner la justice de ces réclamations. Et quand donc, Messieurs, les alliés sont-ils devenus les juges les uns des autres? Se peut-il que les plénipotentiaires décident de l'équité des réclamations? Non, c'est avant la conclusion du traité qu'elle a dû être jugée. Une fois ce traité conclu, les plénipotentiaires n'avaient rien à y voir, et ils ne devaient pas, pour ce motif,
retarder la marche de l'expédition. Telle est la véritable théorie du droit ; telle est celle que le Ministre d'Etat a défendue en s'occupant de cette question l'année dernière. Qu'en résulta-t-il ? Il en résulta, Messieurs, que l'expédition fut retenue pendant trois mois et que la question n'est pas encore résolue. L'opinion du Ministre d'Etat en est arrivée là ; mais la question n'a pas été résolue, parce que la France ne peut jamais reconnaître le principe qu'un plénipotentiaire puisse se faire le juge de l'autre.
Quelle importance, Messieurs, n'y aurait-il pas pour l'Amérique, quelle satisfaction n'éprouveraient pas les habitants de ce pays, s'ils voyaient que leurs réclamations avaient trouvé un écho ! J'ai été obligé de fermer ma porte à une masse d'individus qui voulaient obtenir la qualité d'Espagnols, parce que le drapeau de l'Espagne avait le premier essayé de mettre un terme à ces faits scandaleux.
C'est un grand malheur qu'on se soit refusé à envoyer l'ultimatum; mais, ce 'que je n'ai pu encore comprendre, c'est le motif pour lequel on a signé la convention de la Soledad. Étions-nous en guerre avec le Mexique, oui ou non? Nous l'étions, comme cela ressort des instructions données par M. le Ministre d'État à son Plénipotentiaire. Eh bien ! pourquoi traiter, si le Gouvernement avait envoyé une expédition au Mexique pour faire exécuter les traités que l'on avait déchirés? Si tout était fini et si l'on était arrivé à l'obligation de faire exécuter par la force ce que les Mexicains n'avaient pas voulu faire de bonne volonté, comment pouvait-on demander la permission de donner aux troupes des campements plus sains? N'avait-on pas occupé Vera-Crux de vive force ? N'était-on pas en guerre avec le Mexique? Pourquoi donc demander la permission d'amener des troupes à Orizaba? Comment a-t-on pu hisser le pavillon mexi-
cain à Yera-Crux? Est-ce^ que la guerre était finie? Non ; comment pouvait-on consentir à ce que les Mexicains revinssent occuper le territoire qu'on leur avait enlevé par la force, et que leur pavillon y flottât?
J'ai entendu le Gouvernement dire qu'il considérait le traité de Londres comme suspendu. Je ne comprends pas, Messieurs, comment un traité peut être suspendu, lorsque parce traité trois puissances s'engagent à faire une chose, et que de ces trois deux s'en vont et une reste seule. Gomment un traité peut-il être suspendu, quoique existant, lorsque des trois puissances qui devaient agir d'un commun accord, deux se retirent et la troisième continue d'agir en complète opposition avec les deux autres?
Le Gouvernement sait donc parfaitement bien que le traité est de fait rompu, parce que la France et l'Angleterre l'ont ainsi déclaré, et que là où il n'y a pas d'accord il ne peut y avoir de traité ; mais qu'il n'est pas rompu en droit, parce que deux seulement des puissances qui l'ont fait n'ont pas et ne peuvent avoir la faculté de le rompre.
Je connais, Messieurs, le général Almonte ; j'ai été son collègue à Paris , et j'ai eu l'honneur de signer un traité avec lui. Me trouvant en bons termes avec lui, je lui dis, lorsqu'il m'informa qu'il se rendait au Mexique en même temps que l'expédition française, qu'il avait tort de le faire. J'en parlai dans ce sens au Ministre français, et nous convînmes qu'il ne devait pas le faire. Cependant M. Almonte vint à Madrid, eut une entrevue avec le Président du Conseil, et partit ensuite pour le Mexique. Je suis certain qu'à la moindre insinuation qu'on lui eût adressée, il se serait abstenu de le faire.
Enfin, M. Almonte arrive au Mexique, et je demande, puisqu'il n'avait ni troupes ni influence dans le pays, quel
motif suffisant il y avait dans le fait de son arrivée pour rompre un traité ? Quelle crainte pouvait-il inspirer? Lui était-il défendu d'établir son influence dans le pays pour y faire prévaloir la forme de gouvernement qu'il croyait la meilleure?
Je n'ai jamais compris que son arrivée pût amener la rupture du traité. Almonte a-t-il levé un drapeau? Non ; il n'a pas ouvert les lèvres, il n'a rien dit jusqu'au moment où les troupes se sont rembarquées, et alors il s'est montré, non pour représenter une nouvelle forme de gouvernement, mais pour exhorter les Mexicains à se donner celle qu'ils tiendraient pour la plus convenable, acceptant dans ce but l'aide de la France, et c'est ce qui ressort clairement de sa proclamation.
La séance est levée.