LE RHIN. SON IMPORTANCE ÉCONOMIQUE SES LIENS AVEC LE RHONE
72. Le Rhin et la question du Rhône. — Nous avons vu que les ports du nord-ouest de l'Europe avaient réussi à accaparer, grâce surtout aux voies navigables intérieures, tout un trafic qui devait revenir à Marseille. Notre grand port ne reprendrait-il pas son rang si nous avions nous-mêmes une voie navigable semblable à celle du Rhin? Ce fleuve présente de nombreuses ressemblances avec le Rhône ; Texposé des efforts faits pour l'aménager et Fexamen des résultats obtenus est nécessaire pour qui veut se faire une opinion sur la question du Rhône. Plus loin, nous discuterons Tobjection d'après laquelle la jonction du Rhône au Rhin par une grande voie navigable appellerait l'invasion du commerce allemand plus qu'elle ne favoriserait l'expansion du commerce français.
Si le Rhin ressemble au Rhône, il en diffère, d'autre part. Les profils comparés des deux fleuves montrent les ressemblances : grand lac régulateur, pente rapide et chutes propices au captage de l'énergie hydraulique, pente de plus en plus douce jusqu'à la mer. La principale différence est flagrante : pour une altitude sensiblement égale du Rhin au lac de Constance et du
86 l'aménagement du RHONE
Rhône au lac Léman, la dénivellation doit être rachetée sur une distance de i.OOO kilomètres pour le Rhin, et 500, soit la moitié, pour le Rhône. Le problème est donc plus difficile à résoudre pour le Rhône. Nous verrons que d'éminents ingénieurs ne le considèrent nullement comme insoluble.
73. Le Rhin physique. — Le Rhin a sa source dans les glaciers, comme le Rhône, et, comme pour le Rhône également, le torrent que forme le Rhin à son origine est régularisé par un grand lac international, le lac de Constance. Ses premiers affluents, venus comme lui des glaciers, sont, eux aussi, régularisés par des lacs. Le régime normal est analogue à celui du Rhône, avec les hautes eaux en été, au moment de la fonte des glaces. Les affluents qui rejoignent le Rhin en aval de Bâle ont, comme la Saône, un régime inverse de celui du fleuve, de sorte que les eaux du Rhin montent d'avril à juillet en amont de Mannheim, de janvier à avril en aval. Les eaux se régularisent il mesure qu'elles descendent vers la mer; le rapport du volume des basses et hautes eaux est de 1 à 14 à Bâle, frontière suisse, 1 à 6,6 à Emmerich, frontière hollandaise. Le débit du Rhin prussien varie, en moyenne, de 1800 à 8000 mètres cubes. Le cours, long de i .000 kilomètres, présente les pentes suivantes : de la source à Kehl, pentes variables supérieures à 1 mètre par kilomètre; de Kehl à Tembouchure, m. 24 par kilomètre. Depuis Khel-Strasbourg jusqu'à la mer, la navigation est donc rendue facile par la faible pente. La vitesse des eaux est, en moyenne, de m. 80 entre Mayence et Bingen, maiselle atteint 'd m. 45 au Bingerloch, près du confluent de la Nahe. Le Rhin présente peu de brouillards, et les glaces charriées ne gênent pas notablement la navigation.
74, Le Rhin économique. Aménagement. Ports.
Tonnage. Batellerie. Pays traversés. Analogies avec le Rhône. — Le Rhin supérieur, entre Bâle et Constance, n'est utilisé que pourTénergie hydro-électrique, avec les usines de Neuhausen, au bas de la chute du fleuve, celles de Laufenbourg et de Rheinfelden, celle d'Augst, à i5 kilomètres environ en amont de Bâle. Une cinquième usine est en projet à Eglisau. Plus en aval, le Rhin, comme voie navigable, est admirablement placé au point de vue économique; il traverse la région industrielle de la Westphalie pour laquelle il est extrêmement utile ; inversement, par la voie navigable qu'il offre, il a largement contribué à la prospérité des pays qu'il traverse.
L'emploi de la navigation à vapeur a nécessité Tapprofondissement du lit du fleuve. Cependant, jusqu'en 1870, peu de travaux furent exécutés. La navigation, du reste, était déclarée