SÉANCE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS DU 8 JANVIER
Fin du discours de M, Hon.
Messieurs ,
J'ai interrompu mon discours hier, fatigué d'une discussion dont la nature et les incidents m'avaient forcé à être plus diffus qu'il n'était nécessaire. — Je n'ai pas grand amour pour les discours, et surtout pour les longs discours ;
mais il y a un si grand nombre de points liés à cette question, j'avais un si grand désir de ne pas paraître hostile au Gouvernement, et qu'il en résultât un bien général de la discussion, qu'il m'a été impossible de ne pas abuser de la patience de la Chambre plus que je ne l'aurais voulu. Je la supplie de me pardonner.
Tout ce que je cherche à faire, c'est de justifier le motif pour lequel je ne suis pas d'accord avec le Gouvernement sur cette question ; je ne viens pas désapprouver sa conduite. Je ne serais nullement surpris que quelqu'un crût que j'emploie ici un moyen oratoire ; mais, je le répète, je le dis en toute sincérité, une nécessité absolue a pu seule m'obliger à me séparer du Gouvernement sur cette question. Quel rôle aurais-je joué si j'avais été le représentant d'une politique avec laquelle je n'étais pas d'accord? Force m'aurait été d'être déloyal ou d'être un mauvais ambassadeur. Un ambassadeur a pour mission de convaincre les Gouvernements étrangers ; pour convaincre, il faut être convaincu soi-même ; et moi, qui ne l'étais pas de la convenance de la politique du Gouvernement dans cette questionne ne pouvais que laisser le poste que j'occupais, afin qu'un autre pût le remplir dans de meilleures conditions.
J'ai dit hier qu'il n'y avait pas eu de motifs pour adopter la résolution qu'on a prise à Orizaba ; la présence d'Almonte, suivant le représentant espagnol, était incompatible avec la continuation de notre expédition ; on alléguait également qu'il s'agissait d'imposer aux Mexicains la candidature de l'archiduc Maximilien. Mais, Messieurs, il est prouvé par les conférences que l'amiral Jurien de la Gravière déclarait qu'il n'était pas question alors de monarchie, que ce n'était là qu'une éventualité possible dans l'avenir. La question du prince Maximilien devait donc être
écartée pour le moment. Le même amiral ajoutait : « Pour « qu'on ne croie pas que je commets un abus en protégeant a Almonte dans un pays où je ne suis pas parle droit de la a force, je quitte Tehuacan, où je suis par une concession a du Gouvernement mexicain, et je retourne sur le terrice toire que j'ai occupé par la force. Là je vais avec le géné- (( ral Almonte, et là je pourrai faire ce que je jugerai conte venable. »
Messieurs, les points de dissentiment ont été au nombre de trois : la présence du général Almonte, la candidature de l'archiduc Maximilien, et le désir de l'Empereur d'aller dicter la paix à Mexico.
Eh bien ! le Gouvernement espagnol connaissait depuis le 13 octobre la candidature de Maximilien, depuis le 10 décembre le départ d'Almonte, depuis le 18 janvier la résolution d'aller à Mexico. Quelles décisions le Gouvernement a-t-il prises sur ces trois points? quelles instructions a-t-il données à son représentant? Lui a-t-il dit que, si Almonte se présentait, ou si on parlait de l'archiduc Maximilien, ou si on parlait d'aller à Mexico, il devait rembarquer les troupes? Je crois que, si le Gouvernement avait donné sur ce point des instructions à son envoyé, il n'y aurait pas eu de question.
Le Ministre d'Etat n'éleva aucune objection contre l'augmentation des troupes françaises. En ce qui concerne la présence d'Almonte, je me suis suffisamment expliqué. A qui est donc la responsabilité de la rupture , la responsabilité pour ce qui touche l'Espagne? Trois plénipotentiaires peuvent-ils par eux-mêmes et par-devant eux-mêmes déclarer rompu un traité conclu par leurs Gouvernements? Non, Messieurs; où irions-nous si pareille chose était possible?
Le Ministre d'Etat était-il dans son droit en donnant des instructions pour rompre un traité? Pas davantage. Les traités ne peuvent être rompus par les plénipotentiaires, mais seulement par la volonté des Gouvernements qui les ont faits. Tous les traités conclus par la maison d'Autriche et par la maison de Bourbon contiennent un article où il est dit que, en cas de désaccord, il sera procédé à une conférence, et que, s'il n'y a pas de conciliation, un arbitre sera nommé.
Si l'application pratique de ce principe en a rendu aujourd'hui l'insertion inutile, le principe n'en existe pas moins. Il y avait une trêve, dira-t-on, un pacte qui obligeait à exécuter ce qui y était stipulé. Les trêves, Messieurs, si elles sont courtes, sont des armistices ; si elles sont longues, elles sont des préliminaires de paix (espectativas de paz). L'armistice a pour objet certaines opérations d'une armée, mais ces opérations ne peuvent résoudre des questions relatives à la guerre ou à la paix ; l'armistice est de la compétence des généraux qui commandent, mais non la trêve. La trêve est de la compétence des Gouvernements. Même en temps d'armistice, suivant Yattel, quand une armée voit que l'armistice n'est pas exécuté par l'autre, elle a le droit, en annonçant ce qu'elle va faire, de rouvrir les hostilités.
Je crois fermement que le général français, quoiqu'il ait allégué que les soldats français étaient insultés, aurait dû transiger et se mettre d'accord avec les autres sur le moment de commencer les hostilités ; mais il était clair que son Gouvernement n'approuvait pas la trêve, approbation qui était nécessaire, parce que dans le traité on avait reconnu l'autorité de Juarez, on avait abandonné l'idée du Gouvernement fort qu'on désirait. C'était enfin une chose nouvelle.
Messieurs, n'était-il pas possible que les trois Gouvernements se missent d'accord pour suivre en cela une même
ligne de conduite? Une affaire de cette nature valait bien la peine que les Gouvernements se fussent mutuellement consultés, voire même par le télégraphe. Quand on a vu le défaut d'harmonie entre les Gouvernements, nous avons tous pensé qu'il était impossible que ce- ne fût pas là une cause de rupture entre les Plénipotentiaires, et tous nous avons déploré que la résolution d'approuver ou de désapprouver unanimement le traité n'eût pas été concertée entre les trois Gouvernements. Le contraire arriva. Chaque Gouvernement prit une résolution différente ; le Gouvernement anglais approuva, le Gouvernement français désapprouva, et le Gouvernement espagnol, tout en se servant de la formule de l'approbation, donna à entendre qu'il aurait voulu que les choses se fussent passées d'une autre manière.
Il a été dit par ceux qui approuvent la retraite des troupes espagnoles : Que pouvait faire le comte de Reus? Messieurs, le général Lorencez est resté quatre mois avec ses troupes, attendant des renforts ; il était donc possible aussi que les troupes espagnoles attendissent ; le comte de Reus pouvait également sauver les troupes françaises du désastre de la Puebla. Quelle gloire alors pour l'armée espagnole ! Tous, nous croyions qu'il en aurait été ainsi ; on a même dit que le général Serrano serait accouru de la Havane pour sauver les Français, nos alliés , de ce mauvais pas.
Gela n'est pas arrivé : quand le général comte de Reus a dit qu'un des partis qu'il avait à prendre était de déclarer la guerre à la France, j'ai entendu avec plaisir M. le Président du Conseil des Ministres déclarer qu'il n'admettait pas cette possibilité ; mais je regrette que Sa Seigneurie n'ait pas dit qu'un général n'a d'autre parti à prendre que
d'obéir aveuglément à son Gouvernement. Toute autre théorie, en déhors de celle-là, est pernicieuse; La véritable doctrine est qu'un Pléuipotentiaire , qu'un général ne peut pas déclarer la guerre ni sortir de la limite des instructions de son Gouvernement.
(M. Gêner demande la parole pour défendre un absent.)
M. Mon : Je n'attaque personne, j'expose une doctrine.
Dans mon opinion, les commissaires français et anglais n'ont pas fait preuve de prudence dans les négociations. Le commissaire français, qui connaissait la déférence que l'Empereur avait montrée à l'égard du Plénipotentiaire espagnol, suivit le comte de Reus en toutes choses, et ne s'arrêta que lorsque le général Prim s'opposa au séjour d'Almonte. Le Plénipotentiaire anglais se conforma toujours à la politique de son Gouvernement , qui était d'empêcher tout ce qui pouvait resserrer les relations entre l'Espagne et les nations américaines qui ont jadis été ses colonies. J'ai un grand respect pour le Gouvernement et le peuple anglais. Je me rappelle qu'au sortir de ma carrière d'étudiant, je voyais avec douleur ce qu'on appelait la Sainte -Alliance en finir avec les libertés des peuples ; notre seule espérance était l' Angleterre , ses institutions , sa presse, sa tribune. Nous pensions que tant qu'il existerait de par le monde un peuple chez lequel la liberté serait proclamée et pratiquée, nous pouvions encore garder l'espoir de l'enraciner dans notre propre sol. Cette espérance s'est réalisée, et il est impossible, quelques malheurs, quelques vicissitudes qui puissent survenir , que la liberté disparaisse.
Mais quels sont les points sur lesquels je ne suis pas d'accord avec le Gouvernement anglais? Je lui reproche de préférer ses intérêts commerciaux et leur influence à ses
intérêts politiques, et jjde vouloir, en conséquence, chasser les autres nations des lieux où ces intérêts peuvent prospérer. C'est l'Angleterre qui nous a fait perdre nos colonies. En J784, il y avait un nommé Miranda qui négociait déjà avec l'Angleterre l'émancipation de ce pays. En 1810 et 1811, quand les Cortès de Cadix étaient en guerre avec Napoléon, elles négocièrent avec l'Angleterre pour obtenir que les colonies revinssent à la mère patrie. On lui promit la liberté de commerce avec ces colonies, mais rien ne fut obtenu.
La meilleure preuve que je puisse donner que l'émancipation de nos colonies a été la pensée de ce gouvernement, est le discours de M. %Canning. On l'attaquait au sein du parlement pour avoir permis l'invasion française de 1823. Que répondait-il ? a II y avait un moyen de m'y opposer, « dit-il, c'était de déclarer la guerre à la France. Je n'ai (( pas cru qu'il fût utile de le faire. Il y avait un autre « moyen, qui était de rendre la possession de l'Espagne « inutile ou préjudiciable à la France; j'ai adopté ce der- « nier moyen. J'ai vu l'Espagne dans les Indes, et j'ai apte pelé un monde nouveau à l'existence. J'ai laissé à la ce France les résultats de l'invasion, et j'en ai obtenu de « meilleurs pour l'Angleterre. »
Ainsi donc l'Angleterre a toujours contrarié nos bonnes relations avec l'Amérique. Écoutez maintenant un paragraphe des instructions données par M. Canning aux consuls anglais dans ces contrées. « On excitera par tous « les moyens possibles les divers États à l'indépendance. »
Ainsi, Messieurs, en 1824, le roi Ferdinand passa une note aux cabinets européens pour qu'ils l'aidassent à recouvrer ses colonies, et le Gouvernement anglais s'est toujours opposé à la conclusion d'un arrangement, Je ne ré-
prouve pas, quoique je la regrette, l'indépendance de nos colonies. Je crois que le temps des colonies est passé ; mais je suis d'avis que, lorsqu'elles obtiennent leur indépendance, ce qui vaut le mieux pour elles, c'est de resserrer leurs relations avec la nation à laquelle elles ont appartenu.
Pour en revenir à la rupture d'Orizaba, j'ai entendu dire que, lorsqu'on parlait de l'établissement d'une monarchie au Mexique, quelques-uns s'écriaient : « C'est impossible ! » Et pourquoi donc ? Est-ce que la monarchie n'a pas existé au Mexique pendant 300 ans? La République a-t-elle été possible? Yoilà quarante ans que le Mexique possède cette forme de gouvernement. Quels résultats a-t-elle produits? Vous les voyez.
Y a-t-il quelques pays qui soient condamnés à ne pas pouvoir être gouvernés ? La monarchie, Messieurs, que vous trouvez partout, qui existe en Asie , en Afrique , en Amérique même, pourquoi serait-elle impossible au Mexique ? Savezvous, Messieurs, quelle fut la pensée des Mexicains en proclamant leur indépendance ? La monarchie ; et quel monarque voulaient-ils? Ferdinand YII et, à son défaut, ses frères ; et, à défaut de ceux-ci, savez-vous qui ils appelaient? (je ne le dis pas pour me prévaloir de cette circonstance, ni parce que cela m'importe en quoi que ce soit), l'archiduc Charles d'Autriche. Le vice-roi O'Donojû (O'Donoghue), obligé de reconnaître l'indépendance, stipula le même ordre de succession, si ce n'est qu'à la place de l'archiduc Charles, il reconnut Charles de Bourbon, duc de Lucques, encore vivant aujourd'hui et qui réside à Paris.
Et que disait l'Empereur Don Augustin Iturbide? «Yoilà « trois cents ans que l'Amérique est sous la protection de « la nation la plus catholique : l'Espagne a fait son édu-
a cation ; les monuments grandioses, les opulentes cités qui «la couvrent sont son œuvre. »
Tels étaient les termes de gratitude dont se servaient les Mexicains déjà indépendants. Chose remarquable! quand finit le seul gouvernement qui a donné quelque paix au Mexique, celui du général Santa Anna, le peuple lui décerna, par un décret, le titre d'Altesse Sérénissime. Cela dura peu, il est vrai, mais cela prouve le sentiment monarchique du pays. Quel bien lui a rapporté le Gouvernement républicain? Le Mexique avait 206,000 lieues carrées d'étendue; aujourd'hui il en a 1 10,000. Son revenu s'élevait à 20 millions de piastres ; il n'est aujourd'hui que de 10. Il n'avait pas de dette extérieure, et il en a aujourd'hui même une de 20 millions. Il n'avait pas de dette intérieure, et il en a aujourd'hui une de 72 millions.
Je ne demande pas, Messieurs, qu'un parti plus que l'autre gouverne au Mexique; car tous ont également fait preuve d'ingratitude envers l'Espagne. Mais je crois qu'il convient d'y établir un pouvoir solide, avec lequel il soit possible de traiter, qu'il soit monarchique, républicain, fédéral, peu nous importe, bien qu'en théorie nous préférions le premier. Je veux pourtant vous lire ce que pensait en 1852 le général Santa Anna de la situation du Mexique : « Mexicains , « disait-il, où en sommes-nous après trente années d'indé- (( pendance? Nous avons perdu une partie de notre terrice toire, notre dette augmente, nos frontières sont envahies, « la banqueroute est dans nos finances. » Telle est l'apologie de la République mexicaine, faite par l'homme qui y avait eu le plus d'influence. Comparez la situation dans laquelle la monarchie a laissé le Mexique et celle dans laquelle la République le laisse aujourd'hui.
C'est le désir d'établir un pouvoir solide au Mexique qui
a poussé le Gouvernement à signer le traité de Londres, et c'est ce désir qui m'empêche d'opiner que nous devrions renoncer à remplir l'importante mission qui nous y appelait. Aussi ai-je été étonné de voir appliquer aux idées que j'ai soutenues sur ce point des noms qui pouvaient être à un moment donné outrageants pour certaines personnes. Pourquoi ce mot Afrancesados, que l'on répète et qu'on lit dans certains journaux? Quels intérêts français l'Espagne allait-elle défendre au Mexique? L'Espagne avait là plus d'intérêts qu'aucune autre puissance. Et la France, quels motifs l'amenaient à s'en aller, de concert avec l'Espagne, sur une terre lointaine où nous lui avons causé tant d'ennuis? Celui de réclamer le payement de quelques créances à rencontre de l'opinion publique du pays. Les Français me disaient : « Nous comprenons que vous soyez satisfaits « que nos troupes aillent au Mexique ; mais nous, qu'al- « lons-nous y gagner? Qu'on le dise, Messieurs! »
D'autre part, quel intérêt a la France à ce que le prince Maximilien devienne roi? Il est marié avec la fille .du roi Léopold de Belgique, qui appartient à la famille des Cobourg, de sorte que l'intérêt, s'il y en avait un, serait en Angleterre et non en France. On dit qu'il y a un traité par lequel on cède la Vénétie à l'Italie en échange du Mexique. Ah ! Messieurs, quelle connaissance de la maison d'Autriche ! Jamais la maison d'Autriche ne cédera la Yénétie ! Elle la perdra par la guerre, c'est possible, mais elle ne la cédera pour rien. Le prince Maximilien, en outre, est une espérance pour la famille de Habsbourg, et, assurément, le trône du Mexique ne le tentait pas.
On a dit que nous allions à la remorque de la France pour faire Maximilien roi du Mexique. Qui a proposé l'action commune? Sont-ce les Français? J'en ai parlé à Paris
et j'ai rencontré une grande résistance; j'ai rencontré la crainte de mécontenter l'Angleterre ; j'ai trouvé, d'un autre côté, en Angleterre, la crainte de faire quelque chose sans compter avec les États-Unis. Il a fallu toute la mauvaise foi du gouvernement du Mexique pour avoir contre lui les deux nations. Le Gouvernement espagnol ayant profité opportunément de cette occasion, le Gouvernement français, croyant convenable d'aller là avec une nation comme la nôtre, exerça son influence sur le Gouvernement anglais pour l'amener à une action commune.
Messieurs, bien que nous ayons pris seuls la Vera-Crux, la vérité est "que nous nous en emparâmes sans coup férir, parce que nous y allions accompagnés de la force morale que donnait l'alliance des trois nations, et je vous assure que quand nous autres, à notre tour, nous irons demander satisfaction de nos griefs particuliers, nous trouverons plus de résistance.
L'intérêt de la France, Messieurs, était de nous avoir pour amis et alliés, tellement qu'on nous offrit sans argent toutes sortes de munitions militaires. Et qu' est-il arrivé ? Nous arrivâmes avant eux à la Vera-Crux, nous les reçûmes comme des hôtes (hûespedes), nous leur proposâmes une proclamation, une note collective et un traité qu'ils signèrent ; nous leur désignâmes les lieux de campement, et ils les occupèrent. Qui exerçait là l'influence ? Le chef espagnol. Si nous n'avons pas voulu ajouter à cette gloire celle d'aller à Mexico, si nous n'avons pas voulu y dicter la paix et faire les honneurs de ce pays à nos amis et alliés, à qui la faute ? Quels furent les motifs pour renoncer à cette gloire? Il n'y en eut aucun. Et vous nous appelez Afrancesados, nous qui voulions qu'on acquît cette gloire pour la Reine, pour vous autres et le pays ! Ah î Messieurs, quel
est le résultat des sacrifices que Fou a faits? Des notes viennent d'arriver dans lesquelles on ne nous admet pas à nous réunir aux Français tant que ceux-ci ne seront pas entrés à Mexico, et dans lesquelles on impose des conditions que le Gouvernement a repoussées avec raison. Nous avons remis le sort du Mexique au général Forey, au Gouvernement français.
Quel nom devons-nous donner à ceux qui nous appellent Afrancesados, pour avoir livré le Mexique au pouvoir des Français ? Je ne veux pas leur faire injure : je crois que ce sont des Espagnols aimant leur pays et ses gloires, mais qu'ils se convainquent qu'on ne peut pas nous adresser certaines qualifications.
Permettez-moi, Messieurs, que je parle un moment de mon humble personne. J'ai ambitionné à Paris comme à Rome l'estime du chef de l'État et de ses ministres. Et pourquoi ? Pour le bien de mon pays et pour son avantage. J'ai trouvé toujours ouvertes les portes de ces personnages : quand l'Angleterre voulait s'opposer à la guerre d'Afrique, le Gouvernement et l'Empereur nous donnèrent raison; quand l'escadre anglaise s'approcha des côtes d'Afrique, aussitôt que j'eus représenté la convenance d'une manifestation, l'escadre française suivit l'escadre britannique aux côtes de Gibraltar. Quand il fut question ensuite de la dette de i 823, j'ai obtenu ce que je désirais pour mon Gouvernement et pour mon pays. Il n'y a pas d'exemple d'une seule réclamation faite par mon intermédiaire que le Gouvernement français n'ait pas admise.
On croyait , à une autre époque , qu'un ambassadeur était une sorte d'espion, et, pour ce motif, il était généralement espionné. Mais aujourd'hui la mission d'un ambassadeur est de servir le Gouvernement qui l'envoie, et, dans
ce but, d'inspirer la confiance, d'être en bonne intelligence avec tout le monde. C'est ainsi que j'ai rempli ma mission. Je n'aurai pas peut-être obtenu l'approbation du Ministre d'État, mais j'ai fait mon possible pour la mériter.
Je pensais que c'était un bien pour le pays qu'une action commune au Mexique et que nous nous placions de la sorte au rang des grandes puissances.
Je dirai ici, en passant, que nous autres nous n'avons jamais demandé cette qualification , nous l'avons gagnée ; l'augmentation de notre richesse, l'ordre et la bonne administration , la considération acquise , tout cela et la guerre d'Afrique nous ont donné cette position.
L'Empereur des Français a spontanément déclaré que la présence de l'Espagne était considérée par lui comme nécessaire dans toutes les questions européennes qui seraient soulevées. Quand il s'est agi de défendre les intérêts catholiques, on a toujours eu recours à l'Espagne, et l'idée que Rome n'appartient pas à l'Italie, mais au catholicisme, est sortie d'Espagne, et c'est elle qui sert aujourd'hui à toutes les négociations.
Revenant à mon amendement, je me suis proposé qu'il puisse être voté par tous les Députés. Il n'y en aura aucun qui ne déplore qu'on n'ait pas pu obtenir d'autres résultats de l'expédition. Nous voudrions tous avoir reçu les satisfactions qui sont dues ; je crois que le plus grand service qu'on puisse rendre au Gouvernement et à l'Espagne est de lui faciliter, autant que possible, la solution de cette question d'une manière digne, qui évite le refroidissement des relations à l'extérieur, et qui nous montre devant le monde comme des exécuteurs loyaux de nos engagements. Je ne demande pas au Gouvernement qu'il donne des satisfactions ; mais je désire des éclaircissements et des paroles di-
gnes pour que cette question reste résolue honorablement et convenablement.
J'ai fait connaître les motifs de ma démission, et j'ai exposé mon opinion sur les faits ; mon désir a été de voir si de cette manière on peut obtenir une solution convenable et honorable pour tous.
Réplique de M, lion au discours de II. Calderon Collantes.
Je n'ai que peu de choses à rectifier. M. le Ministre a dit que j'avais publié une dépêche télégraphique sans son autorisation. Cette dépêche est le point de départ des négociations. Je n'ai rien dit avant, mais aujourd'hui il me paraissait juste que l'on sût que l'ambassadeur avait donné avis de ce qui se passait. En outre, si cette dépêche ne contient rien de nouveau, pourquoi Sa Seigneurie m'en faitelle un reproche? Les documents publiés commencent par une demande adressée à l'ambassadeur par le Gouvernement, et comme j'avais donné antérieurement l'explication de cette demande, il me paraissait naturel que l'on commençât par une dépêche.
M. le Ministre fait erreur en disant que la loi du 17 juillet du Congrès mexicain concernait l'Espagne, et, en exigeant la révocation de cette loi, dans les conférences d'Orizaba, il ne s'agissait pas de l'Espagne, parce qu'on rendit les titres à l'État qui les avait au 17 juillet, et, à cette époque, il n'était déjà plus en état de payer les créan-
ces espagnoles. Quant à la dépêche dans laquelle Sa Seigneurie disait au général Prim que les troupes françaises avaient été augmentées pour le cas où il serait nécessaire d'aller à Mexico, et que Sa Seigneurie n'a pas trouvée, elle porte le n° 56 des documents publiés, et dit :
ce L'objet de cette mesure paraît être de réunir, avec les ce troupes des trois nations amies, des éléments suffisants « pour marcher sur la capitale, dans le cas où ce serait abcc solument nécessaire, afin de ne point prolonger les opé- « rations ni le séjour des forces de mer et de terre dans ce « pays et sur ses côtes. »
Et pour ce qui concerne la lettre de M. Thouvenel et celle de M. Barrot, la première dit : ce L'Empereur est con- « vaincu, par les dernières nouvelles, de la nécessité d'al- « 1er dicter la paix à Mexico ; » et la seconde : « L'Em- « pereur ne doutant plus qu'il ne soit nécessaire d'aller « dicter la paix à Mexico. » C'est-à-dire que toutes deux donnent, comme sous-entendu, qu'il est nécessaire d'aller à Mexico, et aucune ne dit que l'on ira dans le cas d'absolue nécessité. Il n'y a aucun conditionnel, ni dans l'une ni dans l'autre de ces communications.
M. le Ministre a dit qu'il n'avait point déclaré que l'envoi de nouvelles troupes françaises au Mexique avait amené la rupture d'Orizaba. Sa Seigneurie dit, le 13 décembre de l'année passée, ces paroles, dans l'autre Corps législatif :
ce Mais, Messieurs, un événement eut lieu ensuite que ce MM. les Sénateurs connaissent : l'expédition qui compcc tait, dans le principe, des forces supérieures espagnoles^ ce fut augmentée d'un renfort de troupes françaises, et cette ce mesure fut prise sans doute par suite du désaccord qui ce s'était élevé, dès le principe, dans les conférences de
« Vera-Oux. Je ne crois pas devoir attribuer cette mesure c à aucune autre pensée, à aucun autre dessein : mais il est « certain, quelle que soit la cause qui motiva l'augmenta- « tion des forces françaises dans l'expédition commune , « que cette augmentation produisit un changement coince plet et profond dans la situation des plénipotentiaires « respectifs. »
Je crois que M. le Ministre faisait allusion à un changement radical dans les négociations et non dans la situation des plénipotentiaires.
J'ai servi le Gouvernement avec loyauté dans l'ambassade de Paris; je l'ai servi, Messieurs, avec cœur; mais je crois que j'ai bien fait de garder copie de tous les documents qui ont été échangés, car sans eux que pourrais-je faire en ce moment ? Rien ; c'est là une grande leçon, pour l'avenir, pour les fonctionnaires publics.
M. le Ministre m'appela pour me demander quels documents il devait publier; je lui répondis avec franchise que lui seul pouvait apprécier ceux qu'il lui convenait de publier, et il paraît, maintement, que ce que Sa Seigneurie voulait, c'était de me tendre un piège ; mais, après tout, quelle différence y a-t-il entre mes communications et ce qu'a dit M. Thouvenel? Aucune. On ne fait pas plus qu'exprimer un désir, et si je lisais ses communications, ce que je n'ai point à faire sans que M. le Ministre me le dise, il ne resterait sur ce point aucun doute au Congrès.
CONGRÈS DES DÉPUTÉS