I. Fol
Un moult courtois miracle i truis, Que raconter weil , se je puis , Pour faire entendre a ocune ame La cortoisie Nostre-Dame. . . *.
Un jongleur, Pierre de Sygelar, chante, en s'accompagnant sur la viole, les louanges de la Vierge dans l'église de RooAmadour, et, pour prix de sa ferveur et de ses chants , il obtient qu*un cierge de Tautel descende sur son instrument; un moine, nommé Gérard , accuse le jongleur de sorcellerie, et reprend le cierge pour le mettre sur Tautel : aussitôt le miracle se reproduit. Telle est la légende que, cédant sans doute à un certain sentiment d'orgueil et d'esprit de corps , Gautier de Coinsy a choisie parmi tant d'autres. N'étant point tenu à la réserve que devait s'imposer Tauteur latin vis-^vis d'un moine de Roc-Amadour, il met dans son récit une chaleur qu'on ne trouve pas dans la narration originale , et son indignation prodigue au moine Gérard lesépitbëtes injurieuses. Comme il est intéressant de rapprocher de leurs sources les amplifications de Gautier de Coinsy, je reproduirai la version que donne notre recueil ^.
Cette faveur singulière accordée à un ménestrel contribua sans doute pour quelque part à la célébrité de Roc-Amadour, car les jongleurs,et Pierre de Sygelar lui-même, durent trouver honneur et profit à en répandre la nouvelle. On peut en rapprocher cette autre tradition suivant laquelle, le 27 mai 11 05, la Vierge remit à deux jongleurs ennemis, en les réconciliant, un cierge qui avait la propriété de guérir le mal des ardeuts '.
Les miracles de Notre-Dame de Roc-Amadour me semblent écrits en toute simplicité de cœur et avec la naïveté d'une foi sincère. L'auteur, tout en cédant parfois à un penchant d'exagération contre lequel il se met lui-même en garde, raconte ce qu'il a vu, répète ce qu'il a entendu. Il prête à ses personnages les paroles qu'il croit dans la situation ; il s'efforce de répandre l'intérêt sur ses récits, et de faire ressortir les effets de l'inter-