Le Japon militaire, ch. XII. In-12, Pion ol
taché d'ambassade, examinant l'hypothèse d'une guerre entre le Japon et le Céleste- Empire, a résumé ainsi ses observations sur l'armée chinoise :
« fja cruelle expérience de 1860 a fait réfléchir le gouvernement... La défense de Pékin devait être et fut nécessairement l'objet de ses premières préoccupations.
Comme construction et comme matériel, il faut reconnaître qu'il n'a point perdu son temps. Sur les conseils, d'après les indications et les. plans d'ingénieurs européens et américains, des forts nombreux s'élevèrent rapidement sur le Peï-ho ; une flottille de canonnières fut chargée d'empêcher, le cas échéant, un débarquement dans le golfe de Pe-Tchih-Li. A Fonchow, un ingénieur français construisit un arsenal de premier ordre, d'où sortent aujourd'hui des vaisseaux capables de tenir la haute mer. Les Chinois, qui sont aussi riches que les Japonais sont pauvres, ont en outre fait acheter et construire en Angleterre des croi-
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seurs à grande vitesse. Tout cela mérite certainement considération, tout cela a sa valeur. Des forts, des vaisseaux, des canons, c'est bien : mais des marins, mais des soldats, c'est mieux, — et les Chinois n'en ont pas.
« Dans le nord du Céleste-Empire, on entend souvent parler de Tannée du général Tso. Cette armée existe-t-elle? — On a le droit d'en douter. Le général se trouve actuellement à Pékin : quant à son armée, j'ai vainement essayé de la découvrir. Je ne suis parvenu à rencontrer dans la capitale chinoise que les archers tartares. Tous les matins, ces archers vont, hors des murs, se livrer à des exercices de tir. Mais en fait de soldats armés de fusils européens, je n'en ai pas vu un seul.
a A Tien-tsin, même désillusion. On vous vante les 70,000 hommes du vice-roi Li- Huong-Chang, tous armés, soi-disant, à l'européenne. J'ai tenu à vérifier cette assertion. Je suis allé aux renseignements,
j'ai consulté toutes les personnes les mieux en situation de savoir l'exacte vérité : partout la réponse a été la même. Il en est de la fameuse armée du vice-roi comme de celle du général Tso : elle n'existe qu'en rêve.
« Soyons juste, pourtant : j'ai fini par constater l'existence, l'organisation, de 2,500 hommes, véritablement armés à l'européenne. Ces soldats, cela va sans dire, étaient tous des coolies. Mais il convient d'ajouter quelques détails qui en diminuent singulièrement la valeur et le prestige. Le vice-roi devait rendre visite, dans le quartier européen, à un ministre étranger de passage à Tien-tsin. Un vice-roi chinois ne peut, sans manquer à sa dignité, se dispenser d'une escorte imposante. Celui-ci avait donc racolé environ 500 coolies avec ordre de le suivre. Cette troupe présentait le coup d'œil le plus désordonné. Tous les hommes marchaient à la débandade, et la manière aussi variée qu'hétéroclite dont ils
tenaient leurs armes indiquait de leur part une complète ignorance des principes les plus élémentaires de l'exercice.
« D'où vient cette négligence, ce mépris? L'explication sera courte : les Chinois se savent riches, ils comptent sur leur or. Vienne une guerre, ils se disent qu'avec la seule promesse d'une haute paye, ils se procureront très vite une armée de mercenaires européens et américains. Quant à la marine, les déserteurs des navires de commerce, ils n'en doutent pas, leur fourniront plus de matelots qu'ils n'en auront besoin. Un précédent tout récent les encourage dans cette conviction : durant la guerre du Chili et du Pérou, l'artillerie de cette dernière puissance était servie par des déserteurs européens, embauchés au moyen de promesses brillantes , qui probablement n'ont pas été tenues après la victoire des Chiliens. Les Chinois comptent faire comme les Péruviens. »
Il ne sera peut-être pas inutile de dire
ici quelques mots de ce Li-Hung-Chang, qui, comme on sait, a été chargé de négocier avec notre nouveau ministre à Pékin, M. Tricou1.
Li-Hung-Chang est natif de Seuchou (province de Ngan-Hui). Il est né vers 1830, et a débuté comme plaideur dans les yâmens de sa province natale. Quand les rebelles envahirent le Ngan-Hui, il se trouvait à la tête d'un petit corps d'irréguliers ; il fut appelé à Nankin et devint secrétaire dans Tannée de Tseng-Kwo-Fan, alors gouverneur général des deux Kiang et qui avait eu des succès comme général dans la guerre contre les Taï-pings. Tseng le nomma, en 1861, gouverneur du Kiang-Su. En 1866, Li succéda à son patron Tseng-Kwo-Fan en qualité de gouverneur général des deux provinces de Kiang-Si et de Kiang-Su.
Au printemps de 1870, il reçut Tordre de marcher contre les rebelles de Shen-Si