CAPTAGE DE L ÉNEBGIP: HYDRAULIQUE
parait actuellement utilisable avec avantage que dans les cas où il faut des températures impossibles ou trop coûteuses à obtenir autrement, ou lorsqu'il faut obtenir, en même temps que de la chaleur, des réactions chimiques provoquées par le courant électrique.
Voici donc un champ d'action indiqué, et limité, au moins actuellement, pour l'emploi de la houille blanche. Nous allons voir, en suivant ces principes, à quoi pourra servir l'aménagement de l'énergie du Rhône.
117. Emploi de la houille blanche du Rhône. Objection : Elle n'a pas de débouchés suifîsai^ts. — Réponse. — Mais il faut examiner une objection : si l'on aménage toute l'énergie hydraulique, elle ne trouvera pas son emploi. C'est rigoureusement exact pour une période déterminée. Avec raison, le 22 janvier 4903, la Chambre de commerce de Lyon signalait une crise de l'industrie hydro-électrique, en annonçant, du reste, que cette crise serait temporaire. Par contre, il y a eu un fort déficit d'énergie électricjue et mécanique au cours de la guerre. Mais ce déficit ne fournit pas une réponse suffisante, car une guerre, quelque longue qu'elle soit, est un événement anormal. S'il faut prévoir, en temps de paix, les besoins à satisfaire en temps de guerre, il ne faut pas orienter toute l'industrie autour de cette seule question; la preuve en est que l'Allemagne, qui avait tout organisé pour préparer et faire la guerre, n'a, pas plus que les autres nations, tout aménagé uniquement en vue de cet événement, et a été surprise par l'importance et par la durée de celle-ci. Non, il faut aller avec la hardiesse et la prudence nécessaires. Un développement trop rapide des aménagements hydrauliques provoquera une crise par surproduction et manque de débouchés. Par contre, il est permis de croire, avec <;ertitude même, que toutes les forces hydrauliques aménagées trouveront peu à peu leurs débouchés. La hardiesse et la prudence n'^ont jamais été incompatibles. La chance, qui est l'effet des causes impossibles à prévoir humainement, jouera aussi son rôle. Il y aura des victimes et des heureux, et les premières auront souvent autant de mérite que les seconds. 11 faut plaindre les victimes, les aider à se relever quand c'est possible, et continuer la marche vers Tavenii'.
Du reste, il ne faut pas avoir uniquement la préoccupation de rechercher ce qui se passera à Tintérieur de la France; des particuliers, des sociétés, des groupements administratifs peuvent souffrir d'une crise de l'industrie hydro-électrique, et <;ependant la France peut profiter de la situation. La crise peut aboutir à ce résultat que l'énergie devra être cédée sans
15t ATASrrAGCS POCR IX OaxnEKE LT L nOCSTmiE E3E FBA9CE
bénéfice ; mais les indostnes qm Btilisent Toier^e profiteront de ranbaioe; elle^ produiront tieancoop et Tendront à Vé^natger et à l'intérienr k des prix propres à latter ccmtre la cou* cnrrence étrzogère. Pois, apr» c^te conqnéte du marché, la crise s'atténuera, et sera remplacée par nne ère de prospérité ponr les aflaires hydro-électriqaes. C'est le sort de tontes les crises que d'être passa^res et d'être snivies d*nne période de bonne prospérité.
La crise peut même être supprimée; il est possible, dès arant tout aménagemoit d'une force hydraulique, de préparer ramcnagement d^uftines réceptrices, de s'assurer des déboncbés, de se réserver des clientèles, telles que celles dont nous allons parler. Le futur client peut, du reste, s'intéresser à la création de Tusine productrice de force, de sorte que, avant toute dépense, la recette sera, sinon certaine, du moins prévue avec vraisemblance. Et il faut escompter la future clientèle des timides et de ceux qui n'existent pas encore et qui naîtront, engendrés par les nouveaux besoins économiques et par la possibilité de vivre qui leur sera donnée.
118. Besoins économiques que le captage de l'énergie du Rhône peut satisfaire. — Industries à créer ou à développer dans le Sud-Est. — Un avantage a été signalé comme devant résulter du captage en grand de l'énergie hydraulique. RUe viendrait remplacer nos houillères perdues pendant la guerre. Nous pensons que cet emploi ne doit pas être envisagé, sinon pour une courte période de transition. Sans doute, il est impossible actuellement de savoir exactement quand les houillères du Nord de la France et de la Belgique pourront être entièrement remises en état. Mais elle le seront probablement rapidement, car une nation victorieuse relève vite ses ruines. Or, il est vraisemblable que la durée de cette remise en état ne dépassera pas, ou n'atteindra même pas celle nécessaire à l'aménagement des forces hydrauliques correspondantes. Cependant, Taménagement des forces hydrauliques faciles à mettre en état et ayant un emploi immédiat pourra suppléer très vite au déficit. Mais il vaut mieux regarder l'avenir; les charbonnages du Nord et de la Belgique auront toujours leur emploi. C'est à Taugmentalion de Tindustrie française qu'il faut tendre plus encore qu à son rétablissement; il faut faire du nouveau, et non remplacer ce qui peut et doit continuer à servir. Du reste, si vraiment il existe, autour de Lyon, un nouveau bassin houiller, il y a de la place pour tout le monde, et le Sud-Est de la France peut parfaitement, sans nuire au Nord et à la Belgique, exploiter à la fois sa houille noire et sa houille blanche.
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La métallurgie du fer, avec la fabrication des ferro-alliages, peut fournir un excellent débouché. Nous avons, dans nos possessions du Nord de l'Afrique, 200 millions de tonnes prospectées d'un minerai dont la teneur en fer est voisine de 60 p. iOO. Avec le Rhône navigable et l'énergie hydraulique des Alpes, il y a là une industrie très importante à monter dans les régions de la Savoie et du Dauphiné. Nous avons tort de dire que c'est une industrie « à monter » ; c'est une industrie à développer au moyen de l'énergie à capter et de la voie navigable à créer; car cette industrie existe déjà, organisée à Brignoud, Livet, La Praz, Allevard, Ugine, et, spécialement pour les ferro-alliages, à Bozel, Livet, Ugine, les Glavaux, Saint-Béron, Allevard, Rioupéroux, etc....
De même, l'industrie de l'aluminium, avec les bauxites du Gard, de THérault, du Var, des Bouches-du- Rhône, peut, favorisée par la voie navigable et par l'augmentation de l'énergie hydraulique, donner lieu à une exploitation beaucoup plus importante qu'elle ne l'est actuellement, alors que, cependant, cette industrie est déjà prospère à Calypso, Saint-Félix et Saint- Jean-de-Maurienne, La Praz, l'Argentière, La Saussaz, Chedde, Prémont.
L'industrie électro-chimique peut également se ilévelopper puissamment dans le Sud-Est, avec l'aménagement des forces hydrauliques et avec le Rhône navigable. Citons, comme industries électro-chimiques prospères et appelées à se multiplier et à prospérer davantage encore, les fabriques de carbure de calcium, celles de produits azotés comprenant la cyanamide actuellement fabriquée à Notre-Dame-de-BriançoUy l'acide azotique synthétique obtenu par l'air au moyen du four électrique Pauling, que l'on fabrique à La Roche de Ram, les chlorates fabriqués à Chedde, à Saint-Michel-de-Maurienne^ à Prémont, la soude et le chlore électrolytiques fabriqués à la Plombière, près de Moûtiers, et au Pont-de-Claix.
Nous n'avons parlé que des industries qui existent déjà; mais il est bien certain que de très importantes industries, pour lesquelles nous étions tributaires des Empires centraux ou d'autres pays, notamment celle des matières colorantes, pourront être installées dans la région du Sud-Est, et viendront s'y installer en quelque sorte automatiquement quand cette région leur offrira à la fois la force, toujours nécessaire dans une usine, et la facilité des transports par grandes quantités et à bon marché.
Sans prétendre indiquer en détail quelles sont les industrie» qui auront ainsi intérêt à s'installer dans cette région du Sud- Est, nous en donnerons une liste sommaire classée par types généraux; cette liste, qui répète ce que nous avons dit, avec
154 AVANTAGES POUR LE COMMERCE ET L'iNDUSTRlE EK FRANCE
plus de détail aa sujet de certaines industries, est celle que présentent les Chambres de commerce de la Haute-Savoie, de la Savoie et de Tlsère. Nous séparerons, d'une part, tes industries ayant intérêt à Taménagement du Rhône comiDe voie navigable et qui profiteront en même temps de la force et du courant électrique, et, d'autre part, celles qui ont peu d'intérêt au Rhône navigable, mais utiliseront l'énergie, sd^ «ous foi*me de force mécanique, soit sous forme de courant électrique.
Premier groupe : industries ayant intérêt à V aménagement des forces^ et à la création des çoie naçigables :
Industries chimiques, électro-chimiques, électro-métallurgiques.
Fabriques de matières colorantes.
Etablissements de construction mécanique.
Industries textiles, laine et coton.
Fabriques de papier, carton, cartonnage^ et fabrications accessoires, enveloppes, cartons d'échantillons.
Industries du bois, charpente, menuiserie, carrosserie.
Tréfileries, clouteries, fabriques de quincaillerie.
Verrerie et cristallerie (sables sidérolithiques d'Alex, Annecy et Thorens).
Industrie céramique, poterie.
Industries des cuirs et peaux.
Deuxième groupe : Industries ayant intérêt à Vaménagement df s forces, mais non à la création de çoies napigables :
Horlogerie.
Pièces de petite mécanique, fabriques de bicyclettes, d'armes, d'appareils de laboratoire, d'instruments d'optique, d'instiniments industriels de précision.
Bijouterie, taille de pierres fines.
industries textiles, soierie.
Ganterie.
Industrie du vêtement.
Ebénisterie, tabletterie.
Ces listes ne prétendent nullement à être complètes.
Notons, en passant, car nous ne pouvons aborder les divers problèmes sociaux qui touchent à toute question économique, que le développement industriel, s'il est rapidç, comme on peut l'espérer, supprimera, au moins momentanément, le chô-
1. Sous formé de chaleur, de moyen de transport, de moyen d'action •chimique, etc.
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mage et procurera aux mutilés de la guerre des salaires con- A'-enables et un travail compatible avec leur infirmité.
La liste que nous avons donnée est celle des Chambres de commerce des Alpes. Nous croyons que, seule, l'expérience pourra faire connaître exactement quelles seront les industries qui profiteront de l'aménagement des forces et de la voie navigable. En effet, le moteur électrique ne se substitue que dans une mesure relativement faible aux moteurs existants; il s'y ajoute; c'est a V accroissement ». D'autre part, à mesure que le réseau électrique s'étend et que la clientèle se présente plus nombreuse, de nouveaux besoins se manifestent; il faut les satisfaire, de sorte que tel industriel qui songeait à fabriquer tel produit est amené à en fabriquer d'autres à côté du premier; c'est « Vembottement », qui permet, par la variété des utilisations de l'énergie, d'utiliser les résidus de force, d'eflacer les « pointes » de la production.
119. Moteurs électriques individuels. — Eclairage. — Service hydraulique des villes et bourgs. — Irrigation par pompage. — Une utilisation très importante, au point de vue social, de l'énergie hydroélectrique est celle du , moteur familial. Nous connaissons les dangers du travail en chambre qui éloigne les ouvriers les uns des autres, les empêche de se grouper, de se solidariser, et qui a contribué, en certaines régions, à créer les horreurs du sweatin^-system. Mais, avec le moteur, c'est une petite usine que l'ouvrier a chez lui ; il y est maître, et cette situation peut contribuer à restaurer la vie familiale. Le moteur électrique se prête à tous les besoins, il peut être réduit à 1/4, 1/8 et même i/^^ ^^ cheval. Déjà, à Saint-Etienne et à Lyon, les canuts et les tisserands ont leur moteur actionné électriquement.
A la campagne, le petit cultivateur pourra travailler le bois, ou faire de l'horlogerie, comme en Suisse. En outre, le moteur électrique peut servir dans les fermes, pour actionner de petites batteuses.
L'éclairage des villes, spécialement aux environs des lieux de captage d'énergie hydraulique, fournira également un débouché important. Malheureusement, c'est en hiver, lors des basses eaux des Alpes, que la consommation de courant pour l'éclairage est la plus forte.
L'irrigation par pompage, l'élévation d'eau pour le service d'eau potable et pour les services divers des villes et des bourgs fournit encore un débouché à la force hydro-électrique. Ici, c'est, avantageusement, au moment des hautes eaux d'été que les besoins seront les plus importants.
420. Traction des chemins de fer et tram^ways. — Traction des bateaux. — Manoeuvres des ascenseurs à bateaux, vannes, outillage des ports. — Nous arrivons à une utilisation importante de Tcnergie, c'est la traction des chemins de fer et des tramways.
La traction électrique date d'une quarantaine d'années. Mais, depuis longtemps, Tidée d'un moteur électrique existait. De 1834 à 1857, des essais de moteurs à magnéto furent faits par Davenport et Davidson, Page, Swear et Bessolo, Casai. Peu après l'expérience de 1873 sur la transmission de l'énergie, en 1879, Siemens et Halske installèrent un petit chemin de fer électrique pour l'exposition de Berlin. A partir de 1882, la traction électrique fut appliquée couramment en Amérique, puis en Europe. En France, on voit, depuis 1891, installer les tramways électriques de Clermont-Ferrand, Marseille, Lyon, le Havre, etc.... En 1895 est installée, à Lugano, la première ligne triphasée de tramways.
Pour les chemins de fer proprement dits, les premiers essais furent ceux de New-York, en 1886-1887; puis, en 1893, l'électrification du vieux métropolitain de Londres, la ligne des Docks de Liverpool;, l'Elevated de Chicago, le tronçon Baltimore- Ohio (1895). En Europe, il faut citer certains chemins de fer , suisses, et, dès 1892, la ligne Barmeh-Elberfeld en Allemagne. En même temps, on essayait en France des locomotives électriques, notamment une locomotive à accumulateurs, en 1897, sur le P.-L.-M., et la Fusée-Heilmann, sur l'Ouest, machine formant un groupe vapeur-dynamo faisant 120 kilomètres à l'heure. Citons encore le Métropolitain et le Nord-Sud, à Paris. Mais, en France, à part les chemins de fer urbains et quelques lignes locales, l'ëlectrification n'existe que sur un petit nombre de tronçons isolés des grands réseaux ; le P.-L.-M. exploite avec 125 automoirices électriques la ligne du Fayet à Chamonix et Vallorcine, et projette l'électrificalion djes lignes à forte rampe du Mont-Cenis et des Gé venues. En 1912, le réseau de l'Etat employait 9 locomotives électriques, et le réseau d'Orléans 1^ La Compagnie du Midi a commencé à exécuter un plan complet et judicieux d'électrification. Dix groupes d'usines ont été étudiés par M. l'ingénieur Eydoux; cinq d'entre elles (Soulom, Eget, Puig-Redon, la Cassague, Fontpédrouse) sont construites, ou en voie de construction, et donneront ensemble 67.750 HP. La compagnie a prévu que les excédents d'énergie serviraient à développer les industries locales. Quand beaucoup de lignes seront électrifiées, comme le projettent pour leurs chemins de fer nationaux l'Italie et la Suisse, la consommation de l'énergie sera facilement régularisée : la force qui ne sert pas sur une ligne sera envoyée sur une autre.
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Il est évident que le Rhône et les cours d'eau du Sud-Est aménagés par le captage de Ténergie permettront au P.-L.-M. d'éleetrifier plusieurs lignes, notamment la ligne Lyon- Marseille, Tune des plus chargées du monde, qui se trouve admirablement placée pour recevoir le courant, de même que la ligne parallèle de la rive droite.
Des réseaux de tramways électrique^, analogues à ceux de la Suisse, pourront desservir les vallées des Alpes, du Dauphiné, de la Savoie, de la Haute -Savoie ; les tramways urbains pourront aussi utiliser la force à capter, comme ils utilisent celle déjà captée.
Nous verrons, en étudiant les projets d'aménagement du Rhône, que ces projets prévoient l'emploi de Ténergie hydraulique pour la traction des bateaux, et pour la manœuvre des ascenseurs à bateaux, des vannes, de l'outillage de chargement et déchargement des ports, et tous autres services nécessités par l'aménagement même du fleuve.
121. Le captage de l'énergie hydraulique dans ses rapports avec l'industrie touristique et hôtelière.
— Cette question des tramways des Alpes, analogues à ceux de la Suisse, nous amène à parler d'une utilisation de l'énergie très sérieuse, et d'autant plus intéressante qu'elle absorbera l'énergie précisément en été, au moment des hautes-eaux. 11 s'agit de l'industrie hôtelière et touristique. Les ingénieurs ne voient, trop souvent, que Tusine et ses produits, ou encore la traction, comme source de prospérité. Ne négligeons pas cette autre source de prospérité de premier ordre, apportant à la France l'argent de l'étranger. Celui-ci paye, non seulement ce qu'il prend et fait disparaître : nourriture, consommation de force pour la traction, etc. ; mais il paye aussi ce qui est éternel, le paysage, la source minérale, la cure d'air. C'est déjà par là que la France rétablissait en partie une balance des comptes défavorable, et augmentait son capital. Avec des régions comme celles qui vont de la Côte d'Azur au lac Léman, en passant par le Dauphiné et les deux Savoies, en y ajoutant les Cévennes, la région de Saint-Etienne, très belle dès que l'on quitte les usines, en ajoutant encore le Jura si pittoresque, il est évident que nous pouvons multiplier dans des proportions presque illimitées cette source de richesses. En Suisse, en 1905, les recettes des hôtels se sont élevées à 188.717.000 francs; les dépensesà 131. 380.000francs; bénéfice brut :57.337.000francs Eu 1907, les capitaux engagés par les hôteliers étaient de 800 millions, le bénéfice brut a été de 70 millions. Ces bénéfices ne sont pas extrêmement importants en apparence, mais ils le sont en réalité, car c'est Tintégralité des recettes
et non pas sealement le bénéfice, qui est entrée dans le pays et y est restée. A côté du bénéfice de l'hôtelier, il y a, en effet^ le bénéfice de ses fournisseurs. En outre, la dépense de l'étranger, du touriste, à l'hôtel, n'est qu'une faible partie de la dépense qu'il fait dans le pays; il y faut ajouter les dépenses faites en voyages, excursions, guides, médecins, plaisirs, cadeaux, achats divers.
Comment développer cette industrie? Evidemment en découvrant, captant et aménageant les eaux minérales, en construisant des hôtels et en créant de très nombreux tramways lélectriques, funiculaires, chemins de fer de montagne à crémaillère^ propres à absorber les excédents de force d'été. En outre, l'éclairage des villes et stations d'été, le fonctionnement des ascenseurs et monle-charge d'hôtels, absorberont encore de l'énergie pendant la même période.
Le captage de l'énergie hydraulique est donc propre à favoriser grandement cette industrie, qui, d'autre part, fournira un excellent débouché temporaire à l'énergie captée.
Jusqu'ici, il y a alliance entre l'industrie électrique, d'une part, et l'industrie hôtelière et touristique d'autre part. Par contre, sur un autre terrain, il y a antinomie, si l'industrie doit nuire aux beautés naturelles. Faut-il nécessairement choisir Tune ou l'autre, l'une excluant l'autre? Non. D'aboixi, on peut s'entendre. Lorsque la Société de Saint-Gobain capta le Guil, un accord intervint entre elle et le département, aux termes duquel le Guil devait conserver un minimum d'eau l'été. De même, un accord intervint entre l'usine Aubry, d'Albertville, et la commune d'Hauteluce en Savoie, aux termes duquel le beau lac de la Girotte, sous lequel un canal avait été pratiqué pour amener l'eau à l'usine en hiver^ devait reprendre son niveau dès le printemps. Il faut, du reste, que de sérieuses clauses pénales sanctionnent ces accords. Le régime des rivières et torrents alpestres, dont les hautes eaux ont lieu en été, favorise ces sortes de combinaisons, tout en laissant utilisable un surcroît de force pendant cette saison.
Quant à l'usine, tout en espérant qu'on la consti-uira de manière à nuire le moins possible au paysage, nous ne pensons pas qu'elle contribuera jamais à l'embellir. Ce que l'on peut faire, c'est de chercher à la situer en un point . où elle ne gène pas trop. Mais, ce qui n'est pas impossible,, c'est que l'usine dissimule ses canalisations, surtout ces afiî^nx serpents noirs en tôle qui déshonorent les sites. 11 faut chercher, pour les lignes ferrées ou électriques, des passages »ù elles ne nuisent pas au paysage. L'action du Touring-Club et des syndicats d'initiative peut être très utile à cet égard. A propos du projet de barrage du Rhône à Génissiat, nous par-
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lerons des regrets exprimés par M. Martel pour la perte da canon du Rhône au cas où ce projet deviendrait une réalité. De même, Pierre Loti déplora la perte du temple de Philœ, englouti sous les eaux. Que faire? Sacriûer les beautés naturelles à la nécessité industrielle, ou sacrifier une grande force naturelle à l'idéal et à Tart? 11 faut que l'artiste, le savant et l'industriel unissent leurs efforts, et que, dans chaque cas^ l'un ou l'autre sache faire un douloureux sacrifice.
Enfin, il faut que l'ingénieur^ non seulement évite de couper les sources d'eau minérale ou thermale, et, généralement, toutes les sources d'eaux potables, mais encore qu'il les recherche, les capte, et favorise ainsi l'industrie touristique et hôtelière. 11 peut aussi contribuer à l'amélioration du site par des plantations et des conservations d'arbres qui ne lui donneront guère de peine, et qui, dans les dépendances de l'usine, seront pour lui une source de revenus, outre qu'il y trouvera ses bois de construction. Le repeuplement des forêts, indispensable à la beauté de nos sites, intéresse grandement l'industriel, puisque c'est la forêt qui fait le torrent régulier; la forêt est, en outre, une richesse nationale et communale de première importance.
La navigation de plaisance, qui se rattache au tourisme, ne paraît pas devoir devenir très importante par suite de l'aménagement du Rhône, en raison de la lenteur de la circulation imposée par le<$ écluses. Cependant, le Rhin permet une comparaison rassurante à ce sujet.
Secti N m. — LIEU D'EMPLOI DE L'ÉNERGIE HYDRAULIQUE DU RHONE.
122. Droit dé priorité des régions riveraines. — Nou& abordons une question brûlante. L'énergie hydraulique doitelle être consommée à proximité du lieu où elle a été captée, ou doit-elle être consommée au loin? Ainsi posée la question est trop simple, et la réponse est celle que dicte le bon sens ; elle doit être consommée où elle est le plus utile. Mais, à supposer qu'elle puisse être consommée aussi bien dans la région voisine qu'au loin, ou bien inversement, la région où est née cette énergie a-t- elle un droit de priorité, sinon légal, du moins d'intérêt social? Nous répondons : a oui ». On objectera que cette réponse est la manifestation d'une fâcheuse politique de clocher. Non, au contraire : prétendre que la force doit être conduite ici ou là, uniquement parce que tel groupe y a intérêt, sera toujours de la politique de clocher, soit que le lieu en question soit éloigné, soit qu'il ^oit proche. 11 faut considérer l'inté-
160 AVANTAGES POUH Lia COMMERCE ET l'iNDUSTRIE EN FRANCE
rôt national, et Tintérêt national est fait de Tensemble des intérêts régionaux.
Nous disons que la région où nait Ténergie a un droit social de priorité pour Tutiliser, du moins si elle peut l'utiliser à échéance plus ou moins longue. C'est l'avis exprimé par M. le sénateur Herriot, maire de Lyon, dans sa conférence de Genève du 5 novembre 1916, quand il estimait que Ténergie du Haut- Rhône devait être, en partie, réservée à l'Ain, et que l'utilisation sur place de cette énergie devait être favorisée. C'est l'avis de M. l'ingénieur Jean Maître, conseiller général du Haut- Rhin S quand il dit qu'il serait « souverainement injuste de priver la région du Rhône des avantages qu'elle tient de la nature en exportant toute cette force à Paris sans compensation. »
Que l'on ne dise pas que TEtat est propriétaire des fleuves navigables, et peut en faire ce qu'il veut. L'Etat est également propriétaire des routes nationales et a le devoi;» de les employer au mieux des intérêts de la Nation, en tenant compte des intérêts régionaux. Il n'a pas le droit de les créer, diriger et supprimer à sa guise, au profit de telle région et au détriment de telle autre. L'Etat n'est pas à Paris, il est dans toute la France et en représente chaque partie aussi bien qu'il en représente l'ensemble.
D'autre part, la Chambre de commerce de Lyon, le 6 août 1908, avait posé un principe absolu, paraissant dériver des règles de l'Economie politique libérale : a La force électrique, une fois produite, est une marchandise qui doit circule^r librement sur tout le territoire, en obéissant au jeu de la loi économique de l'oflre et de la demande. » Ce principe n'est pas exact ici, car la force est produite par un fleuve national, et l'Etat a qualité pour surveiller sa répartition ; elle traverse des routes et des fonds particuliers, communaux, départementaux, nationaux, et ne peut circuler avec la liberté que suppose le principe. La loi de l'offre et de la demande ne s'applique donc pas. L'Etat est intervenu pour imposer le passage du courant sur les propriétés privées. Il a bien fait, mais il ne faut pas parler de la loi de Tofire et de la demande, puisque la liberté est supprimée par l'intervention impérative de l'Etat. Sans doute, si c'est un concessionnaire qui capte l'énergie, il apporte, par ses travaux, une plus value importante qui lui appartient; mais, si la force peut être absorbée à prix égal à tel ou tel endroit, que lui importe? 11 est bien entendu que nous insistons sur cette supposition que la force peut être absorbée à prix égal, ici aussi bien que là. La Chambre de commerce de Lyon a bien compris