TRANSMUTATION DES ESPÈCES
En créant les animaux terrestres, Dieu, dit Moïse, les créa € selon leur espèce. • Il s'exprime de la même manière quand il parle de la création des plantes au second jour, de celle des reptiles et des oiseaux au cinquième.
Il suit de là que les espèces animales et végétales sont un fait originel, voulu de Dieu et créé par lui. Tel est, du moins, l'enseignement de Moïse.
Cet enseignement a longtemps été admis sans conteste par la science, ou plutôt le problème de l*origine des espèces n'avait jamais été sérieusement posé avant l'apparition du livre, devenu fameux, de Benoît de Maillet (2). Il n'en est plus de même aujourd'hui. Dès le commencement du siècle, Lamarck, dans sa Philosophie zoologique, avait essayé d'expliquer le développement graduel des êtres par des causes naturelles indépendantes de l'intervention du Créateur. La théorie de Lamarck, longtemps discréditée, a été reprise de nos jours, avec quelques changements, par le célèbre naturaliste anglais, M. Darwin. Adoptée par Lyell, qui, dans un ouvrage récent sur lequel nous aurons à revenir, leur a donné son plein assentiment, les idées darwiniennes ont recruté de nombreux adhérents en France, en Angleterre et en Allemagne. Ainsi s'est constituée une école considérable qui, répudiant l'action créatrice de Dieu dans la formation des espèces, relie tous les êtres les uns aux autres par une chaîne interrompue, et prétend expliquer les différences spécifiques par une série de trans-
(1) M. le pastear Pozcy reui bien nous communiquer un chapitre d'un ouvrage qui
Ta paraître sous ce titre : la Terre et le récit bibliqw de la création. Nous nous faisons
un plaisir de le publier, tout en nous réservant de revenir plus lard^ s'il y a Uen, sur
la grave question qui s'y trouve traitée.
rùa Rédaction.J
(t) Telliamed, ou Entretiens d'tm philosophe indien (wec un missionnaire françaù sur la dimnution de lamerj 1748 et 1756. Telliamed est fe nom de l'auteur au rebours.
formations accomplies sous l'empire des circonstances externes, en vertu de certaines lois inhérentes à leur nature.
Nous n'avons pas à entrer ici dans l'examen et la discussion détaillée de cq système. Il doit nous suffire de constater qu'il est la contradiction formelle du récit de la Genèse, et, comme l'objet . que nous avons en vue est d'établir la conformité de ce récit avec les données géologiques, la seule question que nous ayons à résoudre est celle-ci : Y a t-il accord ou désaccord entre les faits géologiques et cette déclaration plusieurs fois répétée par Moïse, que Dieu créa les plantes et les animaux « selon leur espèce? »
Si l'origine des espèces n'est pas un fait primordial, mais accidentel, la. géologie déroulant devant nous l'histojire des êtres qui ont successivement peuplé notre globe pendant un nombre incalculable de siècles, doit pouvoir nous montrer la trace des modifications graduelles qu'ils ont subies. Si, au contraire, les espèces, loin de se modifier, restent les mêmes; si jamais nous ne les voyons changer, quoique les circonstances subissent des changement considérables, en un mot, si les limites qui les séparent persistent ; si elles demeurent infranchissables, tellement qu'on ne puisse citer un seul cas bien constaté du passage de l'une à l'autre, n'est-ce pas la preuve manifeste, fournie par la géologie, que Moïse a dit vrai quand il a dit que Dieu créa les plantes et les animaux « selon leur espèce? (1) »
Or, nous avons beau fouiller les entrailles de la terre, parcourir toute la série des couches fossilifères, pour y trouver la trace de ces transformations graduelles qui seraient l'origine des espèces, nous ne l'y découvrons nulle part. Ce que ces espèces étaient au début de leur existence, elles l'ont toujours été, aussi longtemps qu'a duré leur vie. Cette vie n'a pas été la même pour toutes. Les unes n'ont vécu qu'un temps limité, tandis que les autres se sont conservées depuis les âges les plus reculés jusqu'à nos jours, comme les lingules, par exemple, qui peuplaient déjà les océans cambriens et siluriens, et qu'on retrouve encore dans nos mers actuelles. Mais que leur apparition sur la terre ait été longue ou courte, toujours est-il qu'elles se présentent à nous constamment sous les mêmes formes e^ revêtues des mêmes caractères.
0) Quand nous parlons de la permanence des espèces, nous n'entendons pas dire qu'elles ne sont pas variables ; mais seulement qu'elles ne sont pas transmulables, c'està-dire qu'elles ne peuvent point passer d'un type à un autre type.
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Les preuves surabondent. .
Déjà, l'archéologie nous en fournirait de suffisantes. Sans parler des collections zoologiques et botaniques, dont quelquesunes remontent jusqu'au seizième siècle, et qui attestent la permanence des formes animales et végétales depuis cette époque, on a trouvé sous les laves qui ont recouvert Herculanum et Pompéi, vers l'an 79 de notre ère, une collection de coquilles dans la maison d'un peintre, et dans la boutique d'un fruitier des vases remplis de châtaignes, d'olives et de noix en parfait état de conservation. Or, malgré dix-huit siècles écoulés, on n'a point constaté de changements appréciables entre ces formes et celles d'aujourd'hui. — Aristote vivait il y a plus de deux mille ans. Depuis, les animaux et les plantes ont-ils changé ? Nullement. Les descriptions extérieures et anatomiques qu'il en donne sont si exactes, qu'on les croirait tracées par la main d'un naturaliste de nos jours. — En comptant le nombre des couches concentriques d'un tronc d'arbre, on arrive à déterminer l'âge de la souche originaire. On a ainsi calculé que le baobab du Cap- Vert, mesuré par Adanson, aurait cinq mille ans de durée ; le célèbre séquoia de Californie, dont la cime s'élève à plus de cent mètres, dont la circonférence en mesure trente à la base, végéterait depuis six mille ans. Eh bien, entre ces végétaux d'une longévité si remarquable et ceux d'un âge tout récent, et de la même espèce, qui croissent à côté, impossible de découvrir de différences importantes. — Des découvertes multipliées, . faites en divers temps, établissent aussi de la manière la plus positive que, depuis cinq ou six mille ans — en supposant que les échantillons les plus anciens ne remontent qu'à la quatrième dynastie (1), — les animaux et les plantes, dont on a trouvé les débris dans le sol et les monuments du l'ancienne Egypte, sont restés les mêmes. Ne sont-ce pas là des preuves, dignes tout au moins de considération, en faveur de la fixité des espèces?
Celles que nous fournit la géologie sont plus décisives encore. Au dire d'Agassiz, l'extrémité méridionale de la Floride aurait été formée par l'accumulation des polypiers des mers tropicales, et il a calculé que ce travail n'a point exigé moins de deux cent mille ans pour s'accomplir (2). Certes, si les espèces sont susceptibles de se transformer avec le temps, une durée de deux cent
(\) A. Mahibttk-Bey. Aperçu de V Histoire anàmw d'Egypte, (2) De Vespèce et de la cUusification en zoologie, p. 80.
mille ans aurait bien dû suffire pour une telle transformation Eh bien I non. Entre les êtres qui forment les bancs les plus récents de ces récifs et les zoophytes dont Tagrégat en soutient les premières assises, il n'y a pas la moindre différence. — L'homme primitif, nous l'avons vu, a été le contemporain du mamouth ; il remonte même au delà, jusqu'à l'âge de l'ours des cavernes. Cependant les débris qui attestent son existence ne révèlent aucune modification subie dans le cours deç siècles ; l'identité est telle que ces débris ont pu être facilement reconnus, «t cela, remarquons-le, quoique les circonstances de milieu aient été modifiées de la manière la plus profonde, dans les contrées où ces restes sont enfouis. — La même conclusion ressort de la comparaison de la flore glaciaire avec celle des temps actuels. On a découvert près de Robenhausen, dans le canton de Zurich, au sein de marais tourbeux, toute une population végétale des anciens âges. Ces débris sont encaissés dans des lignites dont la formation a dû avoir lieu, au dire de certains géologues, entre deux périodes glaciaires. Telle est en particulier l'opinion du professeur Herr, à qui ses travaux en ces matières ont acquis une autorité réelle. L'if, le pin silvestre, le mélèze, le bouleau, le chêne, l'arable, le noisetier même, avec ses deux variétés, ont été reconnus dans ces formes végétales d'un âge géologique certainement antérietir au nôtre ; on les a comparées avec les formes végétales de la même espèce qui croissent encore aujourd'hui, et l'on n'a point trouvé de différence.
Ces faits qu'il serait facile de multiplier sont accablants pour la théorie de Darwin ; ils montrent, jusqu'à l'évidence, qu'au point de vue géologique, elle est non-seulement sans fondement, mais encore qu'elle est insoutenable.
Nous n'ignorons pas comment Darwin cherche à y échapper. Tout en lés avouant il arguë de l'insuffisance de notre savoir • actuel, et consacre dans ce but un chapitre tout entier à démontrer l'insuffisance des documents géologiques. Il compare les archives naturelles de la géologie à < des mémoires tenus avec négligence pour servir à l'histoire du monde et rédigés dans un idiome altéré et presque perdu. De cette histoire, ajoute-t-il, noiis ne possédons que le dernier volume qui contient le récit des événements passés dans deux ou trois contrées. De ce volume luimême, seulement ici et là un court chapitre a été conservé, et de chaque page quelques lignes restent seules lisibles. Les mots de la langue lentement changeante, dans laquelle cette obscure bis-
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toire est écrite, devenant plus ou moins différents dans les chapitres successifs, représentent les changements en apparence soudains et brusques des formes de la vie ensevelies dans nos strates superposées et pourtant intermittentes. Lorsqu'on regarcle de ce point de vue les objections que nous venons d'examiner, dit-il, ne semblent-elles pas moins fortes, si mêmeelle ne disparaissent pas complètement ? »
Au fond, qu'est cette réponse de DaYwin ? Un appel à l'inconnu. Or, n'est-il pas étrange qu'un auteur, qui se prévaut de l'insuffisance de nos connaissances géologiques pour nous dénier le droit de tirer des conclusions d'une expérience de plusieurs centaines de milliers d'années, s'appuie sur cette insuffisance même pour défendre sa théorie ? D'ailleurs si la science géologique présente des lacunes, il y a cependantbon nombre de terrains tellement bien étudiés que nous en connaissons à peu près tous les fossiles. Chaque jour des explorateurs ardents mettent en lumière, dans de nouveaux et riches gisements, des objets encore inobservés. Comment dont sa fait-il que ces objets, au lieu de nous offrir les anneaux intermédiaires que nous cherchons, rentrent toujours dans les espèces déjà connues? En vain Darwin ajoute (jue les terrains superposés, et en apparence de formation continue, n'ont été déposés qu'à des époques séparées par d'innombrables siècles, que tout ce qui s'est passé dai)s f intervalle nous échappe, et que c'est là encore une explication de la difficulté, t N'est-il pas malheureux pour ces idées, dirons-nous avec M. de Quatrefages, que tant de faits témoignant contre elles aient été conservés dans ce qui nous reste du grand livre, et que toujours ceux qui auraient plaidé en leur faveur aient été inscrits dans les volumes égarés, sur les feuillets perdus (1 ) ? »
D'autre fois encore Darwin cherche à se débarrasser de l'objection tirée de l'absence de formes intermédiaires, en modifiant sensiblement sa théorie : t La théorie de l'élection naturelle, dit-il, ne suppose pas un développement nécessaire, elle implique seulement que des variations accidentelles, produites dans une espèce quelconque, se conservent sous de favorables conditions. »
Admettons qu'il en soit ainsi. Mais d'abord n'est-il pas bien étonnant qu'aucun de ces accidents modificateurs ne se soit produit une seule fois, chez une seule des centaines d'espèces ani-
(4) A. DE Qn\TiiBrAOSS« Charles Daricin et ses précurmits français^ p. 485. Pari»,
maies ou vi^gétales recueillies sur les points les plus divers, pendant des milliers et peut-être des centaines de milliers de siècles ? Ensuite et surtout, dans la théorie darwinienne, la variation dépend de la sélection, qui dépend elle-même de la lutte pour l'existence. Or, cette lutte est incessante; elle n'a subi, elle n'a pu subir en aucun temps la moindre suspension, à moins que les lois qui président aujourd'hui à la vie des êtres aient été tout autres, ce qui n'est rien moins que prouvé, ce qui est contraire à tout ce que nous savons des siècles passés.
Malgré ces difficultés, Darwin n'en persiste pas moins à affirmer la transmutation des espèces : t Que penserait-on, dit-il, d'un homme qui, parce qu'il pourrait démontrer que le mont Blanc et les autres pics alpestres ont conservé leur même hauteur, depuis trois mille ans, en conclurait que ces montagnes ne se sont jamais lentement soulevées, et que la hauteur d'autres montagnes et d'autres parties du monde ne s'est pas accrue lentement et récemment? »
La réponse est ingénieuse ; elle n'est pas solide. D'abord ce n'est pas de trois mille ans seulement qu'il s'agit, mais de dizaines et de centaines de milliers d'années, comme dans le cas des récifs polypiers de la Floride. Ensuite chacun sait que l'élévation des montagnes est tantôt lente, tantôt brusque ; tandis que, dans la théorie darwinienne, la loi de transformation est uniforme. Si donc, depuis cent mille ans, et plus, aucun exemple de transformation ne peut être signalé, nous sommes en droit d'affirmer la stabilité et la permanence des espèces (1).
On a encore essayé d'infirmer cette conclusion d'une autre manière. S'appuyant sur le fait indéniable que les animaux des diverses périodes géologiques diffèrent spécifiquement de ceux des formations qui précèdent et qui suivent, on raisonne ainsi : c D'une période géologique à l'autre, on observe des chaïigements. Des espèces n'existant pas à une période antérieure se rencontrent à une période postérieure, tandis que celles de la première époque ont disparu. Or, bien que chaque espèce ait pu posséder, durant un certain laps de temps, des particularités invariables, le fait que, lorsqu'on embrasse des périodes assez étendues, toutes les espèces d'une première époque sont, à une autre époque, remplacés par des espèces nouvelles, prouve qu'en
(1) Eb5Bst Faitbb^ la vanabiUté det etpèces, p. 461 et suiv.
définitive l'espèce change, pour peu qu'on envisage une période suffisamment longue. »
L'erreur de ce raisonnement gît en ce que l'on considère les périodes diverses qui se succèdent comme s'ajoutant bout à bout, pour ne former qu'une seule même longue période, tandis qu'entre elles il y a hiatus^ solution de continuité, c II est vrai, dit Agassiz, que l'espèce est limitée à une période géologique donnée ; il est également vrai que, Mans toutes les formations géologiques, les espèces des périodes successives diffèrent les unes des autres. Mais parce qu'elles diffèrent, s'ensuit-il qu'elles se sont modifiées ? N'ont-elles pas été substituées, remplacées par d'autres ? L'espace du temps nécessaire à l'opération ne fait rien à la chose. Qu'on accorde, pour chaque période, des myriades d'années ; que ce soit plus, que ce soit moins , la question est toujours simplement celle-ci : Quand un changement a eu lieu, a-t-il eu lieu spontanément, sous l'action des forces physiques et suivant la loi de ces forces, ou bien a-t-il été produit par l'intervention d'un agent dont l'activité, avant comme après, ne s'exerçait point sur cet objet ? Une comparaison rendra ma pensée plus claire. Je suppose qu'un amateur de peinture visite un musée où les toiles sont classées systématiquement, et où les tableaux d'écoles différentes sont placés dans l'ordre chronologique. En passant d'un salon à un autre, il observe des changements aussi grands que ceux notés par les paléontologistes, quand ils passent d'un système de roches à un autre. Mais, parce que ces œuvres ont une grande ressemblance, puisqu'elles appartiennent à telle ou telle époque ou sont d'époques très-rapprochées, le critique aurait-il raison de supposer que des tableaux anciens se sont métamorphosés pour devenir tableaux modernes et de nier que les uns et les autres soient l'œuvre d'artistes qui vivaient et agissaient au moment où ces toiles ont été peintes ? La question de l'immutabilité des espèces est absolument la même que celle de ce cas supposé. Ce n'est pas parce que les espèces ont eu une durée plus ou moins longue aux âges passés que le naturaliste les considère comme immuables; c'est parce que, dans la série tout entière des temps géologiques, et pendant la durée des siècles qui se sont écoulés depuis * l'introduction première en ce monde d.es animaux et des plantes, il ne paraît pas le plus petit indice qu'une espèce se soit transformée en une ' autre. Nous savons seulement qu'une différence existe à des époques différentes, ainsi qu'il arrive aux tableaux de différents
siècles et d'écoles diverses. Mais tant que nous n'aurons sur ce point que les données fournies de nos jours par la géologie, il sera contre la philosophie et contre la logique de supposer, à cause de ces différences, que les espèces changent ou ont changé, se transforment ou se sont transformées. C'est tout comme si l'on supposait que les tableaux se sont transformés dans le cours du temps. Nous ignorons qu'elle a été l'origine des êtres organisés, cela est vrai. Pas un naturaliste ne saurait rendre compte de leur apparition au commencement, pas plus que de leur différence, aux périodes différentes. Nous -en savons toutefois ,assez pour repousser l'hypothèse de la transmutation (i). »
Il y a plus. S'il faut en croire les partisans de la transmutation des espèces, cette transmutation aurait eu heu par voie de progrès et de perfectionnement continu. La nature procède graduellement dans toutes ses opérations , disent-ils, elle ne peut produire du premier coup les types les plus élevés de la vie animale et végétale. Elle marche toujours du simple au composé; elle part des formes les plus élémentaires, pour arriver de là à des formes plus compliquées, ajoutant successivement différents systèmes d'organes, et multipliant de plus en plus leur nombre et leur énergie. Par ce moyen, non-seulement une espèce est changée graduellement en une autre espèce, mais même les genres et les familles sont transformés ; en sorte qu'il y a eu un développement successif et ininterrompu des êtres dans le règne végétal et animal, depuis les premiers âges du monde jusqu'à nos jours, et que les animaux dont les restes sont découverts dans les roches les plus anciennes, peuvent, en dépit de l'étrangeté de leurs formes, être considérés comme les ancêtres de ceux qui existent aujourd'hui. Ainsi, non-seulement les espèces se transforment, mais encore, en se transformant, elles se perfectionnent de plus en plus. C'est en vertu de cette théorie qu'on nous dit que l'homme a eu pour ancêtre un singe perfectionné (2).
(4) L. Agassiz^ Op. cit., p. 78.
(2) Cette loi du perfectionnanent gradoel, affirmée par les disciples de Darwin^ a pourtant reçu de ce dernier une limitation importante. Darwin admet bien que dans la Jutle pour l'existence^ la Tictoire reste aux plus forts et aux mieux doués : mais il a soin d'ajouter que cette supériorité est toute relative^ qu'elle est subordonnée aux conditions de milieu. <c n est très-possible, dit-il avec raison, que l'élection naturelle adapte graduellement un être à une situation telle que plusieurs de ses organes lui soient inutiles. En ce cas il y aura pour lui rétrogradation dans l'échelle des organismes. » Tel 4— <874
Nous avons répondu ailleurs. Qu'il y ait dans le plan général de la création un progrès de groupe à groupe, progrès réel, continu, à partir des formes les plus rudimentaires de l'être, dans les algues, les zoophytes, les mollusques jusqu'au type le plus élevé de la vie organique chez l'homme, nous sommes loin de le nier, nous l'avons déjà reconnu. Mais que les espèces, que les genres, que les familles même se développent et se perfectionnent dans le cours de leur existence, par transitions graduelles et insensibles, c'est là ce qui est absolument contraire au témoignage des faits. L'inverse serait plutôt vrai. On constate que chaque espèce, chaque genre a une existence limitée. Cette existence commence d'ordinaire par une exubérance de vie; après quoi vient une période d'alanguissement et de mort. La force vitale épuisée sous cette forme reparaît bientôt sous une autre, mais entièrement différente de la première. Aux espèces éteintes succèdent d'autres espèces, aux genres disparus de nouveaux genres, et souvent dans ces genres et ces espèces, ce sont les types les plus anciens qui sont aussi les plus parfaits.
Ce qui achève de ruiner la théorie du développement graduel, c'est l'existence simultanée dans les mêmes roches de formes organiques entre lesquelles il est impossible de saisir un lien quelconque, ou qui appartiennent à des genres, même à des ordres différents. Ainsi, dans la période silurienne, rien ne relie la famille des trilobites, dont l'organisation est aussi compliquée que celle des crustacés de nos jours, aux deux autres embranchements alors existants, les mollusques et les rayonnes. Encore moins peut-on les relier, et les autres invertébrés avec eux, au genre poisson dont nous avons parlé dans un autre endroit.
Donc les fait géologiques, et cette afî9rmation de Moïse que
Dieu créa les plantes et les animaux c selon leur espèce, i sont
dans l'accord le plus parfait.
B. POZZY*
est le cas de ces reptiles, de ces poissons, de ces insectes qui^ Tiyant an fond des carènes de la Garniole ou de l'Amérique à l'abri de toute lumière^ y ont perdu la Tue. (Voir 1ht QuATBBFiQBS^ Chorks Darwin et m précwnwirs françaii, p. 98^*