LE 10 JUILLET
L'usage s'est introduit dans nos facultés de lettres, de publier des thèses qui forment de véritables volumes. En bien des facultés étrangères, on n'est pas si abondant; et il est même en France telle thèse d^ médecine, par exemple, qui fait époque dans la science sans avoir dépassé deux feuilles d'impression. Les Allemands, qui ne laissent pas de publier des thèses intéressantes (bien que je ne les admire pas outre mesure), ne me semblent point avoir communément adopté les dimensions que prennent la plupart de nos thèses pour les lettres depuis quelques années.
Dans le cas présent, mon intention n'est pas de m*en plaindre ; attendu que Tun des sujets choisis par M. le comte Paul Riant, avait été fort peu mis en lumière jusqu'à nos jours dans les travaux historiques français, et peut-être même chez les peuples de civilisation norraine *. Il s'agit des Expéditions et pèlerinages des Scandi^ naves «n Terre Sainte au temps des croisades. Mais da^is Pespèce^ comme TtAi dit, pourquoi une thèse serait-elle un volume? Cela conduit nos jeunes aspirants à rédiger des travaux qui ne sont pas de leur âge. Le P. Sira^ond, que Ton peut bien donner pour modèle à': Térudition française, éu.it d'avis qu'on ne doit pas imprimer avant d'avoir atteint la cinquantaine. Cda pourra sembler un long délai à beaucoup de nos contemporains. Mais aussi, combien de repentirs s'épargnerait- on en suivant cette règle ! T«l, arrivé à cinquante ans, voudrait bien pouvoir effacer mainte page écrite dans sa jeunesse, et qui restera comme une trace de rédaction trop hâtée, lorsque lui manquait encore l'expérience acquise par des études plus mûries ; surtout quand il s'agit de recherches critiques. Les belles-lettres même ne gagneraient-elles pas à un tel régime^ si elles voulaient
* Cette expression employée par Tauteur, a Pavaniage de réunir le Danemark, la Suède, la Norvège et les provinces insulaires qui 8*7 rattacbaienr. En bien d'autres cas, des noms de lieux, que nous avons rbabitude d'écrirs d*après l'orthographe allemande (Drontheim pour. Throndbjem, etc.), sont resti- Uiés d'après la forme norraine; et il n'y a pas de mal que le lecteur français s'accoutume à ces variantes, sans lesquelles l'histoire s'embrouille fort.
UNB TUÈSË EN SORBONNE. 5^5
admettre du moins la limite de trente ans pour se. produire en public?
D'où peut donc yenir cette habitude que nous contractons insensiblement, de changer une thèse en un tome? Accordons, si Ton veut, quelque chose à Tintempérance trop. naturelle au jeune âge; surtout en érudition, où Ton n'est pas fâché de déployer tout ce que Ton possède, quand on n'a pas encore compris ce qu'il faut atteindre de connaissances pour prendi*e rang tout de bon parmi les doctes. J'y soupçonne encore une autre cause, qui serait que, le doctorat es lettres comprenant des éléments fort variés, MM. les examinateurs sont bien aises qu'on leur facilite la tâche de la discussion en }eur mettant sous les yeux les pièces du procès.
Pourquoi donc, sauf le respect dû à un tel aréopage, ne pas avoir des oppositeurs (comme on disait jadis] choisis spécialement à l'occasion de thèses spéciales (littéraires , historiques ou philosophiques, etc., si je ne me trompe), et qui apporteraient dans chaque débat une aptitude reconnue ? On a compris ce besoin pour les diverses classes de sciences (physiques, mathématiques naturelles, comme on dit), outre la médecine; et alors une feuille de texte rédigée par le candidat prête sans peine à des discussions franches où l'on peut même apprécier le talent d'exposition et la présence d'esprit du récipiendaire transporté hors du cabinet, et comme sar le terrain de l'enseignement (ainsi que me semble l'impliquer ^n titre de Doctor). Peut-être une telle méthode diminuerait-elU avantageusement le casse-tête de certains concours pour une ^Aaire de faculté ou même de collège (lycée, etc.), qui consunx^t souvent à diverses reprises des forces dignes d'être mi«>cix employées qu'en des épreuves si chanceuses. Aussi le gouvernement s'en débarrasse-t-il di et là, sans avoir toujours^Ia main plus malheureuse que«nc le comportent certains choix.
Quoi qu'il en soit de ce point de vue que Ton pourrait développer, mais qui sera compris sans peine, parlcms tout simplement des deux thèses présentées par M. le comte P. Riant.
Les Scandinaves en Terre Sainte lui ont donné la matière d'un volume français d'environ 4^o pages, où il nous renseigne assez complètement sur un sujet fort peu- traité chez nous jusqu'à nos jours. Les croisades sont trop françaises pour que tout ce qui s^ rattache ne nous intéresse pas beaucoup. C'est parmi nous le titre principal de la vieille noblesse; et, si inconsidéré» que nous soyons
dans lliistOK^ depuis que les Gaulois y apparaissent, on ne nous refusera pas que nous sommes généreux (jusqu'à 1 etourderie, à la bonne heure, mais toujours prêts à prendre feu pour une grande pensée). Les expéditions de Trare Sainte ne démentent pas ce caractère national, et le philosophisme voltaîrien n*est pas Tenu à bout de nous en déprendre longtemps. L*Académie des inscriptions n bien compris cet aspect national de la question lorsque aux travaux historiques dont elle s'était diai^;tfedéjè, elle n*apas craint d'adjoindre? récemment un recueil des historiens latins et orientaux de ces grandes guerres ; sans compter les institutions legislatires nées de Knfiuence française dans ces établissements d*outre-mer.
Il ne tiendra pas à M. le comte P. Rrant qu*une branche nouvelle nVnrichisse celte collection, au moms comme affluent secondaire, en donnant aux Scandinaves une place qui n*était pas bien déterminée jusqu*à nos jours. Le luthéranisme, avec sa haine de tout ce qui avait Home pour point de départ, introduisît peu à peu le mépris des expéditions chrétiennes qui s'étaient proposé pour but le recouvrement du saint Sépulcre, si bien qu'on niait volontiers toute participation des Scandinaves à ces pèlerinages armés. Chez nous même, il n'y a guère plus de quarante ans que les croisades ont trouvé de véritables vengeurs. Encore les premiers apologiste» ou hîstoilens quelconques de ces grandes époques, étaient-ils fort timides : employant volontiers le mot fanatisme pour expliquer cet enthousiasme^ ou se rabattant sur les conséquences politiques, commerciales, scientifiques, etc., pour plaider au moins la circonstance atténuante.
M. Paul Riant apporte à son sujet une étude des langues du nord qui est trop peu répandue parmi nous, et qui lui permet de compulser les *tecueils danois, norvégiens, islandais même et suédois. Avec Tindépendance d'un esprit ferme et bien informé, il se permet de juger plusieurs historiens Scandinaves que Ton a beaucoup trop surfaits ; et, d'après ce que me rapportait un témoin de la discussion orale, il aurait assez bien mis à sa place le trop célèbre Mûnter dont le Danemark a chauffé la renommée au delà des proportions raisonnables. Cet évêque luthérien avait passablement profité de son séjour à Rome pour s^nitier à bien des connaissances fort négligées dans sa patrie, et il vécut sur ces provisions de sa jeunesse avec la réputation d'en être quasi l'inventeur, tandis qu'il ne les possédait qu'assez médiocrement, à vrai dire.
Il ne m'appartient pas de quereller l'auteur sur l'emploi de certaines sources qui ne me sont pas accessibles comme à lui, et je crois lui témoigner Tintérêt qu'inspire son travail, en lui soumettant
UNE THÈSE EN SORBCffïNE. SOTT
quelques observations qui montreront qu'on Ta lu attentivement.
Saint Canui (Knut) Lawardj roi des Wendes^ et assassiné vers ii33, semble donné par l'auteur (p. 218-219) comme Tunique saint de ce nom« Qr le véritable Knut de Danemark (le martyr d'Odensee), est beaucoup plus connu dans toute IlÊglise, et figure seul dans le bréviaire romain. Ceci peut absolument passer pour une dûcane, mais 3 est toujours opportun d'éviter les occasions de malentendus* Puisque nous padons de saints, disons tout de suite que saint Maguus des Orcades (p. a4o) parait traité un peu légèrement. Puis, d'où vient que sainte Brigitte obtient un si maigre espace, et n*est citée que comme en passant, dans un livre où Von prétend indiquer toutes les traces de Tenthousiasme Scandinave pour la Terre Sainte? Ses voyages en Palestine, en Chypre, à Rome, etc., n'ont pas dû laisser que de mettre la Suède en communication avec la société latine. Je sais bien que l'auteur, entraîné par des études suffisamment absorbantes, et probablement peu guidé par les savants Scandinaves d'aujourd'hui vers les livres catholiques, aura surtout cherché ses matériaux dans l'histoire profane. C'est un tort dont il se corrigera inévitablement avec l'âge, et lorsqu'il ne se trouvera plus entouré de luthériens. A la vérité, il cite çà et là des légendaires et de%bréviaires ou missels Scandinaves ; mais il y puisera bien d'autres documents quand il aura compris l'importance de ces vieux recueils. C'est chose merveilleuse combien l'oubli des renseignements catholiques aveugle les hommes les plus instruits. Un artiste suédois qui publiait récemment à Paris des peintures ecclésiastiques exécutées dans le nord au xiv* siècle, ou même encore plus tard, était fort surpris de me voir lui restituer sans peine ^s textes tout entiers, dont il n'avait pas' trouvé Texplication en consultant des compatriotes fort capables du reste. Il s'agissait tout bonnement de passages de la Vulgate et de la liturgie latine, qui nous sont familiers comme formules quotidiennes.
 propos de souvenirs catholiques, nous voyons (p. 4oy) l'ctat des sommes payées par les divers diocèses du nord pour les croisades sons le pontificat de Jean XXII. Nous autres gens peu familiarisés avec la circonscription des provinces ecclésiastiques dans ces contrées, il nous eût été fort agréable de connaître le siège où résidait chacun des évêques. Nous trouvons tantôt la métropole, tantôt la province elle-même ; et tout le monde ne sait pas où se trouvaient les cathédrales des Orcades et des Hébrides, par exemple. Kirkwall (ou Kirkevaag) est bien signalé quelque part *, mais les Sudurœeme (ou sodreiœ insulœ) ?
L'auteur n'a pas cédé si fort à l'enthousiasme pour ses héros,
qu'il ne laisse apercevoir çà et là le vieux levain de pirates, dont on voit plus d'une ti*ace profane dans leurs traversées maritimes vers la Terre Sainte. En quoi il a été bien inspiré de recourir à des écrivains espagnols ou qui ont étudié l'histoire d'Espagne. Néanmoins je ne le trouve pas toujours concluant lorsqu'il cite VEspana sagrada. Certaines citations du tome XIX*, entre autres, sont difficiles à vérifier, ou parlent des Maures bien plutôt que des Scandinaves. Il est vrai que les uns et les autres avaient quelque ressemblance dans leur manière de visiter la terre de Saint Jacques en Galice.
Ces observations un peu minutieuses montreront que nous avons parcouru soigneusement le livre, et que nous n'adoptons pas le parti pris d'y admirer tout sans aucune réserve. Mais nos critiques ne nous empêchent pas de féliciter très-chaleureusement l'écrivain pour avoir indiqué cette source d'étude aux jeunes gens qui clierchen une route peu, battue. Copenhague, si éprouvée par l'incendie de 1728, par le bombardement des Anglais sous le premier empire, et par l'abandon récent de l'Europe en face de la Prusse, est encore un centre de travaux importants sur des points qui ne nous sont pas assez familiers. Nous supposons trop facilement que l'on nous fera l'honneur démettre ces études à notre portée, si elles en valent la peine; et de fait, la langue française s'écrit très-peu en Danemark.
La Suède et la Nonége ne semblent pas beaucoup*plus piessces de venir à notre rencontre. Il faut donc, malgré l'importance quç nous accordons gratuitement à notre langue, un certain élan donné aux gens de bonne volonté qui ont du temps devant eux, pour que nous fassions quelques avances à ces peuples dont l'histoire ne nous est pas suffisanunent connue.
*L'exemple donné par cette thèse suscitera probablement des imitateurs. Ne fussent que les invasions normandes (norraines), si étroitement liées à l'histoire de France, un homme laborieux trouverait là de quoi fixer bien des dates qui sont encore flottantes. Que serait-ce si l'on voulait creuser la part que l'Irlande a prise dans l'ëvangélisation des colonies norraines? ou, pour chercher des sujets moins épineux, quelle branche de recherches curieuses et utiles, si l'on se mettait à tirer au clair les traces des Norrains dans la Russie, ou celles de la garde Varangue dans l'empire Byzantin?
M. le comte Riant met sur la voie de ces aperçus ; comptons que son exemple piquera d'honneur quelques esprits accessibles à une noble ambition scientifique.
Soyons on peu plus sévère pour la thèse latine, intitulée De Uaymaro Momacho.,. disquisitio crilica^ etc. Nous n'avons cette» fois qu'environ i3o pages, et tout n'y est pas travail de première main. Je ne veux point dire que nous n'ayons à remercier le nouvel éditeur pour sa réimpression de pièces anciennes qu'on rassemblerait malaisément aujourd'hui, et qu'il a pris soin de collationner sur des manuscrits de bibliothèques étrangères ; je n'examine même pas de bien près ce qu'il peut y avoir de recherches fines et concluantes sur la biographie de cet Italien du xi^ siècle ou du xii®. Le latin d'aujourd'hui est souvent une lecture peu attrayante (en quoi la docte Allemagne ne fait pas toujours exception) ; pour moi je m'abstiens volontiers dès que l'on sort du classique passable et du franc moyeu âge, qui forment au moins deux genres bien traochés. Trois ou quatre formes du latin, c'est au moins une de trop à mon avis ; et ce n'est pas infatuation ♦cicéronienne, je rejette tout aussi bien l'espagnol et l'italien qui calquent le français des journalistes parisiens modernes.
Puisqu'il s'agit de latin du moyen âge, n'eùt-il pas été bien avisé de se proposer dans cette thèse un autre objet que celui auquel s'arrête l'auteur? Savoir si le rédacteur du principal poëme latin réédité par M. Riant était moine ou s'appelait Monaco, si c'est lui qui devint archevêque de Césarée plus tard, et même patriarche de Jérusalem ; sujet curieux, à coup sûr, et tout aussi présentable que bien d'autres pour une matière de dissertation académique. Cependant, puisque le doctorat es lettres répond à plusieurs spécialités (comme on parle aujourd'hui), ne serait-il pas bon que les deux thèses répondissent à divers genres d'études ? afin que le prétendant prouvât son aptitude en deux ou trois des branches qui sont censées res* sortir à la Faculté où se doit juger la capacité des aspirants.
Cela étant, j*aurais préféré que le poëme d'Haymar ne tournât pas en une nouvelle thèse d'histoire sur les croisades (Scandinaves, ou non; peu importe). Que n'en faisaitK»n plutôt le sujet d*une question littéraire trop peu étudiée de nos jours, le rhythme latin du moyen âge? Il est triste que, dans la patrie d'Adam de Saint- Victor, quelqu'un ne prenne pas en main l'étude de la rhythmique moderne, inaugurée dans le latin ecclésiastique par l'Université de Paris.
Les Proses^ demeurées si chères à nos populations françaises (même dans les campagnes, où le latin ne semblait pas devoir passionner les paysans), avaient envahi jadis les Pays-Bas, l'Angleterre, FAIlemagne avec les contrées Scandinaves, l'Espagne même et (je
crois) une portion de Fltalie. Si je ne me trompe beaucoup, le mouvement partait d*ici où les études théologiques avaient comme leur capitale; et quand, après les Sequentîœ de Souabe, vers le x* siède, on eut rencontré chez nous une forme plus appréciable aux oreilles populaires, les élèves de Vécole parisienne en portèrent le nouveau mode dans presque toute l'Europe catholique. Adam de Saint-Victor peut en être considéré comme le grand régulateur, mais après lui ou vers le même temps, bien d'autres développèrent le tyçe qn^ii avait inauguré magistralement; Abailard passe même pom* auteur de chants qui ont un grand air liturgique (sans parler de ses cantilènes latines), et où le langage traditionnel s'adapte merveiQeusement à des variétés de rhythme charmantes ^
La versification moderne, chez les nations latines surtout, a beaucoup plus profité de ces modèles qu'on n'a coutume de le dire ;• et qui voudrait mettre en valeur les recherches d'Antoine Scoppa(i8o3i8i4), comprendrait que là est l'origine éclatante de la poésie populaire actuelle dans une grande portion de l'Europe. D'autres, avant et après Scoppa, ont cherché ce qu*il a fixé fort bien, quoi* qu'on le trouve cité rarement, et ne semblent pas avoir dit mieux. Pour lui, s'il eût songé à mentionner les vieux chants ecclésiastiques à partir du xi* siècle, sa théorie aurait infailliblement rallié tous les esprits attentifs. Mais on songeait à bien autre chose sous le régne de Napoléon I*', en sorte que plus d'un coimaisseur n'aura
* La race celtique a-t^Ile droit de reyenâiqoer une pari dans les origines de cette versification ? Question entièrement réservée, car je n*ai aucun titre pour y intervenir, et je confesse même ne pas voir bien clair aux raisons qu'apportait à Tappui d'une donnée si importante Tarticle récent de la Dublin Reviivo (July 4865), p. 78-84. Les Celtes sont une race dont il faut tenir grand compta, j'en conviens, et je me chargerais de le faire voir en d'autres matières; ki Ton pourrait me récuser, car je B*ai pas les moyens de suivre leur trace en Littérature. En outre, on est excusable de mettre en suspicion le patriotisme hibeinois qui dépasse aisément les bornes de la modération.
D'ailleurs il ne m'est pas bien prouvé que ni M. Ulick Bourke {The collège irish Grammar)^ ni le Reviewer qui l'analyse, aient suffisamment mesuré la portée complète du problème qu'ils soulevaient là incidemment. Sedulius mérite attention dans l'hymnologie ecclésiastique, soit; mais il ne donne pas la dé des proses du xn* siècle. C'était le cas d'établir l'origine bretonne, galloise, etc., d'Adam de Saint-Victor. Quant à présenter saint Ambroise comme Celte, autant vaudrait dire que Virgile et ses compatriotes cisalpins étaient de sang celtique aussi. En serons-nous beaucoup plus avancée sur ce qui est en question?
Puis, supposer qu'avant Urbain VUI il n'y ait eu qu'une époque (ou si l'on veut une forme dominante) dans la versification ecclésiastique (chez l'Église latine), c'est beaucoup trop simplifier les choses. En pratique on rencontre d'au* très partages dans la marche des faits. Les grands aperçus trompât facilement celui qui ne prend pas soin de les contrôler par l'application aux détails.
pas même entendu prononcer le nom de cet obscur Sicilien malgré son agrégation précaire à TUniversité impériale.
n eêt vrai que certains rhythmes (comme celui des Tétrastîques réé<Iités par M. P. Riant) sont peu accessibles à ceux qui n'ont pas soît tme notion pratique de Taccem latin, soit quelque habitude des langues du midi, où ils pourraient puiser Tintelligence de combinaisons étrangères à la langue française. Yoilà pourquoi j'aurais désiré que la thè^ de M. le comte P. Riant (supposé mon point de vite) ne se bornât pas à un seul rhythme, et ouvrît la voie aux appréciations des ressources qu^offrait la prose [sequentia^ etc.) du moyen âge.
Moi qui ai commencé par blâmer les longueurs des thèses modernes dans nos facultés de lettres en France, on pourra m'objecter que j'exigerais ainsi un énorme volume de pièces à l'appui. Pomt du tout. Si Pon veut bien se rappeler ce que j'imagine (avec les vieilles gens) conmie l'idéal de la rédaction d'une thèse (p. 5o4)» il n'est pas malaisé de comprendre que la reproduction des Tétrastîques dus à Haymar et autres, jointe à quatre ou cinq données fondamentales sur la rhythmique latine du moyen âge dans ses rapports avec la versification moderne des peuples latins (pour ne pas dépasser d^ limites modestes), auraient aisément constitué un front de défense tout à &it respectable. Aux opposants d'amener leurs moyens d'attaque ; le défendeur pouvait se contenter d'avoir sur le bureau cinq ou six ouvrages tam çeterês quant recentiores : Clichthove> Ferdinand Wolf, Neale, Mone, Adalb. Daniel'. Derrière ce rempart on était bien fort contre toute objection, et pourtant ce n'aurait pas été là un arsenal coniplet ; mais il suffisait de reste pour repousser beaucoup d'assauts.
* H sais qu» ko&teiix de 110 poQvoireileraiicuiie grande eoMeetioa française rteente ; mais les étrangers ne se sont pis souciés de cemftfeiidre conobien nous étions riches en ce genre, et chez nous un respect maleatendu pour la liturgie romaine a fait oublier ce que nous possédions de curiosités importantes dans la littérature liturgique depuis des siècles.
M. Edélestand Du Méril pourrait être tenté de me susciter une querelle d'al» lemand, s'il allait s'imaginer que je méconnais ses travaux.. Je me pique d'être son confrère en notes (quand je m'en mêle, comme dans les vitraux de Bourges), mais il voudra bien m'accorder que la Kturgie n^a pas été la source qu'il consul* tait particulièrement.
Je sais^ en outre^ fort bien que la poésie rhythmique latine remonte au moins jusqu'aux temps de saint Augustin et de saint Ambroise; mais, comme on <£t, ma thèse subsiste (n'en déplaise à la Dublin Review, qui traite cela d'une façon beaucoup trop sommaire}.
N'oublions pas non plus M. L. Gautier, qui nous a donné les hymnes (ou proses) d'Adam de Safnt-^ctor avec un soin remarquable. Mais cela ne fait que
Sans aucun cloute, M. Riant était parfaitement le maître de choisir dans son sujet un autre aspect que celui qui attire mes regards. Mais il est un droit que je lui dénie formellement : celui de repousser quelques-uns des devoirs qu'imposait la protection des vieux auteurs dont il se constituait le champion. Faisons-lui donc rendre ses comptes de tutelle. Il ne s'agpt pas de nous dire qu'il donne le texte comme il Ta trouvé dans Tédition d'Hérold, et qu'il a pris même le soia d'indiquer les variantes signalées ailleurs. Spn «lient pouvait réclamer mieux ; et quand une étude bien renseignée sur la théorie du Tétrastique donnait clairement à voir que la leçon imprimée ou manuscrite trahissait rhonneur du versificateur ancien, il était au moins permis (selon moi, c'était obligation) de proposer des corrections qui sautent aux yeux. Restait à s'ingénier afin que le lecteur reconnût les sources des diverses enquêtes, et ce n'était pas une tâche biea lom^de. Les typographes pouvaient aisément indiquer le moyen d'en sortir. Mais le procédé vraiment scientifique pour établir un texte ancien, semble devoir se proposer la reconstruction du langage tenu par l'écrivain d'autrefois. On s'efforce de saisir la forme originale à l'aide de matériaux puisés dans diverses sources, ou devinés par l'étude de la pratique habituelle à l'auteur. Les variantes, dépouillées avec un choix judicieux (ou même servile, si l'on veut se borner aux renseignements matériels), éclaireront l'homme inexpérimenté qui ne veut pas se livrer en aveugle à l'éditeur j mais, l'éditeur lui-même ne doit pas se borner au rôle de copiste scrupuleux. La lecture attentive de l'ouvrage qu'il nous donne, n'a pu manquer de lui ouvrir des points de vue auxquels nous aimerions à cire invités; sauf à conserver le droit de nous inscrire en faux contre ses visées, s'il nous vient de bonnes raisons malgré ce qu'il, a cru pouvoir donner comme incontestable.
Pour ne pas abuser de ma thèse, et pi^ndre garde de fatiguer le lecteur par des théories qui ne peuvent avoir ici leur place, j'aime mieux compter sur une sorte de tact qui va souvent plus loin ou plus vite que la faculté analytique. Je prends donc mon point de dé-
deux petits volumes ; et la traduction française y occupe une large place dont je ne lui sais pas beaucoup de gré. Ces textes ecclésiastiques du moyen âge ne sont pas aisément transportables dans notre langue actuelle. Si les dames ne. peuvent plus les lire, tant pis pour elles. Leurs trisaïeules s*en tiraient sans se piquer d*ètre femmes savantes , et nos contemporaines pourraient sûrement y puiser l'aliment d*une piété solide. Mais, à vrai dire, qui n*est pas familiarisé avec le langage des Pères et de TÉcriture sainte^ a besoin de commentaire con-tinu pour entrer dans Tesprit de ces vieux auteurs. Or, un commentaire no nourrit pas le cœur d'une façon qui se soutienne longtemps.
part dans une prose du missel du Mans (1489) que j'avais précisément sous la main au moment où^'écris ceci. Gela se trouve dans la messe des Cinq Plaies^ et voici certaines circonstances de la Passion qui s'y rencontrent exposées dans la forme tétrastique :
c Judas, post hffic, osculum ori dédit Christi. c Ad quid, inquit Dominus, amice venisti? « Numquid tradis osculo quem jam veadidisti i < Âssistentes prolinus irniunt ministri.
ff Nox insomnis itaqoe tota ducd>atur, a NuUa prorsus requies Jesu praestabatar; « Judceonim impia plebs injurialur, « Âlapis et colaphis innocens mactatur.
a 0 Jesu mirifice, quid est quod agebas? « Tu, de siti conquerens, de cruce silebas. « Numquid banc dolôribus magig sentiebas? « Sed salutem potius nostrsm sitiebas, elc. »
Qui voudra lire attentivement ces strophes, pourvu qu'il soit doué d'un certain sentiment musical, verra tout d'un coup que la xime peut être pauvre çà et là , mais que la cadence est in*variable et parfaitement maintenue. Le moyen âge est surprenant dans sa fidélité à cette consigne. Mais encore faut-il ^ pour le comprendre, avoir contracte Thabitude d'observer raccent dans la prononciation latine ; en quoi les Italiens, les Portugais et les Espagnols, les Provençaux même et les Languedociens, ont un avantage énorme sur les gens de la langue dHoil, On s'en était aperçu au vieux temps, comme le témoigne l'ancien axiome satirique :
« Sumus Picardi, nescïmus quantitStem. »
Les Polonais furent même, dit-on, substitués çà et là aux Picards dans cette plaisanterie universitaire ; parce que comme nous ils ont toujours un accent placé sur la même syllabe dans leur langue maternelle, bien que non pas (comme ce Test chez nous) sur la dernière syllabe sonore. Aussi, dans cette phrase pour rire, un Polonais fils de bonne mère n'eût faussé aucun accent du latin, en suivant son instinct national. Ce qui semble établir que les Picards étaient les véritables souffre-douleurs de la taquinerie ainsi formulée.
Quoi qu'il en soit, quiconque (ayant Fusage du latin parlé) n^estpas totalement dépourvu de ce que l'on appelle oreille en musi- , que, et possède quelque esprit d'observation^ verra que nous avons ici des strophes de quatre vers groupés par une rime commune (£»- ' trastique ou quatrain); et*dont la césure (coupure d'hémistiche) est
1^44 UNE THÈSE EN SC»ffiONN£.
précédée de deux syllabes qui débordent Taccent. Au contraire dans la finale qui porte la rimey Taccent n est débordé que par une syllabe unique^. Je désire éviter les détails techniques afin de n'être pas ennuyeux plus que de raison, mais j^aime à croire que je serai suffisamment compris par beaucoup de lecteurs ; et j'espère que ces indications principales entraîneront Tintelligeiice de la fonction accordée ordinairement à un ou deux autres accents subsidiaires.
Après ces préliminaires indispensables, on ne s'éloûuera pas que je prétende restituer comme à coup sûr un certain nombre de vers d'Haymar et autres, qui attendent ettcore nnemaimmédioalef comme parlent souvent les critiques.
Page 89 : c In ronmno pootifice secus judicate. »
Il fiaillait évidemment : « In Romœ pontifice, etc., m sinon le vers est faux (j'entends le vers du moyen âge, et non pas le vers métrique, prosodique, classique, qui n'est pas en cause ici).
Page 95, on nous dit du feu grégeois :
« Serpit per gracillimos subterraneos meatus. »
Gda n'a ni queue ni tête, comme on dit, et n^est toMrable ni comme rime (je veux dire rhythme ou cadence) ni comme raison. Il n'est pas douteux que la variante suiintrofu était la seule acceptable.
Page 96 : « Milites qaiescere malunt et servientes. »
Ce vers, sans aucun doute, avait été primitivement :
a MUitum quiescere ntàlurU êervienUê. »
Sens et cadence sont d'accord pour montrer que les chevaliers tenaient bon, par point d'honneur ; mais que leurs varlets (serjeants,
' Ce qui a fait parfois méconnaître le mécanisme (qu'on me passe ce laogage I ) du quatrain monorime^ c'est que des versificateurs raffinés y ont voulu introduire une rime intercalaire qui semblait isoler les premiers hémistiches. M. P. Riant a fort bien observé cette recherche de complication dans fun des poëmes qu'U publiait (p. 425), et ma prose du Mans débute aussi avec les mèsies prétontjona:
« Gœnam cum discipuUs, | Ghziste, celèlirasti Et mortem apostolis j palam nuntiasti; Et anctorem scelerfs j Xudam demonstrasti, etc. •
Mais il n*était pas aisé de tenir longtemps pareille gageure ; et le plus souvent on s'en désiste après quelques strophes, malgré les promesses du commencement. J'en pourrais citer maint exemple qui prouvent la maladresse de cetia tentative fréquemment répétée, sans pouvoir presque jamais être sontenue josqu'au bout d'une |nèce de longue haleine.
UNE THÈSE EN SOfiBONN£« 545
couteliers^ etc.) trouvaient la vie fort dure, à ce rôle d'assi^eantSt et se dégoûtaient du métier à qui mieux mieux.
Page 97 : c Pavimenta doiBoram obi abscondontury etc. »
L'auteur avait certainement écrit : « Pavimenta domuum^ etc. »
Page 97 encore : « Turmatim efifughint ad Turoos aervientes. »
Je ne me trompe sûrement pas en proposant ecœime véritable rédaction ancienne :
« Turmatim eflàgwmt m TwfÀ^ àtém^x »
Page 400 : a Nec galeae nostrœ eis sunt adversat®. %
Je prétends qo*il devait y avoir :
« Neque nosirœ galeœ hi$ sunt, etc. »
Nul de ceux qui connaissent la versification latine (rhythmique) du moyen âge n'a besoin d'apprendre que Félision y est inconnue,* quoiqu'elle trouve place dans la versification italienne où nos oreilles françaises en sont très-dépaysées.
/tem, p. 400 : a Carte Teutonicomm jarares ftireres Untversis gentibus esse fortiores. »
, Haymar, un peu gibelin, est ici le panégyriste de la tedesca rab' bia qui n'a pas enthousiasmé autant tous ses compatriotes; mais son admnation pour le pluck saxon ou souabe a dû être exprimée autramait que par un vers faux. Je propose comme rectification probable, pour le mcHns :
« Gerte iu teutonicos jurasses (jurares, si l'on y tient beaucoup).
De même encore, p. loi, on me persuaderait difficilement que le vers original se soit permis un second hémistiche comme celui dont voici la iranserîpticai :
c Naves mîrabiliter Turcanim confregit. *
L'auteur italien du xi^ siècle a dû écrire « iurcicas confregit. »
Page 449, au lieu de : « Safadino concessmn quando est vastare, »
je n'hésiterais point à substituer : (c Saladino quando est concessm etc., » pour obtenir du moins une césure présentable. Les quatre poèmes tétrastiques que nous donne M. Riant ne réalisent assurément pas toujours la perfection absolue que l'on peut demander au type adopté parleurs auteurs ; mais, quand îl s y voit quelque chose de boiteux pour la césure et la finale, une expérience plus que passa-
ble des œuvres de leurs coatemporains m'autorise à récuser de telles imputations. Suivons les règles d'équité que trace la jurisprudence : (c Quilibet praesumitur bonus, donec securitatem dederit contrarii. » Or nos versificateurs cheminent généralement assez droit; ce serait donc gratuitement que nous les supposerions bancals pour nous dispenser de leur tendre une main secourable lorsqu'ils paraissent dévier.
Page 420 : « Exeunte junio, anno post milleno,
Centum et octoginta juncti cum septeno, etc. w
Certes il faut avouer que la chronologie ne s'adapte pas sans peine à la rhyihmopée, le moyen âge abonde même en exemples où l'expression de nombres impérieux a brisé des vei:s (soit prosodiques, soit rhythmiques) ; mais rien ne prouve cette brutalité du chiffre tant que l'on peut mettre d'accord deux éléments si inconciliables en bien des cas. Rssayons donc timidement de faire adopter :
« Cenlum et. ociogies junctis^ etc. »
Versification et calcul s'y donneront la main à l'aide d'une cote mal taiUée (et même pas trop malj, ce qui est fréquemment l'unique ressource de bonne entente dans les affaires humaines.
Cependant comme cette pesée de syllabes tourne terriblement à des airs de pédantisme, omettons plusieurs autres vei*s encore qui ne sont pourtant pas incurables La clinique médicale demande un auditoire trié, mais qui du moins se peut assembler tous les jours; ce serait bien autre chose de prétendre convoquer un groupe encourageant d'amateurs bénévoles qui suivissent avec intérêt les travaux anatomiques ou les simples consultations du grammairien ! L'âge des Scaliger, des Saumaise et autres savants en us (y compris Port- * Royal) a tellement surmené les antiques privilèges du maître es arts, que leur succession est fort difficile à gérer de nos jours. On y risque de fab*e rire ou bâiller, alternative peu flatteuse pour le pauvre monomane qui prétendrait reprendre sous œuvre cette allocution du temps passé : « Je voudrais, Messieurs, que vous vous enthousiasmassiez pour les imparfaits en asse! » Acceptons, &x conséquence, la fortune que nous a faite notre époque (surtout aux rives de la Seine) :
« Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus ; Et nous portons la peine de leurs crimes! »
Toutefois, en somme, l'auteur de la thèse latine qui nous occupe ne peut me trouver trop près regardant ; il s'est permis lui-même de hasarder certaines corrections qui semblent fort bonnes. Ainsi
quand il modifie (p. 76) deux vers assez embrouillés jusqu^à lui^ le moyen de signaler son intervention ne lui man^pie pas. Il pouvait donc mettre en œuvre la même ressource (avec un signalement plus bref) en d*autres oecurrenees, et ne pas s'imposer habittieltement Tœuvre de simple éditeur typographe qui ne veut point outrepasser une reproduction matérielle.
En dehors même du rhythme, où le moyen âge ne Ixronche guère, et qui nous mettait à la main un fil conducteur fort sûr, le sens et la philologie suggéreraient divers remaniements encore ; quand ce ne serait que a nautica marinus (p. laa), » où je veux croire que le texte correct donnait à lire : « ncufita marinus. » Je m'interdis ces (liandises de la critique, craignant d'excéder la douteuse sympathie de bien des conviveS| qui n*ont peut-être pas attendu^ que je m'exécutasse de bon gré pour lever le pied sans rien dire pendant que je les traitais plus on moins académiquement.
Il ne faudrait pas néanmoins laisser les éditeurs d'écrits du moyen âge sans quelque recommandation sur une lacune qui me frappe çà et là dans la thèse latine de M. le comte Riant. Les auteurs de ce temps-là ne se refusaient pas le plaisir de certaines allusions qu'ils savaient comprises par des contemporains lettrés. Leur souvenir se reportait sur l'Écriture sainte principalement, mais sur les classiques aussi; et faute d'éclaircir ce que leur dictait cette prétention, ils peuvent devenir parfois obscurs pour les gens d'aujourd'hui. Si l'on ne veut donc les compromettre avec notre siècle quand on prend le soin de les éditer, une petite observation devrait souvent mettre sur la route de ce qu'ils croyaient intelligible à tout le monde. Car, si ce n'était l'excuse quelconque qui se peut puiser datis cette espèce de charme que le lecteur éprouve en comprenant les avances répétées à son intention par coquetterie littéraire, pour lui faire voir que Ton compte sur sa finesse (à bon entendeuty salut !)y plusieurs de ces phrases accessoires encourraient tout simplement la note de niaiserie ; ou bien il y faudrait reconnaître un remplissage du genre de ce que nous appelons cheinlle dans la versification. Mais les gens du métier savent de reste que le latin rhy thmique était manié au moyen âge avec une aisance qui ne permet pas le soupçon fréquent d'un procédé si scolaire. Fait d'autant plus saillant que lespoëtes contemporains, qui se servent de langues modernes, ont souvent des longueur» et des bouche-trous abusifs jusqu'à Tennui insurmontable. C'est ce qui m'induit à prétendre que l'auteur est desservi par son protecteur d'office (l'éditeur), si celui-ci ne met pas en saillie, pour un lecteur distrait, la source des allusions qui devaient être généralement comprises lors de la rédaction première.
vii. 3i
En fait d'Écriture sainte, je crois voloiitiers que la mention des Machabées (p. 127), de Jéricho (p. 10a),' de saint Jean-Baptiste (p. i2a)y etc. sera intelligible à tout le monde. De même encore pour le Chananéen et le Jébuséen (p. laS); mais quand il s'agit de
« Humiles glorificat^ dejicit potentes, »
notre autenr songeait sans aucun doute au Magnificat {hac^ 1, 5i-53), ii ce n'est peut^tre au Ps. cxii, 6 :
<K Suscitans a terra inopem, etc. »
Or, puisque le versificateur compCak sur cette ressource pour rde^rer son texte, un éditeur bienveillant pouvait lui rendre le service de faire remarquer Tintention qui faisait émailler les phrases de pareils enjolivement
J'en passe Sautres ; mais tout le monde saisira*t-il bien la petite (ou grosse) fii^se classique d*Haymar quand il dit (p. 10 1) f
a Nocte pluit intégra, nec mane sequente Redeunt spectacula ; sed Austro fremeote Crépitant tonitrua œthere candente, etc. s
Le poëte avait certainement en vue la célèbre flatterie décochée sous main par Virgile à l'empereur Auguste (qui paraît avoir daigné la trouver bonne] :
« Nocte pluit tota, redeunt spectacula mane; Divisum imperium cum Jove Cssar habet. »
Parler de fautes d'impression (et pourtant il y en a)^ ce ne serait pas rendre justice au soin asses rare qu'a pris M. Hiant pour nous donner un texte latin véritablem^it surveillé. 11 est donc temps que je mette un terme à mes critiques.
G. CàBIBA.
^SANCTÏ THOMig AQUÏNATIS DE IMMUMTATE B. V. DEI PARENTIS
k PECCATI OmiNALIS LABE
iOANNE MARIA CORNOLDI S. I.