DES ÉTATS CENTRAUX
75. Conditions nécessaires pour la renaissance de. llndustrie et du comm.erce français. — La France, quoiqu'appauvrie en hommes et en argent par la guerre, va se trouver, par l'effet de sa victoire, dans une situation qui lui pernoettra de reprendre, sur le marché mondial, la place qui lui çevient. Au contraire, FAllemagne voit actuellement le déclin de sa puissance commerciale accompagnant la chnte de sa puissance militaire. D'abord, la France victorieuse cesse d'être la nation vaincue de 1871. Ensuite, elle aura donné au monde, où elle était la victime des calomnies allemandes, le spectacle d'une nation intelligente, calme, patiente, industrieuse, ingénieuse. Les Français ne seront plus, considérés comme un peuple frivole et attaché au plaisir, mais comme des hommes de sang-froid, inspirant conûance, appartenant à une nation puissante et exceptionnellement énergique.
Ensuite, le lien d'affection et d'intérêt qui unit la France à ses alliés subsistera. L'Allemagne s'est fait trop d'ennemis pour pouvoir espérer reprendre son commerce d'exportation d'avant la guerre. Sans doute, les industries anglaises et américaines prendront une prospérité remarquable, sans doute beaucoup de neutres seront prodigieusement enrichis, mais il y aura des besoins et des désirs nouveaux, et l'avenir économique de la France s'annonce brillant. En 1913, les pays exportateurs présentaient les chiffres suivants d'exportation :
Angleterre 13.247 millions
Allemagne 12.600 —
Etats-Unis 12.240 —
France 6.880 —
On voit qu'une telle marge entre les faibles exportations françaises et celles des autres nations laisse place pour de grands espoirs. Nous devons prendre à l'Allemagne les 3 milliards qu'elle vendait à l'Angleterre, à la Russie, à l'Italie, au Japon et ce qu'elle vendait en outre aux Etals-Unis.
Mais il faut veiller et préparer rapidement l'après-guerre. Il faut préparer des accords propres à empêcher l'Allemagne de nous inonder des stocks qu'elle a, sans doute, accumulés
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pendant la guerre. Il faut augmenter la population, ce qui ne peut être obtenu que par la renaissance de la morale chrétienne. Il faut faire de bonne politique, ou plutôt ne plus faire de politique, mais de Tadministration. Il faut cesser de tenir à 1 écart des affaires publiques tant d'hommes de valeur et d'énergie à cause de leurs opinions politiques ou religieuses, alors que leur concours fournirait à TEtat un appui inestimable. Il est nécessaire que les ouvriers comprennent que, pour améliorer leur condition, il faut que le patron, quel qu'il soit, individu ou Etat, et quel que soit le régime social, jouisse de la liberté d'esprit nécessaire pour prévoir l'avenir; il faut que la discipline industrielle soit assurée. Protéger l'ouvrier par de niaises réformes mal préparées par des politiciens de carrière, c'est le tuer en tuant Tindi^strie.
Il est également nécessaire que l'éducation des jeunes Français les rende plus hardis sur le terrain commercial ; ils devront, avec leur parole facile, leur esprit ouvert, prendre la clientèle des voyageurs allemands. Et les industriels français devront, au lieu de rester chez eux, en grands seigneurs, envoyer partout des représentants, s'inquiéter des besoins, satisfaire les désirs en modifiant leurs produits au gré des clients, envoyer leurs ingénieurs et leurs contremaîtres chez ces clients pour installer et réparer les appareils, en démontrer et en assurer le fonctionnement, examiner les appareils et les produits rivaux, se tenir au courant des affaires des maisons étrangères rivales. Les patrons, les conseils d'administration, les actionnaires des sociétés anonymes doivent comprendre qu'il faut rétribuer largement les ingénieurs, les contremaîtres, les représentants et voyageurs, les ouvriers. S'ils ne le comprennent pas, ils feront de misérables affaires.
76. Nécessité de développer les voies intérieures et les voies d'accès. — Enfin, il faut développer nos voies intérieures et nos voies d'accès. Personne, certes, ne désire que Paris perde, après la guerre victorieuse, son rang de capitale politique de la France et de capitale intellectuelle du monde. Mais une large décentralisation s'impose et cette décen* tralisation doit être accompagnée d'une décentralisation des voies de communication. Les ports de l'Océan doivent pouvoir communiquer directement et rapidement avec l'est de la France. Et il faut répondre à la politique des canaux allemands, politique qui sera reprise un jour par les Etats centraux, par une énergique politique des canaux français. Comme le disait à Genève, le 5 novembre 1916, M. Herriot, alors ministre des travaux publics : « Nous avions le devoir a urgent d'avoir une politique de canaux et de voies navi-