‹ La question du TonkinChapitre 13 sur 39 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Examen des divers systèmes proposés : — 1° la retraite ; — 2° le Tonkin redevenant autonome sous notre protectorat; — 3° l'annexion pure et simple du Tonkin; — 4° le protectorat delà France surl'Annam. — Raisons d'adopter ce dernier système. — Moyens de l'imposer au gouvernement annamite. — Charges et organisation du protectorat.

Dans quel sens les traités, dont nous avons fait voir l'insuffisance et l'inexécution, doivent-ils être revisés?

Il y a une première solution qui d'abord paraît simple et qui a été proposée plus d'une fois, à Paris et à Saigon : c'est la retraite. On supprimerait les compagnies de marins servant de garde à nos consuls ;

on étendrait à toutes les puissances les concessions que nous avons faites à l'Angleterre sur la juridiction relative aux étrangers; on supprimerait la clause qui interdit à TAnnam de rien changer à l'état actuel de ses relations diplomatiques avec les gouvernements étrangers; enfin, on remettrait au gouvernement de Hué l'administration des douanes; on nommerait seulement un directeur des douanes français, comme en Chine. Dans cette hypothèse, il ne subsisterait que la reconnaissance de notre souveraineté sur les trois provinces annexées dans la Basse-Cochinchine, l'ouverture des trois ports du Tonkin au commerce étranger, et les garanties stipulées en faveur des chrétiens.

L'adoption de ce système aurait pour avantage de. produire une diminution de dépense qu'on peut évaluer à environ un million par an : en effet, nos représentants étant réduits au rôle de consuls dans l'acception ordinaire du mot, leur rôle deve-

nant purement diplomatique, nous n'aurions plus de motifs de laisser auprès d'eux une force armée. Mais il ne faut pas se le dissimuler, avec des populations qui ne connaissent d'autre droit que celui de la force, la situation de ces consuls serait bientôt intolérable; cet amoindrissement de notre action serait considéré comme une atteinte à notre prestige, non seulement dans le Tonkin et à l'égard de l'Annam, mais en Cochinchine même, où les émissaires de Tu-Duc reprendraient avec succès le thème longtemps exploité de l'abandon prochain de notre conquête. Les soutiens de notre influence au Tonkin ne tarderaient pas à être victimes des rancunes et de l'insolence triomphante des mandarins; nous verrions se renouveler les massacres de 1874, et nous serions bientôt obligés de retourner dans ce pays avec une autorité très diminuée pour venger nos compatriotes et nos partisans. Avec les Asiatiques, toute retraite, en diplomatie ou à la guerre, de-

vient une déroute, et une reculade serait ici d'autant plus désastreuse qu'on a davantage fait état en ces derniers temps de nos projets d'extension. Et puis, la destruction de la citadelle de Hanoï, conséquence de l'impuissance et de la duplicité du gouvernement annamite, si elle a apporté un facteur nouveau dans nos négociations avec lui, peut-elle être considérée comme une satisfaction donnée à nos griefs? Non; ils demeurent entiers : les injures que nous avons subies sont encore à réparer. Enfin, la mort du commandant Rivière et de ses compagnons ne nous laisse plus le choix.

Mais l'argument capital contre la retraite est celui-ci : si nous ne prenions pas définitivement possession du Tonkin, ou si nous n'y gardions qu'une seule ville, comme le demandait l'honorable M. Georges Périn, d'autres iraient à notre place; or, comme cette province est beaucoup plus riche que la Basse-Cochinchine, comme le riz y est beaucoup plus abondant et de meilleure

qualité, il en résulterait que le commerce de notre colonie serait ruiné parla concurrence. C'est tellement vrai, que l'amiral Dupré a fait insérer dans le traité de 1874 une clause spéciale pour le commerce du riz entre les ports du Tonkin et Saigon ; sans quoi Saïgon n'aurait pu soutenir la lutte.

Peut-être, il y a quelques années, l'abdication complète, ou presque complète, eût -elle pu avoir des chances d'être agréée par certains esprits; mais ce qui est évident, c'est que, à l'heure qu'il est, elle ne pourrait l'être sans que l'honneur de notre drapeau fût compromis, et l'avenir de notre colonie sérieusement menacé. Nous ne pouvons plus partir, et nous ne pouvons plus rester comme nous sommes; nous devons rester, et nous ne pouvons rester sans agir. Mais dans quel sens agirons-nous ? — Ici encore plusieurs solutions se présentent : soit l'établissement de notre protectorat sur le Tonkin seul, redevenu autonome et replacé par nos soins

sous l'ancienne dynastie des Le (c'est le système de M. Dupuis); soit l'annexion pure et simple de ces provinces à notre colonie de Cochinchine; soit enfin l'établissement de notre protectorat sur l'Annam en conservant Tu-Duc sur le trône.

La première de ces solutions, celle du Tonkin autonome soustrait au joug de l'Annam, a été préconisée principalement par les missionnaires *, surtout par les mis-

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