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XVII

Dans son incessant combat pour sa vie, l'Église évangélique ne doit pas négliger d'avoir l'œil ouvert

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sur son adversaire de Rome. Le fait que Rome considère toujours l'incrédulité comme la conséquence naturelle du protestantisme, et traite souvent avec plus de condescendance les apostats que les défenseurs du Christianisme et de la Réforme, commande à ces derniers de redoubler de prévoyance et de prudence. Aussi longtemps que l'ultramontanisme, loin de rompre avec les jésuites, frappera au visage toute la société moderne, et ne répondra aux désirs les plus modérés de ses propres amis que par son impitoyable non possumus^ il ne faut en attendre ni paix ni trêve.

Toutefois, le pire ennemi qu'ait à combattre l'esprit de la Réforme n'est pas au-delà des Alpes. L'heure vient et elle est déjà venue où, dans le domaine de la science et bientôt dans celui de l'Eglise, s'accomplira la prophétie que faisait entendre, il y a vingt-cinq ans, le plus grand apôtre de l'incrédulité contemporaine,, Strauss, lorsqu'il disait : « Le contraste du catholicisme et du protestantisme, quelque enraciné qu'il soit dans « la. différence des caractères nationaux et des formes « politiques, a perdu toute importance sur le terrain « de la science, et peut être considéré comme n'exis- « tant plus. En effet, au point de vue scientifl(îue le « théologien protestant orthodoxe est incomparablement « plus rapproché du catholique croyant, que le ratio- « nalisme ou même que le théologien spéculatif de sa « propre communion. Lorsqu'on lutte pour l'autonomie « ou pour l'hétéronomie de l'esprit, la question secon- « daire de savoir si le principe de cette hétéronomie « doit être l'Eglise, comme le prétendent les catholiques, « ou l'Ecriture, comme l'aflârment les protestants, uq « peut exciter qu'un faible intérêt. » Il importe donc

infiniment à FEglise et à la théologie évangélique de chercher tout d'abord dans leur propre sein, et puis au dehors, quels sont les ennemis qu'il s'agit de conAattre, et quelles armes il y faut employer.

Les ennemis qui de nos jours s'opposent le plus à la réformation continue de l'Église et de la théologie, sont le naturalisme moderne, d'une part, et Vorthodoxisme vieilli, de l'autre.

Le naturalisme moderne constitue par ses principes comme par ses résultats un conflit irréconciliable avec toute tendance sainement réformatrice dont le ressort le plus intime est essentiellement moral. Le supranaturalisme seul, s'épurant et s'ennoblissant sans cesse, peut garantir et produire une rénovation véritable de l'Eglise et de la théologie, conforme aux besoins légitimes de notre temps.

Nier que Dieu soit maître absolu dans sa création, et qu'il accompagne et scelle par des miracles la révélation du salut qu'il a faite à un monde pécheur, n'est ni religieux, ni chrétien, ni protestant. Cette négation anti-supranaturaliste équivaut au renversement radical du fondement conmiun sur lequel reposent la religion, le christianisme et le protestantisme.

L'indifférentisme pour tous les dogmes, qui forme aujourd'hui l'article fondamental dû maigre credo de

beaucoup de gens, loin d'être un développement naturel de Tesprit du protestantisme, n'en constitue qu'une dégénérescence déplorable. Et ce n'est pas méconnaître moins déplorablement ce même esprit, que d'être rebelle à toute soumission, à toute autorité, même à la plus légitime. La nature des choses et re:^érience démontrent à l'envi que si l'homme peut déplacer l'autorité sous laquelle il s'incline, il ne saurait s'en débarrasser à jamais.

Recommander à des hommes que l'on dit n'être qu'imparfaits la religiosité relativement parfaite de Jésus^ ainsi que le fait le naturalisme, au lieu d'annoncer à des hommes perdus la bonne nouvelle de leur salut, comme le pratique le supranaturalisme, ce n'est pas réformer , c'est révolutionner. L'évangile de la croix n'est point redevable de ses victoires séculaires sur le monde à son souffle religieux universel ; il le doit à son caractère spécial sotériologique. La théologie naturaliste qui substitue au Christ rédempteur l'idéal de l'homme Jésus, et qui en fait un rabbi ou un théologien de son époque, conduit irrésistiblement à conclure que le Christianisme lui-même, tel que l'Eglise universelle de tous les siècles l'a compris et confessé, n'est plus qu'une vieillerie.

Sôus le rapport moral, cette théologie moderne ajuste autant le droit d'être dans l'enceinte de l'Eglise évangélique, que l'avait le catholicisme allemand dans le giron deJ'Eglise romaine j aussi vivra-t-elle, telle qu'elle est

aujourd'hui, ce que ce catholicisme, son frère aîné, a vécu. Toutefois, vu la période transitoire que nous traversons, TEglise évangélique n'a pas besoin d'user d'une autorité dictatoriale pour se débarrasser de ceux qui portent en eux-mêmes le germe de leur défection et de leur exode. Ce serait leur mettre au fi^ont une couronne de martyr, qui leur donnerait un nouveau, quoique éphémère, prestige. Patiens quia œiema.

Quand même le naturalisme échapperait par une heureuse inconséquence aux abîmes du matérialisme et du panthéisme, il est par lui-même radicalement impuissant à satisfaire d'une manière efficace et durable lesplusprofonds besoins de la conscience et du cœur. Dès qu'il renonce, en s'honorant, au langage théologique et ecclésiastique auquel d'ailleurs il n'a par lui-même aucun droit, sa misère ne ressort que plus éclatante sous ses futiles ornements. Sans doute l'emploi constant qu'il en fait, est un hommage involontaire rendu à la foi qu'il combat à outrance j mais aussi, en jouant faussement avec les mots, comme le pratiquent quelques-uns des siens, il fait courir à la moralité individuelle et sociale un danger auquel on ne saurait trop sérieusement réfléchir.

L'essai qu'ont fait de nobles esprits et de grands cœurs à la vue des progrès du matérialisme, de sauver la religion chrétienne en sacrifiant son caractère surnaturel, n'est, dans le meilleur des cas, qu'une illusion, dont chaque jour révèle toujours plus l'inanité. L'his-

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toire de nos dernières années démontre à satiété qne Tappauvrissement de la foi à la divinité du christianisme, a tristement enfanté chez beaucoup le dépérissement de la vie religieuse, et que celui qui nie le Fils, finit par ne plus avoir le Père. Quiconque jette pardessus le bord, comme un lest inutile, les éléments historiques et dogmatiques de la foi chrétienne, pour ne conserver que ceux qui sont empreints d'un sentiment religieux universel, allège sans doute sensiblement la nacelle de TÉglise, mais la rend par cela même beaucoup moins propre à défier les vents et les flots. Ce n'est pas la négation du surnaturel chrétien qui fera du christianisme la religion de l'humanité; ce règne universel n'est réservé qu'à l'aflftrmation souveraine et à l'inflexible maintien de son caractère surnaturel.

L'humanité n'a pas produit le christianisme, mais le christianisme a fait l'humanité telle que nous la voyons aujourd'hui dans ses foyers les plus civilisés. Il ne faut donc pas dire : tout ce qui est humain, est par cela même authentiquemcnt chrétien. Il est plus vrai de retourner cette formule en celle-ci : tout ce qui est véritablement chrétien, est par cela même authentiquemcnt humain. Le Christianisme ne renouvelle et ne développe l'humanité que parce qu'il est divin par son origine, et tout ensemble humain et divin par son caractère. Il ne saurait donc atteindre sa destination universelle, aussi longtemps qu'on ne verra dans son fondateur que le grand Fils de la nature en qui l'humanité se rachète et s'adore elle-même, et qu'on ne saisira pas toute la portée de cette afllrmation suprême : La parole s^est réellemeni faite chair. Le naturalisme ne se

délivrera de sa colossale erreur qu'en rompant résolument avec son principe. A Torthodoxie le devoir d'approfondir et de s'approprier toujours plus cette magnifique vérité de l'incarnation ! à elle la gloire de l'appliquer toujours plus largement à tous les domaines de la vie !

S'il ne faut pas attendre de ce naturalisme qui se contredit et qui déjà se survit, la réformation continue de l'Eglise et de la science, il ne faut pas mieux l'espérer d'un orihodoxisme vieilli qui se cramponne fiévreusement aux formes du passé, et qui s'aveuglant sur l'efirayante lutte de principes engagée partout, ne montre que trop qu'il n'a rien appris ni rien oublié. C'est au nom de leur idée traditionnelle que les Juifs crucifièrent leur Messie, et qu'ils l'auraient empêché de sortir de son sépulcre, radieux d'une liberté et d'une beauté étemelles, si la vérité et la vie n'eussent été plus puissantes que la pierre sépulcrale qui les couvrait officiellement.

Le terme hétérodoxie n'est pas toujours synonjrme de ce qui n'est pas vrai, de ce qui n'est pasjchrétien. Les systèmes hétérodoxes nous montrent assez souvent le développement vigoureux, quoique très-exclusif, d'une idée juste que la partie adverse avait omise ou négligée. L'orthodoxie n'est pas un capital mort qu'on se passe de main en main comme un legs des siècles. C'est un idéal vivant dont on ne s'approche que graduellement, et auquel on parvient d'autant mieux qu'on en retrempe sans cesse la confession écrite et temporaire dans les eaux baptismales de la Bible, par la vertu de l'esprit.

Le grand défaut de la théologie de Torthodoxisme n'estpasd'être trop ancienne, mais bien plutôt de ne l'être point assez, puisque cette théologie n'a pas encore 200 ans de date, quand il lui en faudrait 350. En d'autres termes, elle a le tort de porter le cachet du scolasticisme du xvn® siècle, beaucoup plus que celui du vivifiant esprit de la Réformation. Dans la mesure où ce conservatisme outré voudrait pétrifier l'Eglise et la théologie dans la voie de leur développement voulu de Dieu, il fait obstacle au progrès de l'une et de l'autre, et provoque tôt ou tard, sans le vouloir, par la réaction inévitable qu'il suscite, une révolution plus ou moins

radicale.

Le moyen de résister avec succès à cet orthodoxisme étroit et figé, n'est pas de recourir à un libéralisme hautain à rencontre duquel le premier a certainement le droit indubitable d'être et de subsister, mais à une orthodoxie évangélique^ saine, modérée, riche d'esprit et de vie, qui ne reste étrangère à rien de ce qui est humain, qui sait reconnaître le divin partout où il se révèle, et qui est apte par cela même à recommander le christianisme dans la forme sous laquelle il rencontre d'habitude le plus de résistance. C'est à cette orthodoxie dont le drapeau a pour devise : « Ancienne ei nouvelle, mais avant tout vraie » qu'il appartient de triompher de toutes les puissances intellectuelles qui lui sont hostiles, par le travail incessant d'une foi pleine et entière, et par la communauté d'un saint amour.

En présence des labeurs sans cesse croissants qui 3*imposent à la science de la foi, cette science ne saurait

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absolument se passer, pour vivre et pour prospérer, des sympathies et de la confiance de la portion vraiment chrétienne de FEglise. Aussi, quoi qu'il soit facile de s'en rendre compte, déplorons-nous profondément que ce soit dans les rangs de ces fidèles qu'on nourrisse de la méfiance à l'égard de la théologie et de ses progrès. Si la peur de l'orthodoxie et la peur des miracles constituent chez beaucoup de nos contemporains une maladie opiniâtre, il faut bien avouer que la peur de la science est loin d'être, chez beaucoup d'autres, un signe réjouissant. Cette crainte est infiniment moins le fruit d'une grande foi que d'une petite. Et sous ce rapport il est vrai de dire qu'il existe, à côté d'un rationalisme incrédule, un orthodoxisme qui ne l'est pas moins. Puisse le Seigneur délivrer son Eglise de l'un et de l'autre !

Une distinction bien tranchée entre la religion et la théologie, distinction que beaucoup proclament aujourd'hui comme le talisman de la liberté suprême, loin de contribuer efficacement, à la longue, au bien de .la théologie et à celui de la religion, ne peut logiquement conduire qu'aux funérailles de l'Eglise chrétienne, et qu'à la profanation de la science théologique.

Une rupture irréconciliable entre la foi et le savoir — l'expérience de nos jours le prouve — serait aussi pernicieuse que leur constante confusion. La théologie qui, tout en reconnaissant leur diflérence, s'eflbrcera sans relâche de les concilier, quoique leur union ne puisse jamais être ici-bas qu'approximative, et qui travaillera

sans repos ni trêve à faire de TEvangile la source de la scieme chrétienne, comme il est celle de la foi la plus intime, sera la théologie de Tavenir.

La théologie chrétienne — on l'oublie trop souvent — est sans doute par sa nature même une scienca progressive, mais qui, en même temps, a pour caractère essentiel de reproduire et non pas d'inventer. Il n'y a pour elle de vrai progrés que dans un retour constant aux bases immuables, toujours acceptées et toujours confessées, de tout savoir religieux et chrétien. Seulement prenons bien garde de ne pas confondre une reproduction t^ivan/e avec une exhumatiori artificielle. Les recherches théologiques vraiment progressives ressemblent à à une composition musicale dont l'auteur, sans perdre jamais de vue le thème qu'il doit développer et sa tonique dominante, exprime en des harmonies toujours plus rapprochées de son idéal, et quelquefois à travers des dissonnances qui semblent le contredire, la pensée-mère qui l'enthousiasme et le ravit.

La théologie chrétienne se développera dans une mesure d'autant plus heureuse et bénie, qu'elle prendra plus directement pour point de départ, dans ses recherches du s^lut et de la doctrine de la vie, le Dieu de l'Evangile, tel qu'il s'est révélé en Christ qui renferme tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. En d'autres termes, la théologie sera d'autant plus féconde et puissante, qu'elle fera du Chrisi le centre d'où tout

part et auquel tout revient.

Cet heureux développement de la théologie chrétienne dépendra beaucoup aussi delà place qu'elle accordera à la conscience. Si elle en méconnaît les droits et les pouvoirs, elle n'aboutira qu'à une orthodoxie morte ; et si par. contre elle exagère les uns et les autres, elle ne reproduira, sous un autre nom peu^être, que le rationalisme moderne. Aussi est- il trés-désirable, d'une part, qu'on mette toujours mieux en lumière, dans le domaine religieux et philosophique, l'union intime de la science et de la conscience 5 et de l'autre, qu'on reconnaisse ouvertement l'impossibilité, soit de déduire de la conscience le fond substantiel et historique de la révélation du salut, soit de déclarer ce fond justiciable tout entier de ce seul tribunal.

Le triflte aveuglement qui voile à bien des théologiens érudits les grands faits de l'Evangile, est une preuve saisissante de la vérité littérale de cette instruction du Seigneur à Nicodème: « En vérité, en vérité, je te dis : Si un homme n'est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ; » et le scandale que cette déclaration élémentaire excite encore parmi les docteurs en Israël non moins qu'en d'autres rangs, est une garantie de plus de sa divinité et de sa justesse. On peut soutenir, dans un sens très juste et très légitime, que la théologie du cœur, mais du cœur pur, sera celle de l'avenir; mais à la' condition de n'oublier jamais que le cœur purifié est, lui aussi, un don de la grâce céleste, qui témoigne visiblement, pour sa part, de la réalité et dé la puissancadu surnaturel.

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L'homme spirituel juge de toutes choses (I Corinthiens, II, 15); et à ce titre d'Elève de Dieu, de théologien enseigné par Lui, il est plus qu'autorisé, il est obligé et chargé d'appliquer librement la critique aux problèmes de l'origine et du contenu de la révélation. Les procédés illégitimes et les déplorables conséquences de la critique ne prennent naissance, que lorsque cette gardienne de la porte du palais veut en détrôner la reine et se mettre à sa place j je veux dire, lorsque la tractation de la théologie dégénère en un criticisme dialectique, qui demande à la philosophie de lui notifier ce qui est historique et ce qui ne peut ou ne doit pas . l'être, et qui, à force d'épurer et d'amoindrir son objet, finit par l'anéantir. Le théologien vraiment chrétien ne doit pas se faire un scrupule de livrer ses afiirmations au creuset d'un examen approfondi ; mais il faut quMl ait, au préalable, le soin de soumettre telle ou telle critique individuelle à la critique, et qu'il n'oublie jamais que cette dernière peut bien rectifier ou revendiquer la foi, mais la produire, jamais.

Il est plus que jamais nécessaire d'associer à une critique réellement indépendante, je veux dire affîpanchie de présuppositions ou de préjugés philosophiques, une apologétique vigoureuse. L'Eglise réclame, autant que la science, une solide défense des documents primitifs et des faits capitaux de la révélation chrétienne contre les objections de leurs adversaires. A ce point de vue il est indispensable, en outre de la prédication et des instructions catéchétiques, d'adresser aux chrétiens cultivés des discours apologétiques précis ; c'est une nécessité

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de notre temps. Cette apologie de la religion, du christianisme et de la Réforme, à la fois Scientifique et populaire, atteindra d'autant mieux son noble but, qu'elle sera l'expression animée et le chaleureux témoignage d'une foi vivante, également éloignée de trop de dédain ou de trop de respect pour les négations. Et lorsqu'elle aura clairement montré la folie de ceux qui nient les points fondamentaux, comme le bon droit et le bon sens de ceux qui les acceptent, il ne lui restera qu'à laisser à un plus fort qu'elle, à Celui qui vient après et dont elle n'est pas digne de délier les courroies des souliers, la mission et le soin de produire^l'inébranlable conviction.

La prédication^ même sans attaquer directement l'erreur et l'incrédulité, peut et doit, elle aussi, être une vigoureuse apologie de la cause chrétienne, et contribuer pour sa riche part à la réformation continue de l'Eglise. Mais, à cet efiet, il ne suffit pas de se borner à la mainnir et à la multiplier ; il faut par-dessus tout l'améliorer, la perfectionner. Car on ne sert pas plus l'Eglise avec des hommes semblables à ces femmelettes dont parle saint Paul, qui apprennent toujours san^ pouvoir parvenir à la connaissance de la vérité, qu'avec d'autres qui prêchent la foi de l'Eglise sans qu'elle soit devenue leur propriété personnelle et vivante. (II Timothée, m, 7.)

Il est d'un intérêt suprême pour Tédiflcation de l'Eglise, que la prédication se rattache toujours à la parole sainte, mais à la condition que ce lien, au lieu d'être purement formaliste et mécanique, devienne toujours plus spirituel, intime et puissant, et que la récita-

tion simple cède la place à une vivante reproduction. Ceux qui prétendent que le prédicateur ne doit être absolument lié que par sa conscience individuelle, méconnaissent déplorablement Tessence de l'Eglise non mrfins que celle du christianisme. Il serait infiniment plus moral de renoncer à la théologie et à la chaire chrétienne, lorsque la conscience a rompu avec le christianisme et avec l'Eglise, que de vouloir rester à tout prix à leur service, et de briser sans pudeur, pour garder sa place, la chaîne sacrée qui unit la foi et la vie de l'Eglise.

Quoique la prédication de l'Evangile soit et doive rester la fonction fondamentale dans les Eglises de la Réforme, il ne faut pas méconnaître que l'épuration du culte, et une plus riche organisation de ses éléments, est une question à l'ordre du jour. Pour édifier, comme il doit l'être, l'homme tout entier, il faut donner une satisfaction légitime au sens du beau et au bon goût ; or le protestantisme actuel énonce et répète cette exigence infiniment plus qu'il n'y répond convenablement. Gardons-nous, toutefois, avec le plus grand soin, de tomber à cet égard dans une exagération qui aboutirait, par le sensualisme et par le ritualisme, aux voies erronées du crypto-catholicisme.

Par fidélité à son esprit et à sa mission, l'Eglise de la Réforme est tenue de se préoccuper de V Ecole aussi bien que de la prédication et du culte. Le soufl3e chrétien doit présider à l'instruction populaire et la pénétrer autant que possible, afin que, dans la lutte actuelle des principes, les écoles de l'Etat, neutres en apparence, ne devieimentpas des foyers d'incrédulité. Il est aussi déplacé

d'appliquer au domaine de renseignement primaire le dogme sectaire de la morale indépendante, que de vouloir affranchir la religion de la théologie, ou la théologie de la Sainte-Ecriture. Les vrais représentants de la Réformation ne peuvent pas oublier ce mot du Seigneur : (( Ce que Dieu a uni, que Thomme ne le sépare point. » Laissons aux révolutionnaires leur devise : Divisons pour régner.

Partout où la vie spirituelle se développe et mûrit sous l'action de ces moyens divers, l'Eglise devient toujours plus capable de se donner une organisation qui la rapproche de l'idéal du christianisme et de la Réforme, je veux dire de constituer une société composée de chrétiens majeurs, bien qualifiés pour distinguer et pour choisir celui auquel ils veulent confier leurs plus hauts intérêts. Toutefois, l'application d'un principe incontestable de droit ne saurait lui être en bénédiction, si la condition morale qui est à sa ba'se, la vraie vie et l'autorité spirituelle, lui faisait défaut. On se bercerait d'un fol espoir si l'on cherchait à remédier par l'organisation, même la plus excellente, à des confusions sans bornes de doctrines, et à des déchirements croissants. Et il ne serait pas moins aventureux d'émanciper complètement l'Eglise de l'Etat, aussi longtemps que l'Eglise ne serait pas en mesure de subsister par elle-même, et que l'influence, strictement légale, de .l'Etat pourrait la préserver d'une désorganisation et d'une décomposition entière.

Quelle que soit la force de conservation et de résistance que l'Eglise évangélique puise dans ces moyens multiples, l'espoir de célébrer un quatrième jubilé serait

bien affaibli, si elle ne se montrait animée d'une vie puissante et toujours progressive ; car la science toute seule, si elle n'est étroitement, unie à la vie, ne saurait triompher de la fausse science. L'esprit contemporain, fatigué de discussions et de disputes, adresse volontiers à l'Eglise militante cette invitation du directeur de théâtre au poète, dans le prologue de Faust : « Assez de paroles échangées, passons enfln aux actes. » Le christianisme apostolique ne poucra tenir tête à l'humanisme moderne qu'en démontrant que le chrétien, orné de tout ce que l'homme a de noble et d'aimable, possède en outre ce que celui-ci n'a pas, ce que la chair et le sang ne peuvent communiquer. C'est encore pour ce motif que les labeurs de la foi ne sauraient aboutir au succès désiré, et obtenir la couronne du triomphe, que dans la sainte communion de l'amour.

La crise que traversent l'Eglise et la théologie, prépare inévitablement des scissions, mais aussi des alliances nouvelles. Nous pouvons constater déjà, dans le sein de la même société ecclésiastique, que les membres qui confessent fermement le surnaturel religieux et chrétien sont séparés, au fond, de ceux qui ne voient dans la religion qu'un phénomène intéressant de l'âme et de la vie humaine, et dans le christianisme qu'un fruit naturel de l'arbre de l'humanité. Aussi trouvonsnous tout simple que ceux qui, dans l'enceinte des diverses associations ecclésiastiques, se sentent unis par la même foi en un Dieu personnel et libre, et en une révélation spéciale du salut par Christ, se rapprochent toujours plus les uns des autres. A ce compte, les barrières antérieures de séparation, les cadres ecclésiastiques resteront-ils encore debout î Je réponds que cette question

n'a qu'une importance secondaire, et qu'elle est beaucoup plus administrative et financière qu'autre chose.

On n'obtiendra pas une union véritable en éliminant, par voie de négociations diplomatiques, les traits caractéristiques qui distinguent les diverses Confessions. Cette union ne pourra naître que d'entretiens fraternels, de loyales conférences, -et surtout d'une intelligence toujours plus profonde des questions brûlantes qui s'y rapportent. C'est alors seulement qu'on verra poindre audessus des différences et surgir éclatante, l'unité cachée. Cette union s'accomplira au fur et à mesure que les points litigieux seront résolus, non à coup de principes juridiques abstraits, mais par le souffle vivant de l'esprit chrétien.

En tous cas, aussi longtemps que l'unité extérieure ne pourra s'obtenir et se cojisommer sans nuire à la vérité et à la liberté, n'essayons d'y parvenir ni par la fusion, ni moins encore par l'annexion. La confédération seule est praticable.

Plus l'unité des croyants deviendra manifeste, plus aussi grandira inévitablement leur lutte contre le monde. Déjà des signes effrayants nous présagent une apostasie et une manifestation du mystère d'iniquité, qui feront à l'Eglise, comme autrefois à son chef glorifié, une obligation de marcher par les souffrances vers la gloire. A la vue de l'énorme complication des situations et des idées, qui va s'agrandissant sans cesse, on conçoit le désir qu'ont beaucoup de nos contemporains, de voir apparaître quelques personnalités éminentes qui disent enfin à la science et à l'Eglise le vrai mot illumi-

nateur ; et on les excuse, au milieu de cette chaotique mêlée des choSes, de chercher la lumière sur une fausse voie, méconnaissant en ingrats tous les liiens dont le Seigneur a déjà gratifié son Eglise. A y regarder plus au fond, ce désir n'est qu'une forme maladive de celui de Tavénement du Seigneur, aspiration essentielle de la vie de. l'esprit, sans laquelle on ne saurait se figurer, aujourd'hui moins que jamais, une activité chrétienne vraiment efficace, soit qu'il s'agisse d'édifier ou de réformer.

Mais que cette aspiration se garde bien de dégénérer en un confiant optimisme, ou en un chiliasme grossier. Ce n'est qu'après l'obscurité croissante du soir et les ténèbres de la nuit, qu'on voit apparaître l'éclat matinal d'un beau jour. Il n'est pas de travail de la foi, ni de communion sainte dans l'amour, qui puissent mettre le monde et l'Eglise complètement à l'abri des jugements menaçants de Dieu. Combattons pour la Réformation j cherchons à arrêter la révolution dans ses sentiers d'erreur et de péché ; c'est là notre devoir. Mais sachons que le Seigneur de l'Eglise lui prépare un grandiose ébranlement qui frayera la voie à la dernière et à la plus magnifique réformation. En attendant que son heure soit venue, luttons par la' foi et par l'amour, pour la défense du gage qu'il nous a confié. Notre honneur est de rester en face de l'adversaire, et de lui résister ; il ne sera pas vaincu — avant la fin. Maranatha ! Il vient celui qui dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles !

J. J. Van Oosterzée.

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