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DEVANT L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Examen du Rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les conditions du travail EN France. — Salaires et rapports entre ouvriers et patrons, par M. Ducarre.

Voici un document qui peut être considéré comme l'expression de Topinion de nos classes dirigeantes sur la question qui se débat entre le travail et le capital. 11 mérite, à ce titre, une attention particulière. Mais, force est. bien de le reconnaître tout d'abord, ce document, tel qu'il est conçu, prouve, hélas ! que nous sommes loin encore de l'entente, qui serait si désirable pourtant, entre les deux agents dont le concours est néces-

saire pour toute production de richesse, de valeur ou d'utilité : mots qui, en économie politique, désignent une seule et même chose.

Une commission d'enquête parlementaire sur la condition des ouvrier» a été instituée en avril 1872, sur la proposition de M: le duc d'AudiflFret- Pasquier, qui en fiit élu président. Elle comptait, parmi ses quarante-cinq membres, nommés d'ailleurs par les bureaux de l'Assemblée : MM. le comte de Melun, comte Benoist d'Azy, de Chabrol, de Cazenove de Pradine, Acloque, Lucien Brun, vicomte de Cumont, Depeyre, Godin (1), comte de

(1) M* Oodin» do simple ouvrier serrurier, devenn un des plus grands industriels de notre pays, a fondé à Guise, sous le nom de familistère, un véritable palais, où se trouve logé hygiéniquement, confortablement tout le personnel de son usine s^élevant^ femmes et enfants compris, à 1,200 tètes environ. Rétablissement, en sus d*appartemenU particuliers pour les familles, contient des magasins d^approvisionnement, un lavoir et des séchoirs, un cercle avec sa bibliothèque, une crèche, des écoleSé En un mot, rien n'a été négligé ni pour le bien-être ni pour la culture intellectuelle de la population.

dous le titre de Solutions sociales, M. Godin a publié un livre dans lequel il expose les principes qui Tont dirigé dans lUnstitution du familistère ; il en donne les plans et les dispositions de manière à faciliter U tâche aux patrons qui voudraient imiter son généreux exemple.

M. Godin a aussi publié h la librairie de la Bibliothèque démocratique, 9, place Vendôme, quatre brochures sous les titres suivants : Les Socialistes et les droits du travail; — la Richesse au service du peuplé ; — la Souveraineté et les droits du peuple ; — la Politique du travail et la politiqtie des privilèges. Ces écrits sont conçus dans uU esprit diamétralement opposé à celui du Rapport de la commission*

Ker^orlay, vicomte de Meaux, duc d'Harcourt, Target, Tirard, etc.

Entre tous ces honorables, parmi lesquels abondent les gens titrés, à peine se trouvait-il un seul Homme (M* Godin) qui eût pratiqué suocessîvement^ comme ouvrier et comme patron, les conditions du travail, et qui eût en outre, sérieuse- ^ment, sans prévention, pris connaissance des plans de réforme proposés par les novateurs contemporains, ces plans que le Rapport condamne tous en bloc comme chimériques ou même rétrog'rades en comparaison de ce qui est.

La grande commission dont il s'agit sa divisa en trois sous-*commissions : la première, chargée de l'examen de la situation matérielle et écono* inique. Celle-ci eut pour organe M. le comte de' Melun, qui proposa, comme souverain remède, le -retour aux croyances, sinon à tous les us et cou*tûmes, du moyen âge* ~ La seconde sous-commission, à laquelle incombait la question des salaires et des rapports entre ouvriers et patrons, choisit pour interprète M. Ducarre, dont le Rap* port, qui remplit avec ses annexes un volume de 366 pages in^quarto^ a été inséré dans le Journal officiel des 15, 16, 17, 18, 19, 30, gl et îfô novembre 1875.

Des engagements imposés à la commission

d'enquête ' parlementaire par la loi qui l'avait instituée, deux restent à remplir : le rapport de la troisième sous-commission et le rapport général qui devait résumer ses travaux.

Ces deux dernière rapports n'ont point été faits . A quoi, d'ailleurs^ serviraient-ils? L'Assemblée, qui, avec tant de sollicitude apparente, avait nommé cette grande commission d'enquête sur la condition des ouvriers au mois d'avril 1872, c'e<5tà-dire il y aura bientôt quatre ans, a cessé enfin d'exister. Les intrigues de parti, les questions de personnes ont pris une si grande part de son temps et de ses préoccupations que, pendant ces trois années et demie, elle n'a pu trouver un bout de séance pour s'occuper de la grosse question à la- 'quelle elle avait paru vouloir s'attaquer.

Le Rapport de M. Dacarre n'a donc plus qu'un intérêt historique. Néanmoins, comme le sujetqu'il traite a une importance tout à fait capitale et que, certainement, il viendra s'imposer de nouveau à l'attention de nos futurs législateurs, nous avons jugé utile d'en faire un examen approfondi.

M. Ducarre est le fils de ses œuvres. D'un point de départ des plus modestes, il s'est élevé, par d'ingénieuses applications de la science aux arts industriels, à une grande position ; il a même été,

dit-on, blessé glorieusement au champ d'honneur du travail, dans une opération de laboratoire ou d'usine. Ami de la liberté, il lutta dans les rangs de l'opposition républicaine contre l'eiùpire. Elu à l'Assemblée nationale, en 1871, par le département du Rhône, à une plus forte majorité qu'aucun de ses collègues du même département, il a voté à peu près constamment avec la gauche modérée.

Le Rapport se recommandait donc non-seulement par l'importance de son objet, mais aussi par le caractère et les antécédents de son auteur. Pourquoi faut-il que Thonorable député du Rhône n'ait ,produit qu'une élucubration prolixe, aboutissant à cette conclusion ^gne de Pangloss : Tout est pour le mieux dans le régime actuel de l'industrie?

Autrefois du moins on consentait à dire : H y a quelque chose à faire^ . ce qui n'engageait pas beaucoup, il est vrai. Aujourd'hui, l'on déclare carrément : Il n'y & rien à faire, qu'à laisser aller le monde comme il va. Tout ce qu'on y voudrait changer sous prétexte d'amélioration serait rétrogradation pure. Les partisans de l'association, de la coopération, des syndicats professionnels, ne tendent, qu'ils le sachent ou non, qu'à ressusciter, avec leurs abus, les corps de métiers, les maîtrises

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