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C. Barrage de Génissiat

D. Perte du Rhône.

Comparaison du barrage de Génissiat avec le dbuble barrage de Bellegarde-Malpertuis.

147. Comparaison du barrage unique aux deux barrages. — Comparons maintenant les divers projets. D'abord, pour comparer le projet de barrage unique à Génissiat à celui des deux barrages à Malpertuis et Bellegarde, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire l'avis de la sous-commission nommée par la ville de Paris, tout en faisant observer que cette commission se place dans Thypothèse où la force serait destinée à la ville de Paris, ce sur quoi nous avons fait des réserves :

<( Vu la dépêche du 20 novembre 1917, par laquelle M. le Ministre des travaux publics informe le préfet de la Seine que l'étude de l'aménagement du Haut-Rhône entre Bellegarde et Génissiat, suspendue par suite des hostilités, venait d'être reprise, et ajoutait qu'il serait du plus haut intérêt que la Commission supérieure des travaux publics eût connaissance des vues ou des intentions de la ville de Paris sur la question ; qu'il serait, par suite, utile que des personnes qualiûées vinssent en

1. Selon M. Martel : 78.000 à 79.000 chevaux électriques minimum; pendant quatre mois 78.000 à J 80.000; pendant le reste de l'année 270.000. La différence entre ces nombres et ceux de M. Bernier provient sans doute, en grande partie, de ce que l'un mesure la puissance brute, et l'autre la puissance utilisable

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faire l'exposé devant la commission désignée par le Conseil supérieur des travaux publics ;

« Après avoir entendu, le il décembre, M. Rey, représentant de la Société Blondel, Harlé, Mâhl, auteur du projet dit projet Harlé, comportant un barrage unique dans la gorge de Génissiat avec une chute de 69 mètres, et le 17 décembre, MM. de Sinçay et Boissonnas, représentants de la Société des Forces hydrauliques du Rhône, auteur du projet de deux barrages étages, Tun dans les gorges de Bellegarde donnant une chute de 30 mètres, Tautre dans la gorge de Malpertuis donnant une chute qui serait, d'après Tauleur du projet, de 39 mètres, soit au total, pour les deux barrages, une hauteur de chute de 69 mètres précisément égale à celle de Génissiat ;

« Attendu qu'il résulte des déclaratibns de M. Rey, d'une part, et de MM. de Sinçay et Boissonnas, d'autre part, que les deux sociétés se sont mises d'accord pour ne constituer finalement qu'une seule société, en laissant à l'administration le soin de dire quel est celui des deux projets qu'il conviendrait d'adopter ;

« Considérant que la commission de la houille blanche avait en 4908 procédé à une étude minutieuse de l'utilisation des forces motrices du Haut-Rhône ; qu'elle avait examiné, non seulement le projet Harlé, qui lui était particulièrement soumis, mais encore les autres projets dont elle avait pris connaissance; qu'elle avait estimé que le barrage de Génissiat réunissant en une seule chute, d'environ 69 mètres de hauteur, tous les rapides du Rhône, entre la frontière suisse et Génissiat, constituant le moyen le plus efficace d'utiliser ces rapides, soit dans l'intérêt de l'industrie, soit aussi, le cas échéant, en faveur de la navigation;

« Considérant, en outre, que la commission avait estimé que l'emplacement de Génissiat présentait des garanties suffisantes, parce que les terrains étaient suffisamment étanches et qu'ils avaient assez de consistance pour assurer la solidité de l'ouvrage ;

(( Mais, attendu que des études, ultérieurement poursuivies par diverses personnes, notamment des géologues distingués, avaient donné lieu à des controverses ;

« Qu'on avait contesté l'étanchéité des terrains de Génissiat ;

« Qu'on avait prétendu que, vu la profondeur imprévue du rocher au-dessous du niveau des eaux à Génissiat, les fondations du barrage destiné à former une digue permettant ensuite l'exécution du grand barrage fieraient coûteuses et même aléatoires ;

« Qu'il avait été dit qu'il serait impossible de trouver rapidement la vente de la force motrice donnée par un grand bar-

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rage et qu'il serait prudent de construire deux barrages successifs, le second ne devant être établi que lorsqu'on aurait trouvé à vendre environ les deux tiers de la force produite par le premier;

« Qu'il était ajouté que la construction de deux barrages de hauteur réduite, de 43 mètres à Bellegarde et de 40 mètres à Malpertuis, était beaucoup moins aléatoire que celle d'un barrage unique d'une hauteur dépassant en moyenne 90 mètres, supérieure à celle des ouvrages de même nature exécutés jusqu'ici;

<c Considérant, -en ce qui concenie Vétanchéité des terrains de Génissiat, que cette étanchéité, admise par MM. Lugeon, Killian et Zurcher, avait été contestée d'abord par M. Martel el ensuite par la commission de cinq géologues nommés en septembre 1912 par M. le Ministre des travaux publics, commission réunissant, sous la présidence de M. Termier, MM. Cayeux, Depéret, Hang et Mouret;

« Mais attendu que cette même commission, dans un récent rapport en date du 26 mars 1947, paraît bien, en présence des faits observés au barrage de la Bourne établi dans le calcaire urgonien par la Société des Forces motrices du Vercors, avoir renoncé à ses réserves en ce qui concerne l'étanchéité des parois urgoniennes des retenues du Rhône telles que celles de Génissiat ;

« Considérant, d'ailleurs, qu'il serait très probablement possible, et peut-être même rationnel, de se garantir contre les fuites possibles des terrains situes soit au dessous du barrage, soit latéralement, en recourant à la méthode dite de la cimentation employée avec succès dans le fonçàge des puits de mines, où on arrive à avoir une zone de terrains absolument imperméable en pratiquant dans cette zone une série de sondages rapprochés dans lesquels on injecte du ciment;

(( Qu'il y a lieu, par conséquent, d'écarter l'objection relative au défaut d'étanchéité des terrains de Génissiat;

c( Considérant, en ce qui concerne la grande profondeur à laquelle se trouve le lit rocheux à Génissiat, que cette circoiistance peut effectivement rendre plus difficile l'emploi de l'air comprimé et augmenter notablement le coût des travaux, mais qu'elle ne saurait cependant être considérée comme de nature à faire écarter le projet, attendu que l'exemple de travaux récents effectués dans la vallée du Fier située au sud de Génissiat montre qu'on peut, au moyen d'injections de ciment, même sous le couteau de caissons àTaircomprimé, arrivera construire des barrages-digues suffisamment étanches, le grand barrage pouvant ensuite être construit à ciel ouvert ;

« Attendu en outre que des entrepreneurs de travaux publics

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des plus autorisés ont déclaré que le travail était parfaitement exécutable ;

<c Attendu également que, si la grande hauteur du barrage^ de Génissiat pouvait jadis effrayer quelques personnes, il ne saurait en être de même aujourd'hui, alors qu'on peut citer au moins cinq ouvrages d'ampleur comparable^ :

Barrage RooseVelt (Etats-Unis) hauteur 79 m. 25

d'Eléphant Butt (Mexique).. — 80 m. 50

— de Calaru (Espagne) — 84 m. »

-— du Croton (Etats-Unis) — 90 m. »

-— de la Shoshone (Etats-Unis). — 106 m. »

« Considérant encore, en ce qui concerne le barrage de Génissiat, que si la profondeur du lit rocheux entraîne une augmentation de dépense non prévue en 1908, cette augmentation parait être compensée assez largement par l'économie obtenue dans rétablissement de la voie navigable de Génissiat à Genève;

« Considérant, en ce qui concerne V emploi de la force motrice, qu'il ne paraît pas douteux, en présence des énormes développements pris récemment par l'électricité, que toute l'énergie pouvant être amenée à Paris ne trouve immédiatement à être utilisée, qu'on peut même considérer comme assuré qu'elle sera rapidement tenue comme insuffisante;

« Considérant que les craintes manifestées à cet égard ne paraissent pas fondées et qu'il y a lieu de rechercher surtout la solution qui permettra d'obtenir le maximum de force;

« Considérant que la solution des deux barrages étages n'est pas sans motiver, de son côté, quelques critiques; qu'à Malpertuis les rochers sont fissurés et qu'on ne saurait aflirmer, vu l'insufiisance des études, l'absence de cavités plus ou moins profondes dans le lit du fleuve ;

« Qu'à Bellegarde les travaux de déviation du Rhône pendant la construction, tout en étant praticables, exigent quelques dispositions spéciales ;

« Qu'à Malpertuis l'éloignement, impossible à éviter, de l'usine des turbines par rapport au barrage entraînera des pertes de charge inévitables;

1. Selon M. Martel, ce barrage a 100 m. 10 de haut, dont 25 m. 42 pour les fondations dans les graviers, galets et alluvions du lit. Le profil du fond du lit est accidenté et comporte, comme probablement le Rhône à Génissiat, des excavations irrégulières qui sont les marmites d'érosion de Tancien lit.

2. La Nature du 19 avril 1919 cite encore le barrage de Boquilla, au Mexique, d'une hauteur de 110 mètres. On prévoit au Chambon, sur la Dordogne, un barrage de 150 mètres.

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« Considérant que si les deux solutions sont réalisables et présentent chacune, au point de vue de leur établissement, des avantages et des inconvénients, il y a cependant lieu de tenir grand compte de ce que le barrage unique permet d'obtenir une force motrice supérieure à celle fournie par les deux barrages, attendu qu'il permet d'emmagasiner un plus grand volume d*eau utilisable, volume pouvant être évalué, pour une tranche superficielle horizontale de 4 mètres de hauteur, à 15 millions de mètres cubes dans le premier cas et 42 millions seulement dans le second cas; attendu, en outre, que la hauteur de chute au potentiel du premier volume est de beaucoup supérieure au potentiel du second volume ; attendu que dans ces conditions il sera possible d'emmagasiner une partie des eaux disponibles pendant la journée et môme de compenser dans une certaine limite les réductions de débit au moment de l'étiage et que l'économie théorique à réaliser de ce fait a été évaluée par M. Blondel à plus de 25 0/0.

« Considérant, en ce qui concerne la force motrice, qu'avec le barrage unique, les eaux de la Valserine, qui est située en aval du barrage de Bellegarde et dont le débit n'est pas négligeable en hiver, disposent avec le barrage unique de Génissiat d'une hauteur de chute presque double de celle obtenue avec celle du barrage de Malpertuis ;

•« Considérant, d'autre part, que le niveau des eaux à Génissiat étant nécessairement inférieur à celui des eaux à Malpertuis, il en résulte, contrairement à ce que paraissent croire les intéressés, que la hauteur de chute disponible à Génissiat est plus élevée que celle fournie par l'ensemble des deux barrages;

c( Considérant, en ce qui concerne les usines ^ que la concentration de tous les moteurs hydrauliques en une seule usine entraîne une importante économie dans les frais d'installation, qu'elle permet l'emploi d'unités très puissantes, la centralisation du coûteux matériel des hautes tensions, qu'enfin elle entraîne aussi une réduction notable des frais de main-d'œuvre et de surveillance ;

a Considérant enfin l'utilité incontestable que présente la création d'une çoie naçigable entre Genève et la localité de Génissiat où s'arrêtait autrefois du côté de l'amont l'ancienne batellerie du Rhône;

« Qu'en eflet, la présence du lac unique produit par le barrage de Génissiat est évidemment plus favorable que celle des deux lacs superposés produits par les deux barrages étages de Malpertuis et de Bellegarde. Considérant, en dernier lieu, que la création d'un grand barrage à Génissiat constituerait une œuvre grandiose faisant honneur à notre pays;

(( La sous-commission, tout en estimant que les deux projets

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sont intéressants et réalisables, est d'avis qu'en l*état actuel il y a lieu, comme l'avait fait en 1908 la commission de la houille blanche, de donner la préférence au projet comportant un barrage unique dans la gorge de Génissiat. »

Le Président de la sotis-com mission,

Georges Lalou.

Le grand avantage du projet de Génissiat est de résoudre complètement le triple problème de la navigation, du captage de la force, et de l'irrigation. M. Maurice Lugeon l'avait même considéré comme seul possible.

448. La question du haut voltage. -^ Outre l'objection tirée de la hauteur du barrage, qui est examinée par la sous-commission dont nous avons cité l'avis, il y a celle que l'on peut tirer de l'intensité du voltage, prévu à 120.000 volts. Ce nombre est très élevé, mais l'industrie a déjà employé, sans inconvénient, des voltages du même ordre d'importance. Le transport de force que la Société Grenobloise de Force et Lumière effectue de Moutiers à Lyon, sur 180 kilomètres, est du système continu série à 60.000 volts. Les lignes de l'Energie électrique du Littoral méditerranéen fonctionnent à 52.000 volts, avec courant triphasé, comme dans le projet Harlé; celles de l'Energie électrique du Centre, en construction en 1910, fonctionnent à 60.000 volts. Des lignes sont en service, en Californie, à 80.000 volts, d'autres étaient en construction, en 4910, pour 100.000 volts^ En Nouvelle Californie, la « Southern Sierras Power C° » transmet son énergie à 383 kilomètres, sous une tension de 140.000 volts; la ce Pacific Light and Povsrer G" » fonctionne à 150.000 volts*.

149. La question de la hauteur et de la solidité des barrages et de l'étanchéité des parois. — Il y a encore à examiner la grave question de la solidité et de l'étanchéité des barrages, question de telle importance que Ton comprend bien que l'hésitation soit permise en présence d'un double danger. En effet, l'écroulement d'un barrage .^ provoquerait une

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