CAPTAGE DE L ÉNERGIE HYDRAULIQUE
parer ces chiffres à ceux de M. Tavernier, il faudrait être sûr qu'ils soient obtenus suivant les mêmes méthodes. Les chiffres du Bureau sont basés sur le débit moyen, soit celui dont on peut disposer dans les années moyennes pendant six mois de l'année. SU en est de même pour les chiffres de M. Tavernier, le Rhône fournissant environ 2.300.000 H. P. en eaux moyennes, il resterait environ 1.000.000 H. P. pour les autres cours d eau de la région des Alpes * .
La partie captée de l'énergie du Rhône à Genève, Chèvres, Beliegarde, Jonage, est comparativement très faible. 11 y a donc là une ressource formidable à utiliser, quelque divergentes que soient les évaluations.
Par contre, si. le chiffre de 1.000.000 H. P. aménageables dans les Alpes, le Rhône non compris, est exact, il faut reconnaître que ce qui a été fait jusqu'à présent est très important et qull resterait relativement peu à faire. Les chiffres que nous donnons ci-dessous se trouvent dans le rapport de M. l'inspecteur général Tavernier à TAssociation française pour le développement des travaux publics, d*après la a liste des principales usines hydrauliques des Alpes ». Les puissances nominales'^ installées se répartiraient comme suit entre les diverses catégories d'entreprises :
Entreprise de distribution de lumièraetde force. 291.000 HP.
SoÉie:::::::::::::::::;::::h--^>- ^02.000
Traction .' 16.000 —
Soieries, papeteries, industries du bois 23.000 — ^
Divers : chaux, ciments, filatures, etc 6.000 —
Ensemble 738.000 HP.
n semble invraisemblable que la presque totalité de l'énergie des Alpes soit déjà captée. Une étude s'impose, précise et complète. Nous ne sommes pas en mesure de la faii'e. Si elle a été faite, comment n'est-elle pas citée par tous ceux qui parlent de la question? Si elle n'a pas été faite, c'est une lacune à combler rapidement.
115. L'ébergie du Rhône comparée à celle que donnerait un bassin houiller. — Il est intéressant de
1. M. Mâhl compte, pour le Hhône iO milliards de kilowatts -heures, ce qui ferait seulement 1.160.000 kilowatts, ou 1.570.000 HP., et cette puissance comprendrait celle des hautes eaux temporaires.
2. Y compris les machines qui ne travaillent qu'exceptionnellement. Les nombres seraient notablement inférieurs, si l'on ne compte que les machines travaillant nornialement, en eaux moyennes.
148 AVANTAGES POUR LE COMMERCE ET l'iMDUSTRIE EN FRANCE
comparer l'énergie que peut fournir le Rhône à celle que peut fournir un bassin houiller. La question est d'autant plus intéressante que la houille blanche est mieux utilisée que la houille noire. Selon un travail publié en 1917 par MM. Ch. Lallemand et Prévôt, l'énergie emmagasinée dans le charbon n'est pratiquement utilisable que dans la proportion de i/iO*^, alors que les turbines modernes pourraient utiliser jusqu'aux 8/10 de Ténergie des chutes d'eau.
Nous trouvons le renseignement cherché, soit la comparaison de l'énergie du Rhône et de celle d'un bassin houiller, dans le rapport déjà cité de M. l'inspecteur général Tavernier. En 1912, la France a consommé 60.677.000 tonnes de charbon. Eliminons de ce chiffre ce qui a été consommé par la métallurgie de grosœuvre, l'industrie du gaz, la marine marchande et la consommation domestique pour lesquels le charbon ne peut actuellement être remplacé. Ne considérons donc que les industries consommant du charbon pour produire de la force, soit les chemins de fer et industries diverses; déduisons de ces dernières 20 p. 100 représentant la consommation du charbon non destiné à produire de la foi*ce, employé au chaufTage^ par exemple. Il reste les consommations suivantes, en chiffres ronds, pour une année :
Chemins de fer 9 millions de tonnes
Industries diverses 18 — —
Ensemble 27 millions de tonnes
Evaluons en chevaux-heures : une locomotive moyenne consomme 2 kilogrammes de charbon pour produire 1 chevalheure à la jante des roues. M.. Tavernier admet, pour les moteurs industriels, dont la puissance moyenne est plus faible, une consommation double, soit 4 kilogrammes de charbon par cheval-heure. Le travail correspondant aux consommations cidessus est donc :
Pour les chemins de fer. . . 4 milliards 1/2 de chevaux-heures Pour les machines industrielles 4 - 1/2 —
Ensemble 9 milliards » de chevaux-heures
Supposons que l'on veuille produire ce travail au moyen des chutes d'eau; admettons une perte de 50 p. 100 par le transport de la force, il faudra, aux turbines, 18 milliards de chevauxheures. Or, les Alpes entièrement aménagées pourraient donner, selon M. de la Brosse, 20 milliards de chevaux-heWes, et
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la France tout entière 60 milliards environ. Ces nombres sont^ bien entenda, de simples approximations.
Le Rhône et les cours d'eau des Alpes, entièrement aménagés, auraient donc suffi largement à faire fonctionner tous les chemins de fer et toutes les industries ayant ransformé la houille en force en 1912. C'est dire quels services ils eussent rendus pendant la guerre.
Le Rhône et les Alpes donneraient donc plus que l'équivalent de 27 millions de tonnes de houille. L'énergie hydraulique des cours d'eau de la France entière donneraient le triple, soit plus que l'équivalent de 81 millions de tonnes de houille. Or, en 1912, la France a consommé :
Charbons français 39.973.000 tonnes
Charbons étrangers 20.704.000 —
Total 60.677.000 tonnes
Pour^ ne prendre que le Rhône dans sa partie torrentielle, entre la frontière suisse et Seyssel, le projet de barrage, que nous retrouverons, donnerait, d'après ses auteurs*, 80.000 H. P. au minimum, 170.000 H. P. en eaux moyennes, 280.000 H. P. et plus par les gros débits. Le total annuel de l'énergiQ utilisable serait de un milliard trois cents millions de kilowatts-heures, qui, à raison de 1 kilog. 300 de houille par kilowatt, représenterait i .800.000 tonnes de houille 2.
Ce chiffre dépasserait la production de houille de tout le bassin français de Blahzy, ou la moitié de celle du bassin de Lens, ou la moitié de celle du bassin d'Anzin.
On voit par là ce que pourrait devenir, comme région industrielle, le sud-est de la France, lorsque les énergies hydrauliques auront été captées. C'est là ce qui rend le problème du Rhône si intéressant. La navigation est liée à la force motrice. Les facilités de transport données par la voie d'eau aménagée, devenant une voie internationale et une voie nationale, donneront la possibilité d'établir des usines de puissance immense utilisant l'énergie hydraulique des Alpes et du Rhône. Et ces usinés augmenteront le trafic de la voie navigable. Tout se tient dans le problème.
1. Chambre de commerce de Bourg. Les Forces du Haut-Rhône, i918, p. 6.
2. Cette dernière évaluation est différente de celle de M. Tavernier qui tient compte de ce que les machines à vapeur ne travaillent, en général, à pleine charge qu'une faible partie de la journée.
Le résultat annuel, pour le Haut-Hhône, comprend l'énergie des hautes e&ux d'été, qui, dans l'état actuel de l'industrie, peut déjà trouver son emploi.
Section II MODE D'EMPLOI DE L'ÉNERGIE HYDRAULIQUE
416. Répartition des rôles de la houille blanche et de la houille noire. — Aménager des forces hydrauliques est fort bien; encore ne faut-il pas faire un raisonnement à Tenvers : et dire : « nous verrons ensuite ce que nous en ferons ». D'autre part, il ne faut pas dire : « ne captons pas la force hydraulique; nous n'en avons pas l'emploi». Ce dernier raisonnement parait être, trop fréquemment, celui des ce officiels », aussi bien lorsqu'il s'agit de capter les forces hydrauliques que lorsqu'il s'agit d'ouvrir une voie navigable. Le premier raisonnement est plutôt celui des Imaginatifs, des pionniers, des précurseurs, des prospecteurs.
Tous deux sont faux ; il ne faut pas installer une usine avec un moteur sans savoir ce que l'on pourra fabriquer, ni quels seront les clients ; il ne faut pas davantage renoncer à établir une usine parce qu'elle n'a pas encore de clientèle, de marché, de débouchés. 11 faut, et ici avec hardiesse, examiner les affaires qui pourront vraisemblablement être traitées, raisonner sur ce point en refrénant tout enthousiasme, en étant plutôt pessimiste; puis, si les prévisions sont rassurantes il faut mettre l'affaire au point, et alors, donner cours à quelque enthousiasme, être plutôt optimiste, et ne pas reculer devant les difficultés inévitables.
Gomment utiliser les forces à capter le long du Rhône? Commençons par rappeler que Ténergie qui n'est pas captée dans nos torrents, celle qui est développée par la houille, notamment, commence par se développer sous forme de chaleur; or, l'énergie hydraulique peut être transformée en chaleur : i kilowratt-heure remplace à cet égard i08 grammes de charbon. S'il s'agit d'employer l'énergie sous forme d'action mécanique, le charbon ne rend que 1/40, de sorte qu'un kilowattheure remplace environ i kilogramme de charbon. Il vaut donc mieux, avec les chutes d'eau, produire de la force plutôt que de la chaleur, et réserver cette dernière tâche au charbon.
D'autre part, pour les industries électro-chimiques, il faut, naturellement, un courant électrique. Avec- le charbon il faut un moteur produisant le courant en perdant 9/10 de l'énergie ; avec les forces hydrauliques, le courant est obtenu directement. Donc l'avantage est du côté de la force hydraulique.
En résumé, et dans l'état actuel de la Science, la force hydraulique sera employée avec profit du côté de la force motrice et de l'éleetro-chimie ;
S'il s'agit d'obtenir de la chaleur, l'énergie hydraulique ne