‹ La question du vase de sangChapitre 24 sur 101 · Martigny, Dict, des antiq, chrét., p · texte numérisé non relu

Martigny, Dict, des antiq, chrét., p

Mais on peut se demander pourtant si^ après un si long espace de temps, il est possible de trouver des réactifs capables de faire réapparaître le sang sur des verres qui ont été à travers des siècles soumis à toutes les variations de la température, et où la matière déposée, quelle qu'elle soit, a dû nécessairement se corrompre».

Des expériences récentes faites en Angleterre rendraient assez douteuse la présence du sang dans les vases de verre. Des morceaux de verre provenant de soixante vases ont été soumis par le chimiste attaché à l'observatoire de Greenwichj à des expériences physiques et chimiques, en présence d'un catholique lui-même fort compétent en ces matières. Voici les conclusions mêmes de ces expériences :

r Le dépôt rougeâtre n'est pas sur le verre, mais dans le verre, souvent sur le dehors aussi bien qu'en dedans ;

2" Il consiste en oxide de fer (peroxide ou binoxide), ou pur ou bien laissant apercevoir des traces de potasse et de soude; mais point de traces de tartrates, lesquelles traces devraient paraître si l'on avait là un dépôt de vin»;

f" Le dépôt est vingt, trente, cinquante fois en plus grande quantité que n'en produirait le fer contenu dans le sang ou le vin rouge qui aurait rempli le verre;

4" Tout verre contient un peu de fer, le verre d'un gris grossier, comme est le vieux verre romain en contient plus de cinq pour cent; le verre fin en contient beaucoup moins;

5^ Tout verre tend à décomposer ses éléments; il se forme en lames, le fer devient crystalloïde et se dépose sur la surface des lames vitrées ;

6" Il n'y a là qu'un exemple particulier d'une règle générale. Dans toute masse composée, une polarité ne tarde pas à se manifester : les atomes ^ont tous en mouvement; quelques-unes des parties composantes deviennent colloïdes, c'est-à-dire prennent la forme de gelée; d'autres deviennent crystalloides ; les alômcs crystalloides percent l'aggrégation colloïde, et se déposent à la surface. — On a récemment découvert que la colloïdité et la crystalloïdité sont diverses formes accidentelles de la substance, aussi bien que la liquidité et la solidité 3.

Il résulterait donc de ces expériences que le sédiment rougeâtre déposé dans les vases de verre ne serait dû qu'à l'action du temps et non pas à la persistance d'une matière quelconque placée autrefois dans ces vases. Dans ce cas, si je conclus bien, ni les adversaires, ni les défenseurs du signe ne peuvent plus les invoquer. Il ne reste que les documents historiques primitifs dont on puisse se servir dans la discussion. On a vu la force des objections. Je dois dire qu'elles

1. V- les lettres de deux chimistes belges dans le De Phialis rub., p. 203 et suiv. notes.

2. Plusieurs chimistes nient même dans ce cas la nécessité de la persistance des tartrates.

5. Des expériences faites à Turin en 1864, auraient amené des résultats différents; mais comme on a trouvé dans ces expériences des matières que Tantiquité ne connaissait paSj on peut croire qu'elles n'ont pas été conduites avec toute la rigueur désirable. V. Ë, L^Bidinif D'une publication nouvelle.,. y p. 17.

n'ont pas paru suffisantes à une congrégation romaine composée certainement de savants et de théologiens.

Mais la question nVst pas résolue par ce décret, et la science, désintéressée, exacte, persévérante, finira comme toujours par triompher- A chacun de nous, par un travail assidu, de hâter le moment de son triomphel

Extrait de la Revue critique d^histoire et de tiîtéralure, 1872, t. ITj n~ 36, 37 et 38.

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.

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