‹ La question du vase de sangChapitre 2 sur 101 · DIOGENES PATER INFELIX · texte numérisé non relu

DIOGENES PATER INFELIX

(i) « Epitaphia martyrum. Item illorum qui^ex calice sanguinolcnto tt sepulchris adposito^ martyrum in numéro habiti sunt. » (CoUectio Vaticana,i, V, p. 361.)

(2) M. Mariai^ Degli aneddoli di G, Marini ^ p. 83. L'inscription du martyr saint Hyacinthe, découverte par le savant P. Marchi, est venue condamner Topinion de Marini (Marchi, Monumenti délie arli crisliane, ArchiteUura,p\. xtvni).

(3) M. Marini, ibid.

Marini s'émeut de ces paroles, et, dans une note conservée par la fidélité du savant éditeur, il se demande s'il est bien possible que le père d'une vierge martyre parle ainsi de son infortune (1). 11 y a certes loin de cette plainte à l'héroïsme de la mère chrétienne qui livre au bourreau le fils de ses entrailles , et trouve encore la force de chanter les louanges de Dieu (2) ; mais est-ce bien faire la part du cri de la nature, et l'illustre antiquaire de Modène n'a-fr-il pas bien le droit de relever ici l'exagération d'un semblable

(1) CoUectio Vatkana, t. V,p. 427, note 8 : « Porro quis credat christia- « num Tiram se appellasse infelicem patrem filiœ martyris? » Cest ainsi que, dans une œuvre qui ne devait point voir le jour (Ballet, dell , InstU. archeoL^ 1845, p. ioO), Marini discute avec lui-même'la valeur de certains monuments. Il transcrit et condamne encore (p. 3, no 1) une inscription considérée autrefois comme chrétienne. Son recueil accuse à chaque page un classement sommaire et provisoire, et rien ne montre plus clairement le vice des publications posthumes. On y voit insérées sans révision toutes Irs inscriptions attribuées autrefois à des martyrs, celles que marquent seulement la Couronne (p. 456, d9 7) et la Palme (p. 367, i ; 374, 5; 379, 8; 384, 3; 392, 8; 434, 2), depuis si longtemps abandonnées; les fausses chaudières ardentes (p. 376, 6; 422, 4) et les prétendus instruments de supplice (p. 363, 1; 388, 7; 407, 7; cf. p. 470). J'en trouve d'autres qui ne portent aucun signe (384, 2; 411, 6; 416, 4},^ que repoussa, il y a deux siècles, le jugement de Tautorité ecclésiasUque (456, 7; cf. Mabillon, De cuUu sanct. ignat., p. 77); d'autres enfin,, et celles-là sont nombreuses, que Marini frappa lui-même d'une trop juste suspicion (361, 4; cf. Giornale de' lelterati di Pisa^ t. VI, p. 49; 458, 1 ; note. Voir, ci-dessus, p. 10 notes 2 et 3). L'autorité de Marini ne couvre donc en rien les monuments provisoirement classés dans ses. Epiiapl^a marlyrum,

(2) Prudent. Periêleph. ^h^mn. x, v. 831838.

scrupule (1)? Tel est aussi mon sentiment, car l'homme suivra toujours la pente de son cœur, et, malgré tout l'effort d'une résignation profonde, saint Augustin se surprit à pleurer sa mère (2).

Plus d'un marbre de même nature dut encore arrêter Marini, car d'autres tombes à Vase de sang portent aussi des formules désolées (3).

Le savant cardinal qui se fit l'éditeur de son œuvre acceptait-il, pour sa part, ce que l'antiquaire n'osait admettre? Je ne sais, mais, à quelques pages de la note qu'il a voulu nous conserver, Angelo Mai se demande si, malgré la présence du Vase, une inscription ne pourrait point appartenir à une chrétienne du vi* siècle dont rien ne nous apprend le martpe (4).

Et pourtant, ces marbres sont solidaires, car un signe

(1) Cavedoni, Ragguaglio dei Monumenli délie arti cristianey p. 15^ note.

(2) Confess.y ix, 12. Saint Damase (Garm. xxxi) dit aussi dans Tépitaphe de sa sœur :

NON TIMVI MORTEM CAELOS QVOD LIBERA ADIRET SED DOLVl FATEOR CONSORTIA PERDERE VITAE.

Voir encore Prudent. Peristeph,, hymn. xi. De S. Hippol.^ v. 133 etsuiv., et les Actes des Apôtres, \ui, 2.

(3) ColL Val., t. V, p. 425, 7, et 426, 3.

(4) « Estne hœc Rusticiana illa nobilissima Gregorio Paps nota, de « qua ego locutus sum in commentaiio de Symmachorum gente (p. 45, « 46) ? Verum tamcn, si rêvera martyr est, Gregorii œtale fuit antiquior. » (P. 447, note 1.)

commun leur fait une condition commune. Hésiter en face d un seul, c'est les frapper tous à la fois.

Déjà donc le doute s'est élevé dans la conscience des catholiques, dans celle même des pasteurs de l'Église (1), et la présence du Vase de sang n'a point suffi à en arrêter l'expression. Qu'il soit donc permis à un laïque d'examiner, après ces savants maîtres , la question du signe de martpe, et de chercher, à son tour, la vérité et la lumière.

Un point se présente tout d'abord qui dicte et commande la réserve. Le mot martyr est rare aux Catacombes, et, par leurs importantes recherches, le R. P. Marchi, le savant chevalier de Rossi, en ont acquis et répandu la preuve. Le résultat des fouilles s'accorde avec le témoignage de l'histoire. Tous ceux qui souffrirent pour la foi n'obtinrent pas le titre de martyrs. L'Église dans sa prudence, se réserva de conférer ce nom, défendant d'honorer ceux dont la passion n'était pas sanctionnée par son jugement suprême (2). Il était des fidèles immolés sans qu'on pût en établir la

(1) Voir encore ci-dessous, p. 33, note 2.

(2) On sait la réprimande adressée à Lucile par le diacre Caecilianus :

t Quœ an te spiritalem cibum et potum, os nescio cujus martyris,

K si tamen martyris, libare dicebatur; et quum prseponeret calici salu. « tari os nescio cujus hominis mortui, et si martyris, sed necdum yin- « dicati, correpla, cum confusione irata discessit. » (S. Optati Milev. Opéra, éd. Paris. 1676, p. 18. De schismate Donatistarum , 1. 1; cf. Mabill., Prœfai. in Sutc. V. Benedict., n» 95.)

preuve ; il était des victimes imprudentes dont on repoussait le sacrifice (1). Ainsi le montrent les textes, ainsi le montrent les Catacombes. Le Vase de sang romprait cette harmonie. A côté des rares monuments où se grava le titre de martyr y il existerait un signe indirect désignant à la vénération publique des centaines de tombes dépourvues de ce titre, un signe appliqué à la hâte, à Theure de Tensevelissementy avant même que l'Église se fût recueillie et prononcée (2). C'est là ce que je ne saurais croire, car tout vient attester chez nos pères le respect de la discipline.

(i) Conc, Mb, y c. Lx : tt Si quis idola fregeril et ibidem fueril occisus^ a quia in Evaiigelio noB est scriptum nec inveDitur ab apostolis unquam « factum, placuit eum in numerum non recipi martyrum. » S. August., t. IX^ col. 568^ éd. Bened. Breviculum collatUmiê cum Dùnatistis^ aies ni, c. XIII, § 25 : a In eisdem etiam litteris lectum est, eos qui se ofiforrent c( persecutionibus non comprehensi, et ultro dicerent se habere scriptu- « ras quas non traderent, a quibus hoc nemo quaesierat, displicoisse < Mensurio et ab eis honorandis eum prohibuisse cbristianos. r> Cf. De martyrio S. Polycarpi, c. iv : oOx èiraivoû|jL€v toùç 7cpo<n6vTaç lauroî;. Acta Proconsularia S. Cypriani , c. i : Cum disciplina prohibeat ut quis se ultro

proférât (Ruinart, iicta sincerûy éd. 1713, p. 38 et 216.) S. Cypr,

Opéra, éd. Lips., 1. 1, p. 254, epist. lxmi : ....Nec quisquam vestrum aliquem tumultum fratribus moveat aut ultro se gentilibus ofierat.

(2) L'apposition immédiate des Vases ne semble point douteuse, a Noi a per appunto, dit Boldetti, gli troviamo per ordûiario ailQssi e mimiti a a' sepolcri nella calcina, con cui furono stabilité le tavole o di marmo a 0 àï terra cotta. » (P. 180.) Ce fait est d'ailleurs attesté par l'aspect des monuments comme par la présence assez fréquente de l'ampoule de verre dans Tintérieur même des sépultures. (Voir ci-dessous, p. 35, note 3.) Boldetti en a trouvé une scellée au revers de la plaque de marbre qui fermait un tombeau (p. 181).

Je ne nie point qu'aux Catacombes de généreuses victimes ne dorment inconnues, que des tombes obscures et modestes, perdues au milieu de sépultures vulgaires, ne recèlent de précieuses reliques ; je trouverais un démenti dans l'histoire, dans le nombre de ceux qui périrent pour le Christ. Telle ne saurait être ma pensée, et je me reprocherais d'affaiblir chez autrui le respect que m'imprime la Rome souterraine ; mais où TÉglise n'a pas prononcé, je n'ai pas le droit de reconnaître un martyr, si je ne veux, dans mon erreur, m'incliner parfois devant des restes indignes.

Descendons maintenant au détail.

En publiant l'inscription d'une tombe marquée, dit-il, des signes du martyre, Lupi s'étonne de sa date ; il ne trouve, en 374, aucune trace d'édit de persécution, et attribue le meurtre qu'il suppose aux ariens ou aux païens des campagnes (1). Il n'est certes pas douteux qu'après le triomphe de l'Église, des fidèles ont encore souffert pour la foi ; mais si le savant Jésuite s*est étonné de ce seul monument, qu'eût-il pensé en retrouvant encore, entre les années 362 et 400, quatre épitaphes au moins qu'accompagne le Vase (2) ; s'il eût su que, pour tant d'autres,

(i) EpUapkium Severœ fMrtyris, p. 98.

(2) Pour deux de ces marbres {Coll. Vatic., t. V^ p. 397, 3, et 433, 7), la présence du Vase est mentionnée; pour deux autres (p. 418, 2, et 446^

le Chrisme décrit par Eusèbe (1) semble accuser, avec toute certitude, un temps postérieur à Tavénement de Constantin ?

D'après les monuments connus, Marini fixait au début du iv« siècle l'apparition du Chrisme sur les marbres (2), et les découvertes nouvelles n'infirment point ce résultat. M. le chevalier de Rossi, dont l'expérience est si grande, n'ose attribuer aux premiers temps chrétiens onze épitaphes marquées de ce groupe. Parmi les 10,000 inscriptions sorties des seules fouilles de Rome, aucun moniment certain ne le présente avant le règne de Constantin , et de nouvelles découvertes pourraient seules, dit le célèbre antiquaire, modifier im fait acquis à la science (3)* Les galeries des Catacombes dont il a su retrouver l'âge confir-

5)^ elle est également certaine, puisque, au temps où ils ont été trouvés, on ne tenait plus compte des autres signes de martyre. (Bened. XFV Opéra, éd. cit., t. IV, p. 668.) Alors même que cette marque est jointe aux inscriptions qu'il enregistre, le savant antiquaire ne Ta pas toujours indiqué dans ses notes. J'ai dû ainsi, par un excès de prudence, écarler deux autres monuments datés de 358 et de 367, pour lesquels la mention manque dans le recueil de Marini, bien que le Vase de sang les accompagne sans doute. (Coll. Fa^, t. V, p. 403, 4, et 445, 4.) (i) De Vita Constant., 1. 1, c. xxxi.

(2) M. Marini, Aneddoli di G. Maiini, p. 83 : « Si trova la prima volta n con sicurezza in un marmo dell' anno 331. » Zaccaria, qui veut défendre l'antiquité du Monogramme, est toutefois contraint de reconnaître que Texamen des marbres datés vient condamner son sentiment. (Dissert. latinœ,i. I,p. H2.)

(3) De chrisiianis monumentis ixevN exhibeniibus, p. 8 et 9.

ment chaque jour, par leurs inscriptions mêmes, le témoignage des monuments connus, et Tabsence du Monogramme y devient, à ses yeux, une grave présomption d'antiquité (1).

La numismatique apporte sa part de preuves, car, avant Tannée 330, date de la translation de Pempire, ce signe n'apparait point avec certitude sur les monnaies (2).

Et pourtant les marbres à Vase de sang sont fréquemment marqués du Chrisme.

Comptez ces antiques épitaphes que Marini prit soin de réunir : leur chiffre s'élève à 427. Sui* ce nombre, 335, qui ne portent aucun signe, peuvent appartenir aux trois premiers siècles ; 92 autres présentent le Monogramme , et sont ainsi, selon toute apparence, postérieures aux persécutions païennes (3). Je sais que l'on a rattaché à des op-

(i) De christ, monum.^ etc., p. 27.

(2) Feuardent, Essai sur les médailles de Constantin portant des signes de christianisme (Revue numismatique, nouv. série, t. I); Cavedoni, Utcerche critiche intomo aile medaglie di Costantino insignite di simboli cristiani, p. 7; cf. p. 16. Ajoutons que, jusqu'à cette heure, le premier exemple du Chrisme, relevé siu* un édifice public, ne remonte pas au delà de 377. (De Rossi, dans Mommsen, Jnscr, Helv.^ p. 3.)

(3) Je dois expliquer ici comment j'ai formé ces chiffres. Ainsi que je l'ai dit plus haut, Marini, dans ses notes sommaires, néglige parfois de mentionner l'existence du Vase. J'ai donc repris, Fun apiès Tautre, les articles de ses Épitaphes de martyrs relatifs à des marbres des Catacombes, cherchant sur ce point, chez les premiers éditeui's, des indications positives. J'ai tiré de celte rc vision les éléments de mon relevé. Les inscriptions pour lesquelles je n'ai pu trouver la certitude, bien que le

— 18 = pressions plus récentes les sanglantes exécutions dont le Vase a paru le témoignage (1) ; mais est-ce bien là, telle qu'on la doit comprendre, l'exacte proportion des martyres avant et après le triomphe de TÉglise ? L'histoire ne permet pas de le penser , et je place ce fait numérique au rang des plus graves objections.

Les chiffres me serviront encore , car je sais toute leur éloquence, et j'aime à invoquer leur secours.

Dans la liste où Baronius énumère les martyrs de Rome, je trouve 311 noms de saints, et seulement 73 noms de saintes (2). Cette large différence se pressent tout d'abord, et, malgré le courage des vierges et des épouses, l'énergie supérieure de notre sexe devait ici nous assurer le premier rang. Si les Vases indiquent les martyrs, leur chiffre reproduira la même proportion ; mais l'épreuve n'est pas douteuse , et la balance est presque égale entre les chrétiens et les chrétiennes dont ce signe vient marquer les tombes (3).

Vase les accompagne sans doute ^ sont pour la plupart inédites et tirées de documents manuscrits auxquels je n'ai pu me reporter. Elles sont au nombre de 207; 38 d'entre elles présentent le Monogranmie. Uadjonction de leur total ne trouble donc point sensiblement la relation signalée.

(i) Cl. Gardinaii, Atti delVAcademia romana d*archeologia, t. H^ p. 242 et 247; Morcelli, Comment, ail' iscr. sepolcr. di S. Agape, marL, §§ 7 et 8. le cite sur la foi d'autrui cette dissertation^ que je n'ai pu me procurer.

(2) Martyrd. rom.. Index tapographicus, v« Romœ.

(3) Dans le recueil de Marini, 221 tombes à Vase de sang appartien-

Je Tai déjà dit ailleurs (1), il est, chez les fidèles, deux sortes d'acclamations sépulcrales. Les premières, tout affirmatives, montrent la confiance dans la prière, connue la foi dans la miséricorde divine : « te scnivs in >^ (2), » dit une iascription qui rappelle les paroles des compagnes de sainte Radégonde (3) : « Tu vis en Dieu (4) ; tu vis dans sa gloire et dans la paix du Seigneur (5). » D'autres formules, plus timides, ne contiennent qu'un humble vœu : « Puisses-tu vivre en Dieu (6) ! — Puisses-tu vivre dans le « Seigneur (7) ! — Que le Christ te reçoive (8) !» A deux chrétiens. Ton souhaite le « rafraîchissement » céleste (&), qui est le salut étemel (10).

ncDt aux hommes; les femmes en comptent 205. Si Ton ajoute les marbres pom* lesquels la présence de ce signe ne m'a pas été démontrée, le premier chiffre s'élèvera à 322, le second à 312.

(i) RépoMe à une lettre du i S janvier 1680, dans le Correspondant du 25 juin 1858.

(2) Marini, Iscrizioni Albane, p. 37.

(3) Gregor. Turon., De glor, conf.j c. cm.

(4) Boldetti, p. 418.

(5) Marangoni, Acta S. Viclorini, p. 69.

(6) Colkct. Vatic,, t. V, p. 381, n» 4.

(9) P. 419, 3, et 420, 4.

(10) Réponse à une lettre du 13 janvier 1680. Sur deux inscriptions que Marini classe parmi les épitaphes de martyrs, sans mentionner toutefois la présence du Vase, je trouve encore l'acclamation CESQUAS (quiescas) BENE IN PAGE (p. 385, 1), et cette autre, qui souhaite au mort son admisâon au paradis {Réponse à une lettre, etc.) : ISPIRITVS TVS IM BCKO

Et pourtant ces modestes prières, inapplicables à ceux qui périrent pour la foi (1 ), des tombes de martyrs les portent, si Ton accepte le signe du Vase ; d'autres, que ne distingue aucune marque, présentent les formules où éclate la confiance.

Mais je n'ai pas tout dit encore ; devant une recherche sérieuse, les difficultés se multiplient. Sur les tombes saintes, un seul mot, je le sais, dit le sacrifice du fidèle :

SIT (p. 446, 8). Sans Texistence du signe qui nous occupe, Marini n'eût certes point admis ces marbres, que le Vase a pu seul faire attribuer à des martyrs, et la distinction que je propose a surtout pour but de montrer toute ma respectueuse réserve dans une question dont la gravité m'est connue.

(1) S. Aug. De verbis apost., serm. CLIX, t. V, col. 765 : a Ideoque habet ecclesiastica disciplina, quod fidèles noverunt, cum martyres eo loco recitantur ad altare Dei, ubi non pro ipsis oretur; pro cœteris autem commemoratis defunctis oratur. Injuria est enim pro martyre orare, cujus nos debemus orationibus commendari. » Cf. col. i 143, serm. GGLXXXIV, 5 : «Namque merito pro aliis defunctis dormientibus orat Ecclesia; pro martyribus non orat, sed corum potius orationibus se commendat. » Col. 1 147, serm. CCLXXXVI, 5 : a Pro aliis fidelibus defunctis oratur, pro martyribus non oratur; tam enim perfccti exierunt ut non sint suscepti nostri, sed advocaU. y* Col. 1204, serm. CCXCVII, 3 : « Unde, quod norunt fidèles, distincti a defunctis loco suo martyres recitantur, nec pro eis oratur, sed eorum orationibus Ecdesia eonmiendatur? y> T. ffl, col. 516, tract. LXXXIV, In Joh, Evangel. : a Ideo quippe ad ipsam mensam non sic eos (martyres) commemoramus quemadmodum alios qui in pace requies* cunt, ut etiam pro eis oremus, sed magis ut ipsi pro nobis, et corum ves-

tigiis adhœreamus. n Innocent lU écrivait de même : a Quia cum

sacrae Scripturœ dicat auctoritas quod injuriam facit martyri qui orat pro martyre, idest ratione simili de sanctis aliis scntiendum qui orationibus nostris non indigent, etc. » Regest., 1. V, cxxi. Johanni quondam episcopo Lugdunensi. Edit. Migne, 1. 1, col. 1122.

« Corneille, mai*lyr (1). — Hyacinthe, martyr (2). » Rien de plus, et j'admire ici la touchante simpUcité des premiers âges. Mais admettons qu'un éloge ait pu s'inscrire sur de telles sépultures , comment alors en comprendre l'insignifiance? « C'était une merveille de jeunesse (3); a un miracle de beauté et de bonne grâce (4) ; elle m'a « donné trois enfants (S) ; elle était humble et affable avec « tous (6). » Voilàles inscriptions que le Vase accompagne, et l'admiration des fidèles n'aurait rien trouvé au delà pour les tombes de saintes victimes. Et pourtant, sur plusieurs de ces marbres, les détails abondent souvent. Ici c'est une femme qui a vécut trente anniées, et fut mariée

(1) CORNEUYS MARTYR

EP

De la Catacombc de saint GaUlste. Aujourd'hui au musée du Collège romain.

(2) DP III . IDVS SEPTEBR

TACINTHVS MARTYR

(Marchi^ Monumenti délie arU cristiane, Architeltura, tav. XLVIII.)

(3) CoUeci. VaOc., t. V, p. 369, n» 2.

(6) P. 446, m 9. Sur deux autres insciiptions comprises par Marini dans ses Epitaphia marlyrum, sans mention formelle du Vase, je trouve les éloges suivants : a Elle m'a été fidèle d (p. 452, n^ 5); « nous avons vécu sans nuages » (p. 442, 2; cf. p. 439, 4), formule incolore et banale fréquente sur les marbres païens.

« un an, quatre mois et quinze jours (1) ; » une autre « resta veuve soixante ans et ne voulut point être à charge « à l'Église (2). » Un soldat énumère ailleurs les détails de ses services et de sa vie (3). Du martyre, pas une parole.

Mais le silence n'est pas toujours ce qui vient le plus m' étonner, et, tout habitué que je sois à l'emprunt des antiques formules, je ne puis lire sans surprise, sur les tombes prétendues saintes, les tristes et froides sentences de répigraphie des païens. Redoutant l'heure fatale où l'homme périssait tout entier, les Gentils cherchaient souvent, contre la nécessité commune, les consolations de la philosophie. Parfois on se riait de la mort : « Je n'étais pas, je ne suis pas; que m'importe (4)? » Ailleurs, l'épitaphe disait au défunt : « Prends courage, nul ici-bas n'est immortel (5). » Ces expressions du sentiment païen, des tombes à Vase de sang les portent : l'une souhaite le bonheur au mort en lui prêtant un amer regret de la

(4) p. 445, u? 2. Voir une inscription semblable^ p. 419, n® 4.

(3) P. 459, n^ 3. Voir encore la singulière mention gravée sur la tombe d*unc femme, p. 453, 1 .

(4) Cf. , sur cette formule , Tintéressante note de l'abbé Cavedonî , Mmeo del Catajo, p. 1 i 5 et 1 16.

(5) Marini, Iscrizùrni AWane, p. 129; Cavedoni, Marmi Modenesi, p. 143, m, etc.

vie (1); Tautre présente de bizarres pai*oles: «Nous H n'étions pas et nous étions ; nous ne sommes pas, nous « ne regrettons rien. C'est ici que nous arrivons tous ! ï> Et, après de tels mots, — le croirait-on? — la douce formule des fidèles : « A Philomène, en paix (2) ! »

Ailleurs^ par une méprise étrange, des tombes accompagnées du Vase portent cette invocation aux mânes (3) que Mabillon attribue nettement à des chrétiens imbus encot t' des superstitions païennes (4).

Ainsi, sur ces marbres vantés qu'on s'attend à trouver sans reproche, nulle ne manque de ces formules qui, dans

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