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LE RAPPORT ET LBS SYSTÈMES ^'ORGANISATION

Au cours mêiae de la Révolution^ le rapporteur rencontré le plto de communisme brutal de Graochus Babeuf, le Manifeste des égmx^ qui faillit mettre Paris à feu et à sang, car une redoutable conspiration avait été oiirdie pour en amener le triomphe par la violence* Mais, au moment d'é" clater^ le complot fut découvert^ et les chefs payèrent de leurs têtes cette audacieuse tentative de bouleverseinent, non plus seulement politique, mais social,

c Arrivons^ continue le Rapport^ aux chercheurs

sérieux. Le premier en date est Saint-Simon qui disait en mourant (1825) à Olinde Rodrigue :

< Toute ma vie se résume en une seule pensée : € assurer à tous les hommes le libre développe- « ment de leurs facultés. » — Sa doctrine répondàit-elle à cette pensée ? »

Le rapporteur n'a pas de peine à faire voir que l'école saint-simonienne aboutissait à une théocratie aussi abusive qu'aucune de celles qui aient pesé sur la tête et sur les épaules des peuples.

« En 1831,. poursuit M. Ducarre (il serait plus exact de dire 1832 ou même 1833), après des tentatives d'organisation à Paris (Ménilmontant), à Lyon, Marseille, le groupe se dispersa ; les hommes de grande valeur qui s'y étaient un instant engagés, portèrent leur activité dans les voyages, les arts et les sciences, dans les grandes entreprises industrielles qu'ils dotèrent du puissant levier de l'association, seule idée neuve, émise par leur école. *

Ici M. le rapporteur de la commission se montre généreux envers l'école saint-simonienne, aux dépens de celle dont il va tout à l'heure parler. L'idée de l'association n'appartient point à la première dont les chefs n'enrichirent de ce mot leur programme et leurs formules qu'après avoir eu connaissance des livres de Fourier, qui donnaient

la vraie et seule tliéorie de Tassociation qu'on ait jamais produite.

Dans les grandes entreprises industrielles où ils intervinrent, les saint-simoniens n'apportèrent, en fait d'association, rien de plus que celle des capitaux. Or, l'association des capitaux était depuis longtemps connue et usitée; elle présida chez nous à la formation des compagnies de chemins de fer et autres analogues, sans que l'influence d'aucune idée théorique nouvelle concourût sensiblement à ce résultat. Bien des années après, sous le second empire, l'ex-pape Enfantin conseilla, au profit de certaines compagnies plus que dans l'intérêt du public, des fusions qui s'accomplirent ; mais l'association véritable, qui doit embrasser tous les coopérateurs, aussi bien ceux qui donnent leur concours en travail manuel que les bailleurs de fonds et les directeurs, l'association n'a rien à voir dans ces fusions intéressées de telle et telle compagnie de capitalistes.

Revenions au Rapport, c L'école de Fourier, y est-il dit, qui succéda à celle de Saint-Simon... » Pardon, Monsieur Ducarre, elle en était pour le moins contemporaine. Les premiers aperçus de la doctrine de Fourier se produisaient dans les journaux de Lyon en l'an XII, à la même époque où Saint-Simon publiait son premier écrit : Lettres

A*un habitant de Genève. En 1808 parot l'ouvragée de Fourier intitulé : Théorie des quatre mowve^ mente et des âeetinéee générales ^ en 1822^ le Traité de V Association domestique agricole ; en 1829^ le Nouveau Monde industriel et sociétaire. On voit par ces dates que^ si récole de Sûint^^Simon par« vint, avant celle de Fourier, à attirer Tattention dtt public^ la doctrine du second se trouvait Gonstitttée depuis longtemps déjà lorsque commencèrent les prédications saint-simoniennes.

Bendons la fiarole à M^ le rapporteur ;

« L'école de Fourier qui succéda a celle de Saint-Simon était plud abstraite, plus philosophique et sentimentale.

t Newton avait trouvé et formulé Tâttraction matérielle qui explique rharmonie physique des mondes ; Ohftrles Fourier crut avoir découvert l'attraction passionne^e qui résolvait le problème de rharmôtûè sociale.

c Chaque homme^ disait Fourier^ a des désirs; il se senf poussé à chaque instant de sa vie par une force intérieure vers raccotnplissement de cer^^ tains actes ou vers la possession de certains objets. Voilà Tattraction passionnée, impulsion donnée par la nature antérieuremeut à la réflexion et persistante malgré l'opposition de la faisons du devoiJ-, du préjugé, etc.

4L& réformateur classait ^ divisait passions^ péMliantg, imàancm^ etc« ; il arrirait & produire le concert) 6 rendre le travail attrayant, en met^ tftôt tout travail à portée de la passioti qui est naturellement attirée vers lui ; il entrait à cet égard dans des détails difficiles à résumer sérieusement.

« Pont appliquer ce système^ il fallait un mi'^ lieu approprié. Foùrier Tappellé le phalanstère, il le définit, le décrit, la dessine* C'est la ruche ôVec ses alvéoles, Tabbaye avec ses cellules h. ^

m Nous n'insisterons pas sur cette ingénieuse conception^ elle séduint nombre de jeunes gens intelligente^ Deux tentatives de phalaiistère à Oondé'^sur^yesgres et à Cîteaux échouèrent ce^ pendant (1). Puis le fouriérisme rentra dans le domaine des théories et des abstractions*

« Les écoles- saint^simonienne et phalanstérienne étaient des conceptions d'un ordre trèsélevé. Elles passèrent au* dessus des masses à resprjt desquelles elles échappaient* Il en fut autrement de l'école icariennô;.. i

L'attraction passionnelle, assez exactement définie par Ms Duèarre, exige cependant quelques explications, afin de faire comprendre le rôle que

(1) des tentatives, on Va, rëpéié vingt fois, né. consîstdrent qu*en préparatifs dressais de la théorie^ préparatif» arrêtés dans leurs cours faute de ressources suffisantes, bien longtemps avant qttë r^Mhi des dis|K»iiiôni iociétàiuss pût être commencé.

Fourier lui attribue comme ressort principal dans son organisation industrielle. Suivant lui, elle tend à trois buts qui sont : 1* le bien-être matériel, le confort ; 2* les liens aflfectueux, principe de toute sociabilité : amitié, amour, famille, sentiment hiérarchique; 3** enfin la distribution par séries^ qui permet seule l'emploi utile, la satisfaction de trois tendances qui existent, plus ou moins prononcées chez tous les hommes et qui sont : le besoin d'émulation, de rivalité; le besoin d'alternance et de changement périodique dans les occupations, dans les plaisirs mêmes ; celui enfin d'une excitation enthousiaste que font naître certaines circonstances de collaboration ou de genre de travail, passionnément adopté.

C'est en s'adressant à ces divers mobiles, c'est par la mise en jeu surtout de ces trois derniers ressorts dans un mode d'organisation industrielle approprié à leur nature et qu'il nommait le système des séries contrastées et rivalisées, que Fourier se flattait de rendre attrayants la plupart des travaux de l'agriculture, de la fabrique et du ménage, réservant pour ceux qui ne seraient pas susceptibles d'attrait direct des rémunérations plus fortes soit en argent, soit en considération et en honneur.

Sans entrer dans tous ces détails, M. le rappor-

teur aurait au moins dû mentionner la formule caractéristique de l'école de Fourier : Association DU CAPITAL, DU TRAVAIL ET DU TALENT; Répartition proportionnelle au concours de chique sodétaire dans ces trois facultés. Parce simple énoncé, il aurait mieux renseigné ses lecteurs sur Tobjet essentiel de la théorie et sur le principe de la répartition dans le phalanstère qu'en disant comme il Ta fait, « qu'elle se fonde sur rharmonie des volontés. »

Si encore on eût indiqué quelques-uns des nombreux et si ingénieux moyens mis en œuvre par l'inventeur du phalanstère pour amener et maintenir cette harmonie des volontés ! les ralliements divers, par exemple, entre la classe pauvre et la classe riche, — à supposer qu'avec les fortunes inégales^ échelonnées, que comporte et qu'exige même la phalange , il dût y avoir encore dans son sein une classe pauvre proprement dite. Tout le monde n'y aurait pas le môme degré d'opulence ; mais personne, à coup sûr, n'y connaîtrait la misère abjecte et le dénûment.

Après ce reproche d'omission adressé à M. le rapporteur, nous devons le remercier de la justice qu'il a rendue sur un point important aux deux écoles saint-simonienne et phalanstérienne, en constatant « que par l'élévation même de leurs

conceptions elles ayaient passé au-dessus des masses à Tesprif desquelles elles échappaient.' >

D'après cela, il est donc tout à 'fait injuste de leur imputer comme on Ta fait souvent, une part dans les réyoltes populaires qui ont éclaté chez nous depuis Tépoque où s'exerça leur propa^^ gande.

D'un autre côté, que pourrait-il revenir à ces deux écoles du blâme exprimé par M. Ducarre dan^ les termes suivants, à la fin de son chapitre sur les systèmes d'organisation du travail 7

c Après cette énumération on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, des immenses progrès du travail industriel français, malgré de longues guerres, le bloeus continental^ quatre révolutions et deux invasions, ou du rare bon sens de la population ouvrière française qui^ résistant aux rêveries, aux aberrations, aux excitations de toute nature, a gardé cette intelligence, cette activité, qui assuretit à nos produits une place d*honneur sur tous les marchés du monde, y

Il semble que les auteurs des systèmes socialistes, si malmenés par lé rapporteur de la commission parlementaire, n'ont été pour rien dans le blocus continental^ dans les guerres, les invasions, et pour très-'peu de chose, en tout cas, dans les révolutions, ces grandeiâ calamités évoquées à

leur propos, on ne «ait pourquoi. Les excitations populaires sont le fait des politiciens, bien plus que des sincères amis des réformes sociales. Ceuxci, inal^ leur préférence pour les pouvoirs élecr tifs, s'accommodent volontiers du gouvernement exists^nt, pour peu qu'il se montre tolérant et libé» rai, tandis que les hommes de parti sont toujours prêts à susciter une révolution pour le triomphe de leur cause. Cela n'est pas moins vrai des soi« disant conservateurs que des radicaux, qu'ils incriminent tant sous ce rapport.

Quoi qu'il en «oit et pour revenir à la théorie sociétaire, ceux qui, pour l'apprécier, n'auraient que l'aperçu présenté par M. Ducarre, en conce-^ vraient à coup sftr une bien pauvre idée. Un cou« vent avec ses cellules ne représente en aucune façon l'habitation de la phalange industrielle de Fourier. Cette habitation, destinée à l'activité féconde, au développement et à l'emploi utile de toutes les facultés de l'ftme et du corps, contient d'abord des salles pour les divers ordres de travaux à exécuter collectivement ; d'autres pour les repas de corps et les réunions publiques ; enfin des log&« ments de famille de prix variés pour les diffé* rents degrés de fortune. Bien donc qui ressemblis moins à un couvent ou à une caserne que le pha^ lanstère.

Le réformateur ne classait point arbitrairement, comme il semblerait résulter des termes du Rapport, les passions, penchants, etc. Mais après une observation attentive et approfondie de ces passions auxquelles tous les hommes obéissent, y compris ceux qui prêchent les autres sur ce point, Fourier découvrit que ces puissants mobiles, sources de tant de désordres dans Tétat actuel, pourraient, dans un milieu favorable à leur essor harmonique, produire autant de biens qu'ils causent aujourd'hui de maux. De là il fut conduit à la recherche de conibinaisons qui permettraient, qui assureraient l'emploi des passions — ces forces incompressibles — à l'œuvre de la production et à tous les services qu'exige la vie sociale. Il vit que la condition essentielle pour obtenir ce résultat, c'était de distribuer les fonctions par séries, à chacune desquelles s'attacheraient un certain jiombre de groupes de travailleurs, échelonnés eux-mêmes de façon à rapprocher les créatteurs de produits similaires et à exciter entre eux une vive émulation. Une autre disposition que la première ïend possible, et facile, c*est la faculté pour chaque travailleur de changer de temps en temps d'occupation, de façon à éviter l'ennui, la tiédeur qu'entraîne nécessairement la fixité dans un même travail pendant toute une moitié de journée

et plus longtemps quelquefois. Ge qui ajoute encore à cette monotonie écœurante, c'est qu'il faut recommencer le lendemain la même tâche sans diversité aucune, et ainsi de suite d'un bout de Tannée à Tautre.

En laissant de côté toutes ces ingénieuses combinaisons' de la théorie de Fourier, combinaisons fondées d'ailleurs sur une étude approfondie de la nature humainç, il est aisé' de lui donner une apparence d'utopie chimérique.

Puisqu'il se décidait à mentionner la doctrine de Tassociation dans un Rapport fait au nom d'une commission parlementaire , l'honorable M. Ducarre aurait dû se renseigner plus complètement sur le fond très-positif, sur le caractère vraiment scientiiîqne de cette doctrine, avant de lui opposer, comme à toutes les rêveries et fan- A taîsies d'autres réformateur^, une fin de non-recevoir absolue. Il aurait vu notamment qu'elle comprend et réaUse quelques-unes des améliorations par lui citées avec éloge, telles que la translation des usines et des ateliers de fabrique dans les campagnes et l'adjonction des travaux de culture aux travaux industriels. Le phalanstère est une entreprise à base agricole sur laquelle se grefifent un certain nombre d'industries.

M. le rapporteur déplore que sur tous les points

de la France les jeunes gens les plus intelligentfi désertent les campagnes, abandonnent la ptrofee^-^ sion de leurs parents, se portent veîs les villéô et les grands centres où les attirent l'espoir de gains plus considérables, la convoitise des plaisirs faciles, et il accuse de contribuer à ces résultats fâcheux l'instruction telle qu'elle est donnée dans les écoles^ où rien de professionnel n'est enseigné.

Nous ne croyons pas que la part de rinstmctioti primaire^ dans le mal signalé, soit aussi grande que la fait M. le rapporteur, d'après les avis de certo-ins comices agricoles. La médiocrité des salaires ruraux comparés à ceux des villes, le mah-> que, non pas seulement de plaisirs illicites, mais encore de distractions et d'amusements honnêtes dans les campagnes, telles sont les deux prlnci* pales causes de leur abandon par tout ce qu'il y â dans la jeunesse de plus éveillé, de phis dégourdi, de plus entreprenant, avec un grain d'ambition au Cœur ou dans la tête. Le goût de la sociabilité et de Tindépendance contribue autant que l'appât des salaires plus élevés à attirer la jeunesse dans les villes.

Ce ti*est point parce que le sol de la France aura été divisé, comme M. Ducârre s'en félicite, en 127 millions de parcelles, reptésentées p&f 14 millions de cotes d'impôt, qu'où arrêtôî-a de fu-

nesle mouvement d'émigration des campagnes Vers les grandes -ailles. Rien de plus triste, rien de plus contraire à l'avenir de notre agriculture, que ce morcellement excessif, que Cet effritement de la terre, qui ne permet déjà plus , dans certaines contrées, Télevage des chevaux et du gros bétail.

Ce phénomène du déplacement de la population rurale est une réponse à certaines assertions optimistes du Rapport. S'il était aussi facile qUe ce document Taffirme, de passer de la position de valet de ferme à celle de petit propriétaire foncier, on ne verrait pas tant de domestiques abandonner le travail des champs pour aller chercher fortune dans les villes. A qui d'ailleurs pense-t-on faire illusion avec ce chiflÊre de neuf millioî^s de propriétaires? La moitié pour le moins de ces propriétaires ne pourraient pas vivre du mince produit qu'ils tirent de leurs petits lopins de terre. Il leur faut, pour ne pas mourir de faim, trouver à s'employer dans les fermes de leur voisinage. L'accès de tous à la propriété du sol ne saurait avoir lieu sans préjudice pour l'agriculture elle-même qu'à une condition : c'est que cette propriété soit transformée en actions^ permettant l'exploitation unitaire de domaines d'une certaine étendue, quel que soit le nombre de possesseurs des titres re-^

-représentant la propriété des susdits domaines. Ce sera l'application à l'industrie agricole de ce qui se fait déjà pour une partie de nos mines, de nos forges et de nos grands établissements manufacturiers, qui appartiennent à des compagnies d'actionnaires.

C'est vers l'association qu'il faut tourner ses vues pour remédier aux maux de l'état présent de l'industrie, à l'antagonisme des ouvriers et des patrons, en d'autres termes des salariés et des capitalistes. Car le rapporteur fait bien voir que les syndicats professionnels, recommandés comme une sorte de panacée, syndicats de patrons d'une part, syndicats d'ouvriers d'autre part, ne faisant pas cesser l'opposition d'intérêt entre les contendants, n'auront d'autre effet quelquefois que d'accentuer les dissidences et de rendre plus aiguës les crises. D'ailleurs, l'établissement des syndicats n'est guère possible que dans Paris et dans quelques autres grandes villes.

Malgré sa disposition à voir tout en beau dans le régime industriel de l'individualisme absolu et de la libre concurrence sans frein ni règle, M. Ducarre avoue cependant qu'il en résulte parfois une production excessive qui avilit les prix de vente et ruine les producteurs, ouvriers et patrons. « Il y a là, ajoute-t-il, une question de mesure qui sera

toujours la grande préoccupation dés industriels et des patrons. >

Mais dans l'état actuel d'incohérence où chacun de son côté produit au hasard sans savoir d'ordinaire ce que font de leur côté ses concurrents, quels moyens peut-on avoir d'apprécier cette question de mesure? Ajoutez à cette cause d'obscurité les complications provenant des spéculations commerciales, des accaparements, etc.

M, le rapporteur est bien obligé de reconnaître aussi que sous le régime, objet de toute sa prédilection,' il n'y a plus d'apprentissage sérieux et que par conséquent il ne se forme pour ainsi dire plus d'habiles ouvriers. C'est là un inconvénient qui n'est pas de peu d'importance au point de vue de l'intérêt des patrons eux-mêmes et de l'avenir de notre industrie.

A tout ce que M. Ducarre allègue contre les grèves^ plus onéreuses, plus funestes encore aux ouvriers qu'aux patrons, je donne bien volontiers mon assentiment.

Mais, dans les considérations qu'il émet à ce propos, il y a lieu d'éclaircir certaine confusion.

En parlant des préventions que rencontre le régime de la liberté individuelle du travail chez les patrons et les ouvriers, M. le rapporteur dit :

« Dans les deux camps on ignorait que loin

d'être opposé» et rivaux, le§ iuté?êta 4e3 putrons et des ouvriers sont liés par une étroite solidarité, qu'il n'y a pas de vépitable prospérité pour une industrie quand Touvrier n'y trouve pas une équitable rémunération, quand il n'y est pas af rapohi de la crainte du {chômage et du moiique de travail. 9

Sans douta, à un certain point de vue, les inté^ rets des patrons et des ouvriers sont solidaire», Il leur importe, aux uns et aux autres, par exemple, que les commandes et les marchés et les débouchés avantageux ne leur manquent pas, non plug^^^e les matières premières* Sous ce rapport il y a solidarité entre eux ; mais cela empecbe-t-il que sur le taux du salaire ils ne soient en opposition directe d'intérêt? A* Smith le constate for-*» mellement* «Les ouvriers, dit-il, désirent obtenir le plus et les maîtres accorder le moins qu'ils peuvent. »

Pourquoi nos éconamistes, tout en se disant les disciples et les continuateurs d'A, Smith ^ affectent-ils de ne point voir cette contrariété d'intérêt, qui est Torigine de toutes les mésintelligences entre ouvriers et patrons, la cause des coalitions et des grèves, et de tous les maux, de tous les dé* sordres qui en sont la conséquence ? Pour en finir avec ces crises, il faut trouver le moyen d'acoor-

der le» deux intérêts actuélkmeiit opposés §t en lutte.

€ Il n'y a pas, dit M» Puçe-yre, dQ vérita,ble pro&r périté pour une industrie, quand Touvriar n'y trouve pas une équitable rémunération, qupud il n'y est pas affranchi de la crainte du chômage et du manque de travail. »

C'est précisément parce que ces conditions ne sauraient jamais être garanties dans l'état d'incohérence qui caractérise notre régime industriel que les novateurs socialistes en ont demandé la réforme, objet pareillement des aspirations de plus en plus conscientes des ouvriers. Nier systématiquement les vices de l'état présent du travail et en exalter les avantages comparativement à la réglementation abusive du passé, ce n'est répondre ni aux justes critiques des premiers ni aux g-riefs fondés des seconds.

En s'exprimant comme le fait M. Ducarre dans les lignes dernièrement citées de son Rapport, on ne prend pas garde qu'on pose de beaux principes, constamment démentis par la réalité telle que la produit la constitution actuelle de l'industrie.

La rémunération insuffisante, surtout en ce qui concerne les simples manouvriers et les femmes ; pour tous, à peu près, le retour périodique du

chômage et des interruptions de travail, y sont la règle et non pas Texception. A cela point de remède en dehors d'une organisation du travail qui associe le capital et le travail, les directeurs de l'i^ustriè et leurs coopérateurs de tous les degrés.

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