LUTTE CONTRE LA POLITIQUE FLUVIALE DES ÉTATS CENTRAUX
ic gables qui soit en réaction immédiate contre la politique « suivie que font dans cette direction les Etats de l'Europe « centrale ».
Comme le retenait la Chambre de commerce de Bourg, le 25 février 1910, « si nous ne poursuivons pas la réalisation de a ce programme, les Allemands et les Suisses arriveront promp- <i tement à constituer leur réseau de voies navigables, et tout « le trafic de l'Europe centrale nous échappera; ce sera la dé- « cadence de notre port de Marseille, ce sera notre marine « marchande condamnée à une disparition presque totale ».
Dès avant la guerre, le gouvernement français a senti l'utilité qu'il y avait à faire passer par des voies françaises le trafic destiné aux pays situés au nord et à l'est de la France, ou provenant de ces pays; le 2 avril 1908, le Ministre des travaux publics demandait au Conseil général des ponts et chaussées une étude d'ensemble des travaux à entreprendre pour étendre et améliorer le réseau des voies navigables ; il lui demandait en outre son avis sur les lignes de pénétration vers l'Europe centrale. Le Conseil général des ponts et chaussées proposa, comme lignes nouvelles, le canal du Nord-Est, et un canal latéral à la Loire ou l'amélioration de ce fleuve; il rejetait le canal latéral au Rhône et l'aménagement de ce fleuve entre Lyon et Genève. Nous critiquerons plus loin son opinion. Pour le moment, nous nous bornerons à observer que, si nous ne voulons pas que la Suisse soit fatalement entraînée dans Torbite économique de l'Allemagne, il faut que la France y possède une voie d'accès fluviale; s'il en est autrement, la voie du Rhin, augmentée de la jonction du Rhin au lac Léman, constituera certainement la grande voie d'accès en Suisse des marchandises lourdes. Au contraire, la voie du Rhône, surtout si elle est complétée par une bonne jonction à la Loire et par une bonne organisation de ce fleuve, est destinée à devenir l'artère fluviale normale des marchandises venant de la Méditerranée et de l'Amérique et destinées à la Suisse, ainsi qu'à une partie importante de l'Europe centrale.
c77. Objection : danger de donner un accès commercial aux Etats Centraux. Réponse : Nécessité dune offensive commerciale. — Une objection a été présentée par deux députés, l'un de l'Ain, l'autre, M. F. David, député de la Haute-Savoie, ancien ministre. Celui ci écrivait avant l'effondrement de l'Allemagne : « L'orientation des al- « liances économiques de la Suisse dépendra des résultats de la « guerre, et le projet (navigabilité du Haut-Rhône) est dangea reux, puisque son exécution pourrait aboutir à continuer jus- « qu'à Lyon les canaux du Rhin au bénéfice de Hambourg. »
94 l'aménagement du rhone
La réponse a été faite par M. Henri Moro et par M» Maurice Zimmermann. ^ D'abord, la victoire de TEntente n'aurait pas suffi à orienter économiquement la Suisse, si, même battue, TAilemagne avait conservé les meilleures voies d'accès pour ce pays. En outre, pour ce qui concerne le risque d'une nouvelle invasion de la France par le commerce allemand, le canal du Rhône au Rhin, par Montbéiiard-Malhouse, et son prolongement par la SjAÔne constituent une voie d'accès en France autrement dangereuse que celle du Haat- Rhône, qui est compliquée par la série des biefs écluses du Léman au Rhin et par le passage de deux lignes ^e douane.
D'autre part, le « système de la passivité et de Tencloisonnement, » que ce soit le système juridique des tarifs douaniers ou le système physique d'absence matérielle de communications, le système qui consiste à élever une muraille de Chine n'a pas réussi à la France. « Appliqué pendant les vingt der- « nières années avant la guerre à nos relations avec la Suisse, il a a fait perdre le marché helvétique, la sympathie de la Suisse ce alémanique (que nous retrouvons) et plus généralement il « nous fait rester à l'écart des grands courants commerciaux « dont la Suisse est le centre par sa position même *. »
La lutte commerciale doit procéder par voie d'offensive hardie et tenace. L'accès matériel et économique à la Suisse, qui est au centre des relations-commerciales de l'Europe, est indispensable pour triompher dans cette lutte.
Les Allemands avait très bien compris cette situation. Tous leurs efforts avaient tendu à mettre la main sur la Suisse : récemment, pendant la guerre, la Société allemande des mines de Bonne- Espérance achetait des terrains près du Rhin, à Bâle; une compagnie suisse de navigation s'organisait avec le concours financier d'une compagnie allemande, et avec le concoui^ de financiers badois ; des compagnies allemandes ont fait des offres pour le remorquage entre le Rhin et le lac de Neuchâtel. La gare de Bâle est allemande, tandis que le P. L. M. a dû céder aux chemins de fers fédéraux sa gare de Genève-Gornavin. En août 1918. à la veille de la débâcle" allemande, la KoeLnische Volkszeitung proposait la fondation d'une association internationale du Rhin, entre l'Allemagne, la Belgique et la Suisse, pour empêcher la France de « gagner l'âme économique de la Suisse » et pour empêcher l'Angleterre de gagner celle de la Belgique. A ces tendances, à ces efforts doivent cori'espondre ceux, contraires, de la France et de l'Angleterre.
i. Saint Public, 16 et 18 juillet 1918. V.- aussi, m/rd, N» 95. 2. Henri Moro, Salât Public du 16 juillet 1918.