‹ La Question européene improprement appelée polonaise: Réponse aux objectionChapitre 14 sur 26 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

QUELQUES PAGES d'hISTOIRE POUR DÉMONTRER QUE LE NOM DE RUSSIE , USURPÉ PAR LES TZARS , EST UN MENSONGE DIPLOMATIQUE.

Depuis que Pierre F' a imaginé de donner à ses États une teinte occidentale, toute la politique de ses. successeurs a consisté à tromper l'Europe par une suite dp déguisements. C'est surtout dans les généalogies etdans les transmissions de noms que s'estexercé leur art de falsification. Et ce qu'il y a d'étrange, c'est le facile succès qu'ils ont obtenu auprès de !a plupart des historiens.

Un exemple tout actuel peut faire connaître leur procédé. On sait que Pierre III était un épais Allemand de la maison de Holstein-Gottorp ; sa femme Catherine était également une Allemande de la maison d'Anhalt. Or, l'arrière-petite-fille de ces Germains, la princesse Olga, a épousé un Français, le prince Beauhamais, et ce n'est assurément pas cette alliance qui ajoute une goutte de sang moscovite à la lignée. Voici cependant que, par décret du tzar, les enfants Beauharnais ont reçu le nom de Romanowski, comme)

s'ils descendaient en ligne directe de Romanow. Ceci n'est pas simplement une petite satisfaction de famille, c'est un charlatanisme politique fait pour diriger les crédulités populaires. Quant à l'usurpation du nom de Russie, elle a été faite à l'adresse de l'Europe. Et c'est ce qui rend nécessaire de signaler ce mensonge dans l'histoire. La question diplomatique, d'ailleurs, en ce qui concerne les véritables droits de la Pologne, s'en trouvera considérablement éclaircie.

On sait que les souverains de Saint-Pétersbourg font remonter l'origine de leur empire à Rurik ; ils prétendent même que leur droit repose sur le consentement des peuples; car, selon eux, les Slaves de Nowgorod auraient d'eux-mêmes invité Rurik à s'établir dans leur pays.

Il est bon de faire justice de toutes ces fables, soit sur leur origine, soit sur leurs droits.

A la même époque où les Scandinaves normands répandaient la terreur sur tous les rivages de l'Occident, d'autres tribus, cherchant une proie plus à leur portée, traversaient la Baltique et se répandaient sur les terres des Tchoudes de l'Esthonîe, des Slaves de Nowgorod et des autres tribus finnoises des bords du lac Biéloozéro et du Volga, dont les principales étaient les Vès et les Méra.

Signalons tout d'abord la situation géographique des Slaves de Nowgorod, dont les possessions, s'avançant au nord au-delà du lac Ilmen, se trouvaient enclavées à droite et à gauche dans des pays de race

différente di^rtenant à la famille finnoise ou tonranienne. Au nord-ouest, lesTchoudes esthoniensqui les séparaient de la Baltique ; au nord-est, les Vès et les Méra occupant les gouvernements actuels de Twer et de Moscou. Entre ces trois grandes tribus finnoises, les Slaves de Nowgorod, beaucoup moins nombreux, maintenaient vaillamment leur indépendance.

Un moment vint, cependant, oîi les deux races ennemies se réunirent dans un intérêt commun. Les envahisseurs Scandinaves, établis sur plusieurs points, promenaient partout leurs ravages. Il se fit une alliance entre les Touraniens, Tchoudes, Vès et Méra et les Slaves de Nowgorod, et leurs efibrts réunis parvinrent, en 859, à chasser au-delà de la Baltique tous les occupants étrangers.

Mais, à cette époque, les Scandinaves, possédés de l'esprit de conquête, ne se rebutaient pas à la suite d'un échec. D'autres bandes, pénétrant par le golfe de Finlande, se répandirent sur les terres naguère délivrées ; et les tribus alliées ne trouvèrent rien de mieux h faire que de chercher des auxiliaires dans le pays même qui leur envoyait ces terribles visiteurs. Sur la pointe Scandinave située en face de TEsthonie, à un endroit nommé Ross-Lagen, séjournait la tribu Scandinave des Rouss. Les alliés invitèrent leur chef Rurik à traverser la mer pour les défendre contre les autres envahisseurs, promettant en retour à ses bandes des apanages territoriaux.

Répondant à leur appel, Rurik vint en 862 avec

- 4a ses deux frères Sinéus et Truwor; et ces trois chefs, se partageant leurs bandes, reçurent des alliés des possessions territoriales sur les points les plus mena-: ces par leurs ennemis, soit du dehors, soit du dedans. Rurik fut établi à Ladoga, comme sentinelle avancée contre les autres Scandinaves; Truwor fut placé à Isborsk, pour protéger les Tchoudes contre lesincursions des Lettes ; Sinéus se 8xa àBélosyersk, pour défendre les Vès et les Méra contre lesPermiens, grande tribu touranienne du Nord.

Comme on le voit, l'invitation faite à la tribu des Rouss vint bien plutôt des populations touraniennes que des Slaves. D'abord, Rurik ne pouvait pénétrer dans le pays qu'en traversant les terres des Tchoudes ; ensuite, une seule petite ville slave, Isborsk des Krivitches, était entrée avec Nowgorod dans l'alliance ; enfin, aucun des trois chefs Scandinaves ne se trouve établi sur le territoire de Nowgorod. Isborsk était une pla<îe frontière touchant aux Lettes.

Ce ne fut qu'en 864 que Rurik s'avança vers Nowgorod, non en allié, mais en ennemi ; et les chroniques racontent la défense désespérée des Nowgorodiens. Leur chef Vadimme fut tué de la main de Ru-^ rik, et le souvenir du chef slave était encore vivant au quinzième siècle ; car, lors de l'expédition d'Ivan III, là célèbre héroïne Martha Boretsca, la Jeanne d'Arc slave, moins heureuse que la nôtre, convoqua les Nowgorodiens au nom de Vadimme.

Voilà quel fut le prétendu concert entre les Now-

gorbdiens et Rurik, dont les historiens moscovites font un titre légal.

Quoi qu'il en soit, Rurik s'établit à Nowgorod, et, poursuivant ses conquêtes, il fonda un État éphémère, qui, outre Nowgorod, Ilmen et Ladoga, comprenait encore les pays environnants.

Ici se présente une question de noms qui n'est pai* sans importance.

De même qu'en Occident les envahisseurs Scandinaves étaient connus sous le nom général de Northmans ou Normands, de même, vers l'Orient, ils étaient appelés Varègues. Mais la tribu de Rurik ayant son nom particulier, les Slaves donnèrent à tous leurs envahisseurs le même nom et les appelèrent Rossi, Russi, Ruthènes, et le plus souvent Russes-Varègues.

Ainsi que cela se pratiquait à la même époque dans notre histoire occidentale, dès qu'une tribu normande avait fait un bon établissement, d'autres bandes accouraient de la Scandinavie pour avoir leur part de conquêtes. Bientôt après Tarrivée de Rurik à Nowgorod, un nouveau détachement de Varègues descendit le long des bords du Dnieper, - sous la conduite de Dir et Askold, qui s'emparèrent de Kiew. et y fondirent un nouvel établissement sous le nom de duché de Kiew (1); mais ils ne le gardèrent pas long-

" H) Déjà à celte époque, des Slaves Pulaniens, venus de la Vistule, étaient établis depuis deux siècles sur les bords du Dnieper; et dans le récit que fait Nestor de la conquête de Kiew par As-

temps. En 882, OIeg, tuteur d'Igor, fils mineur de Rurik, qui régnaitàNowgorod depuis la mort de son père, fit une expédition avec ses guerriers contre les Varègues de Kiew, s'empara de celte ville et en fit sa capitale. Le grand-duché de Kiew devint dès-lors le centre de la puissance russe-varègue. Elle s'agrandit encore par les conquêtes des successeurs d'Igor, et il se forma un vaste État normand qui s'étendait depuis le voisinage du golfe de Finlande jusqu'au-delà du confluent du Dnieper et de la Desna.

Un fait cependant à constater, et qui prouve combien tous ces incidents historiques sont étrangers à l'histoire de la Moscovie, c'est que même ce grand établissement de Kiew n'entrait pas d'abord dans les vues des chefs varègues. En se portant avec ses guerriers vers le midi du Dnieper, Oleg a^ait pour but la conquête de Byzance. Le fils d'Igor, Swiatoslaw, poursuit ce projet , et pous le voyons pénétrer victorieusement en Bulgarie. Il fallut que l'empereur grec Zimiscès fît effort pour arrêter ses conquêtes. Ce ne fut qu'après leur expulsion de la Bulgarie que les chefs varègues s'établirent définitivement à Kiew.

Alors, sous Wladimir le Grand, fils de Swiatoslaw, la domination russe ou normande parvint à son plus

kold el Dir, se lisent ce.< paroles significatives : « CVst ainsi qin^ les Russes s'emparèrent de la. terre polonaise. » On verra plus lard rimportance de celte obàcrvalion.

grand développement dans tout le bassin du Dnieper. Mais, ce qui est étrange, c'est que l'histoire dês Slaves, à l'époque de Wladimir, a été mieux comprise en France qu'en Pologne. Nous lisons, en effet, dans le comte de Ségur (1), que c'est l'empereur Zimiscès qui, en chassant Swiatoslaw de la Bulgarie, a été cause de la formation de l'Etat russe d'alors, parce que, s'il n'avait pas refoulé les Varègues, ils auraient envahi la Morée et s'y seraient fixés, au lieu de se porter plus tard dans le duché de Moscou.

Il est important de remarquer qu'à mesure qu'ils s'établissaient dans une nouvelle province, ils lui donnaient, avec une simple variété d'épithète, le nom de leur tribu primitive; de sorte que, dans les diverses régions occidentales du Dnieper, se rencontrent à la fois plusieurs Russies : la Bussie blanche, enclave de la Lithuanie au nord-est; la Russie noire ouPoléssié, au sud du même Etat; la Russie rouge (Gallicie actuelle); puisun royaume embrassant la Volhynie et la Podo lie sous le nom de toute la Russie ; enfin la Petite- Russie, faisant frontière entre la Podolie et les Cosaques connus sous le nom de Kassogues.

Tout cela se passe, comme on le voit, tout-à-fait en dehors de la Moscovie, qui n'a rien de coiDmun ni avec ces faits ni avec ces populations.

Ajoutons que, de même que les Normands, envahis-

'4) Histoire de Pierre le Grand-

seursderOccident, après leur établissement dans lat Netistrie française adoptèrent la langue du pays où ils s'étaient imposés, de même les Normands-Varègués adoptèrent la langue slave des populations qu'ils avaient soumises.

N'oublions pas de constater qu'à l'époque où, sous Wladimir, la domination normande parvenait à son plus grand degré de développement, les Polonais de la Yistule étaient formés en un royaume puissant sous Boleslas le Grand, qui régna même à Kiew après la mort de Wladimir.

Sous Jaroslaw, fils de Wladimir, se présente un fait historique qui a été une source d'erreurs pour nos chroniqueurs occidentaux, et dont le cabinet de Saint-Pétersbourg a su profiter dans ses prétentions à l'antiquité.

Nous lisons dans nos historiens que la princesse Anne de Russie épousa Henri P^ roi de France. De là on a conclu que lepaysrfioscovitequi s'appelle faussement Russie avait dès le onzième siècle une existence politique assez importante pour fournir des reines de France. Or, la princesse Anne de Russie était la fille de Jaroslaw, g.and-ducdeKiew, c'est-à-dire une Norman le, n'ayant rien de commun avec la Moscovie, qui elle-même n'avait pas encore un nom historique, et était même en guerre avec Jaroslaw. Les Polonais pourraientdonc, à bien plus juste titre que les Moscovites, réclamer pour leur pays l'honneur de cette antique alliance.

Au surplus, on ne se trompait guère alors en Orient sur la véritable nationalité des Russes. Luitprand, évêque de Crémone au dixième siècle, écrivait de Constantinople où il était en mission : Rhossos Grœci vocant, nos Northmanas, Dans une autre occasion, il répète : Rhossos, quôs alio nomine Northmanos vocamus.

Ainsi donc,, il est bien constaté que, durant toute l'époque brillante de la conquête russe ou normande dans les bassins du Dnieper, de la Duna et du Dniester, non-seulement il n'est pas question de la Moscovie, mais que, de plus, la Moscovie n'existe pas. D'où viennent donc les confusions d'aujourd'hui ? Des habiles déceptions de Saint-Pétersbourg et des crédulités ignorantes de l'Occident,

C'est ce qui peut facilement se démontrer.

Après la mort de Jaroslaw, le duché de Kiew fut partagé entre ses six descendants ; il se fit ensuite plusieurs démembrements, et chacun des chefs normands visant à l'indépendance, ils s'affaiblirent mutuellement. L'élément varègue s'absorbait dans la population slave, tandis que, d'un autre côté, le royaume de Pologne, par ses développements progressifs, rendait aux Slaves la force et la prépondérance^

Les chefs varègues perdant ainsi chaque jour dû terrain stg: la rive occidentale du Dnieper, un d'eux voulut chercher fortune de l'autre côté du fleuve : c'était André Bogolubski, fils de Georges, surnommé Dolgorouki, Portant ses pas vers le nord-est, il pé-

nétra en Souzdalie, établit en 1155 sa capitale à Vladimir, prit le titre de grand-duc. et soumit successivement les contrées qui forment aujourd'hui les gouvernements de Jaroslaw, dé Kostroma, de Moscou et de Vladimir, avec um partie des gouvernements actuels de Twer, Nizjegorod, Tulsk et Kalouga. Voilà le véritable berceau de l'empire Moscovite, qui ne commence ainsi à poindre que vers l'an 1 1 55.

Mais déjà il n'a plus rien de commun avec l'ouest du Dnieper. De ce dernier côté, les Rurikovitches, devenus chrétiens et commandant à des populations chrétiennes, se confondent de plus en plus avec les Slaves. Leur domination même a presque entièrement disparu. La première résidence de Rurik, Nowgorod, devient une république riche et florissante, et fait partie des villes anséatiques, ainsi que Pskow, autre grande république.

En Souzdalie , au contraire , les rurikovitches prennent une autorité absolue ; car ils régnent sur la population des Finnois, barbares etpayens, que l'autocratie seule peut détourner du meurtre et du pillage, n'ayant aucune notion du droit et ne respectant que la force. On comprend facilement que les guerriers varègues, établis en petite minorité au milieu de ces races asiatiques, sont promptement absorbés et qu'aucune trace, soit de l'élément Scandinave, soit de Téléo^nt slave, ne survive à un siècle de décomposition.

Aussi, à dater de cette époque, la séparation 9à

fait complète eatk*e les Rurikovitches de la Klasnia et ceux du Daieper. Ou a constammeot écrit que ce fut la conquête des Mongols qui produisit la séparation : c'est encore là une erreur. Pendant tout le siècle qui précéda l'invasion tatare , des guerres sanglantes , acharnées, implacables se continuent entre les populations du Dnieper et celles de la Klasma. Et ce ne sont pas des guerres de princes ou de rivalités dynastiques ; ce sont des guerres de race, sans trêve ni merci. Les Varègues de la Souzdalie, en devenant autocrates, ont épousé les mœurs et les passions des Finnois qu'ils gouvernent, et c'est la haine de leurs peuples qui les pousse contre les Slaves du Dnieper. Ils deviennent eux-mêmes foncièrement Finnois ; car il est dans les conditions nécessaires de l'autocratie de s'assimiler aux penchants populaires , son empire ne se conserve qu'à ce prix ; la souveraineté absolue est tenue, plus que toute autre autorité, à une obéissance aveugle aux préjugés et aux passions qui l'environnent.

Pour se faire une idée de l'acharnement des hostilités, il suffit de lire les détails de la prise de Kievi^, en H69, par André, fils de Dolgorouki, et des invasions dans le pays de Nowgorod en 1 1 70. Ses bandes asiatiques pillent, brûlent et massacrent à Kiew^ pendant trois jours. Les églises et les couvents dévastés sont dépouillés de toutes leurs richesses ; on enlève même jusqu'aux cloches. Les vaincus sont traités comme des hommes d'une autre espèce, ^

. Mais la haine de race empêche la conquête de se consolider; les Slaves chassent bientôt les Souzdaliens, et ceux-ci tentent en vain, pendant toute la dernière moitié du douzième siècle, de ressaisir leur proie. Â[partir du treizième siècle, les descendants de Dolgorouki renoncent à toute tentative sur les pays du Dnieper. La Souzdalie vitàpart, complètement étrangère aux différentes Russies de I9 domination slavo-normande (1).

C'est là un fait historique sur lequel on ne saurait trop insister. Beaucoup avant l'invasion des Mongols, les Rurikovitches de la Klasma, devenus euxmêmes Finnois, régnent sur un pays entièrement étranger à leurs traditions et à leur race.

Cela explique même la facilité avec laquelle ils se firent les premiers serviteurs des khans tatars et les vassaux les plus empressés de la Grande Horde. Ils leur étaient assimilés d'avance.

Pour ce qui concerne les Slaves du Dnieper et du Dniester, ils étaient considérablement affaiblis par la ruine de Kiew, qui était le centre de leur autorité. C'est là du reste à quoi tendaient les princes de là Souzdalie en saccageant cette capitale. Aussi les Rurikovitches du Dnieper et du Dniester tentèrent vainement de faire opposition aux Tatars. Ce furent les

{i) Pour le détail des luttes du douzième siècle, on peut consulter avec fruit un excellent écrit de M. le marquis de Noailles, intitulé : La Pologne et tes frontières.

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Piastsde la Pologne qui arrêtèrent les hordes de Geogiz-Khan à la mémorable journée deLignitza (1S41).

Cette bataille décisive empêcha les Mongols de pénétrer en Occident ; elle forme pour ainsi dire le pendant delà bataille de Tours, qui arrêta les progrès des Sarrasins. Dès-lors, les Polonais prennent le premier rang parmi les populations slaves. Aussi, lorsqu'un siècle après la bataille de Lignitza, au décès du duc de Halitch, Boleslas, mort sans enfants, le roi de Pologne Casimir le Grand se trouva appelé à lui succéder par droit d'héritage, les seigneurs russes (ruthéniens) assemblés à Lemberg votèrent avec enthousiasme la réunion dé la Russie rouge (Gallicie) à la Pologne (1340). Cette réunion a duré jusqu'aux partages.

D'autres Slaves allaient bientôt, par une nouvelle annexion, augmenter la force et la puissan(;e d'unité de la Pologne.

Pendant que les ducs de Moscou subissaient le joug des Mongols, la tribu païenne des Lithvasnes, ou Lithuaniens, située entre le Niémen et la Wilia, conquérait par ses efforts une existence historique. Ses premières luttes furent provoquées par les incursions des Allemands de l'ordre teutonique qui prétendaient lui imposer la foi chrétienne. Autour des Lithuani^s se groupèrent d'autres peuplades païennes, et la cause religieuse devenant la cause nationale, les ducs deLithuanie acqui^nt bientôt une grande puissance. Nonseulement ils purent se défendre victorieusement à l'ouest contre l'ordre teutonique, mais encore à l'est

ils se retournèrent contre les Mongols et les forcèrent de s'arrêter. Le héros de cette race fut Guédémine. Son fils Lubart, ayant épousé la fille du duc de Voihynie qui mourut sans enfants mâles, la Volhynie fut incorporée au duché de Lithuanie.

En 1 320, Guédémine entreprit la conquête du duché deKiew, où régnait encore un prince du sang de Rurik. Celui-ci appela les Mongols à son aide ; mais ils furent battus avec lui , et Guédémine entra en vainqueur à Eiew. Le peuple le reçut avec joie, et le salua grand-duc de Russie. Il est étrange qu'avec ce dernier nom ravivé disparaît la dernière trace des Varègues. Toutes les Russies slaves sont délivrées desRurikovitches, et la facilité même de la réunion des Ruthéniens avec les Lithuaniens prouve qu'elle répondait aux aspirations nationales sur l'unité slave. L'invasion mongole, d'ailleurs, était le fait menaçant de l'époque ; les derniers Rurikovitches de Kiew n'avaient pas su protéger les populations; la race forte et guerrière des Lithuaniens devenait une sauvegarde. Et, en effet, les Ruthéniens furent désormais à l'abri de la domination touranienne.

Pendant ce temps, les ducs de Souzdal et Vladimir (plus tard ducs de Moscou) paient tribut aux envahisseurs et leur servent d'auxiliaires.

Ainsi, l'œuvre de Rurik n'existe plus. Les Rurikovitches du Dnieper ont disparu, ceux de la Souzdalié sont devenus asiatiques, d'abord parleur assimilation avec les Finnois, ensuite par leur soumission aux

-Si -

Mongols. Ils ont même renoncé à leur ancien nom de Russes, qui ne reparaît que plus tard, alors que la race de Rurik est éteinte.

Par suite de la réunion du duché de Halitch à la Pologne, du duché de Kiew à la Lithuanie, toutes les contrées méridionales du Dnieper et du Dniester, connues sous le nom de Ruthénie, se trouvaient agglomérées autour de ces deux puissances. Mais, parle fait même de ce partage, la Ruthénie se trouvait coupée en deux ; il se fit une tendance vers le retour à Tunité. Cette tendance était secondée par la communauté d'intérêts et de dangers qui invitait toutes les populations slaves à concentrer leurs forces. La réaction contre l'invasion mongole avait créé la puissance lithuanienne. Une autre invasion plus menaçante encore poussait les Slaves du Dnieper à s'unir aux Slaves de la Vistule. Les Turcs étaient arrivés à un degré de puissance qui mettait en danger toute la chrétienté. C'était un avertissement pour les deux groupes slaves que représentaient la Pologne et la Lithuanie. Placées dans le voisinage du formidable envahisseur, elles devaient vaincre ensemble ou succomber séparément. C'est ce sentiment général de la véritable situation des choses, cette sage conception politique des deux côtés qui amena le grand événement de la fin du quatorzième siècle, le mariage de Jagellon, duc de Lithuanie, avec Hedwige, reine de Pologne.

Alors l'unité slave se trouva rétablie depuis la Baltique jusqu'à la mer Noire ; alors entre dans l'histoire

occidentale la grande Pologne destinée à briser le cimeterre des Turcs, et sa grandeur se forme non par les conquêtes, mais par le consentement des peuples. A la diète de Lemberg, où fut décidée la réunion du duché de Halitch à la Pologne, les boyards de Halitch siégeaient à côté des palatins polonais ; à la diète de Horodlo, l'union de la Lithuanie et de la Pologne fut proclamée par les sénateurs et députés de tous les palatinats de Pologne, de Lithuanie et de Buthénie, agissant en vertu d'un mandat spécial des populations qu'ils représentaient (1 453).

Il est à remarquer que l'histoire de Pologne devient le complément de l'histoire des croisades.C'est au treizième siècle que cessent les croisades agressives de l'Occident; c'est au treizième siècle que commencent les croisades défensives de la Pologne ; et seule elle protège l'Europe contre deux invasions à la fois, les Turcs d'un côté, les Mongols et les Moscovites de l'autre. De sorte que l'Occident peut se reposer pendant que la Pologne protège ses frontières, et développer régulièrement ses institutions pacifiques, tandis que la Pologne garde pour elle le tumulte dâs guerres qui font le salut de la chrétienté.

La Pologne, fortement constituée, accomplit jusqu'au bout sa grande mission sociale. Toujours en lutte contre les Tatars et les Turcs, elle arrêta pendant cinq siècles leur force d'expansion et assura définitivement la défaite de l'islamisme par la main de JeanSobieski. Le héros polonais fut le dernier mis-

fiionnaire armé de la chrétienté. Après lui, elle n'en a plus besoin.

Mais aussi, une fois sa mission achevée, la Pologne apparaît aux yeux des autres nations comme quelque chose de désordonné et d'anormal. Pendant que partout ailleurs la noblesse européenne, devenue vassale des rois, avait abdiqué tout sentiment d'indépendance personnelle, les fiers guerriers delà Pologne conservaient avec un soin jaloux leur souveraineté individuelle, Si énergiquement constatée par le //6erum veto, et chacun d'eux se considérait comme le représentant de la liberté. Dans de telles conditions sociales, si quelquefois la prudence fait défaut, jamais au moins la dignité humaine, et c'est là ce qui donne au patriotisme une force invincible.

Déjà cependant, parmi les plus éclairés des grands citoyens, un certain nombre comprenait que la Pologne, créée pour les luttes guerrières du passé, avait besoin de mettre ses institutions en harmonie avec les temps nouveaux. Des réformes politiques devenaient urgentes. Mais, dans un pays de liberté, les réformes ne se font pas sans troubles. Deux voisins avides y mirent la main pour les aggraver et les perpétuer. L'Europe s'étonna des déchirements intérieurs de la Pologne; si elle avait regardé le fond des choses, elle aurait vu que ces déchirements venaient surtout des immixtions de l'étranger.

Ce qui est certain, c'est qu'ay moment du partage, la Pologne était en voie de régénération sociale, et

que c'est au milieu des efforts tumultueux d'une re^ naissance que les spoliateurs s'introduisirent chez elle, d'abord pour empêcher les améliorations politiques, ensuite pour la mettre en lambeaux. Enfin, par une double perfidie, ils mirent sur le compte de la victime les troubles qu'ils avaient eux-mêmes semés, et en portant la main sur e|le, ils l'accusèrent de s'être livrée elle-même en proie.

Nous n'avons pas besoin de justifier la Pologne ; mais il nous est permis d'accuser ses dilapidateurs. Si elle a commis des fautes, elle les a chèrement payées. Un interrègne national d'un siècle est une cruelle expiation. Remarquons cependant qu'elle s'est éclairée et retrempée dans le malheur; son histoire, depuis les partages, n'a manqué ni d'héroïsme ni de grandeur (i ) . Aujourd'hui , amis et ennemis reconnaissent qu'elle va se constituer en État, et qu'elle a en elle-même les éléments de force et de durée.

Mais cette reprisedel'indépendancea-t-elle sa raison d'être et sa légitimité dans la politiquegénérale de l'Europe? En d'autres termes, la Pologne, qui a si bien accompli sa première mission sociale, en brisant les forces de l'Islam, a-t-elle aujourd'hui une mission du même genre qui élève sa nationalité à la hauteur d'une question européenne? Nous n'hésitons pas à dire : oui.

{{) Voir VOdyssée polonaise. Paris, 186:î, chez Dentu. Palaiuftoyal.

Les vassaux et successeurs des Mongols, les frères de la race turque, les représentants actuels des Tatars, les tzars de la Moscovie sont sur nos frontières. Les rives du Dnieper, dernières limites du monde européen, nous séparent seules des hordes asiatiques, esclaves dévoués des tzars ; et ces hordes ont pour corps d'armée vingt millions de Mougiks barbares, pour auxiliaires sept millions de Kirguis et de Baskirs, et pour arrière-garde quatre cent millions de Chinois, branches diverses de la grande famille touranienne. Déjà elles nous ont envoyé Attila, Gengiskhan et Ta merlan. Elles pourraient bien un jour nous dépêcher de nouveaux visiteurs, avec les tzars de Mos- . cou à leur tête. Que ferait alors l'Europe, si déjà les corps avancés de la grande armée touranienne campaient sur la Vistule ? Tous nos intérêts ne disent-ils pas qu'il faut à tout prix empêcher cette prise de possition anticipée ? Ne commandent-ils pas de repousser dès aujourd'hui les Touraniens moscovites au-delà du Dnieper ; de placer entre ce lleuve et les Karpathes une forte Pologne, sentinelle armée de l'Europe, avant-garde de la grande confédération slavo-gernjano-latine, et reprenant contre d'autres barbares son œuvre glorieuse du moyen-âge. Son existence seule bien affermie suffirait à détourner le flot envahisseur, et la Pologne elle-même comprendrait combien il importe à sa gloire de se maintenir après sa régénération à la hauteur de la civilisation européenne, quand de sa paix intérieure dé[)cndra sa force extérieure,

quand à Tombre du drapedu polonais se fera le repos de TEurope.

Il s'agit maintenant de rechercher par quelle suite de déceptions les souverains moscovites se sont attribué exclusivement le nom de Busses.

Lors de l'invasion de Bogolubski en Souzdalie, suivant l'exemple de tous les chefs varègues qui appliquaient le nom de leur tribu à chaque nouvel établissement, il donna d'abord à ses possessions de la Klasma l'épithète de Grande Bussie. Mais, ainsi que nous avons dit, l'élément varègue ne résista pas longtemps à l'absorption finnoise, et avec l'absorption disparut le mot de Bussie. Les chefs souzdaliens prirent le titre de grands-ducs de Souzdal et de Vladimir. Ils furent confirmés dans ce titre par les Mongols pour prix de leur complaisant vasselage, et lorsque ensuite, sous Ivan Kalita, Moscou devint leur capitale, ils prirent le titre de grands-ducs de Moscou et furent reconnus comme tels par leurs proteirteurs mongols, en 1 328, à l'époque ou Guédémine chassait ces mêmes Mongols de Kiew.

Pendant plus de cent soixante ans après cette date, il n'est plus question du mot de Bussie dans le tzarat de Moscou.

Ce n'est qu'en i 492 que les ducs de Moscou sont appelés souverains de Russie, et raéine ils ne prennent pas personnellement ce titre : il leur est donné seulement par les Pysantins, toujours disposés à enfler les formules et à faire étalage d'érudition.

Et encore, il ne s'agit pour eux que de la Russie moscovite que l'on distingue soigneusement des Russies polonaises. C'est ce qui peut se voir dans le mémorable traité de Polanow, conclu en 1634 par le premier des Romanow, alors que la race de Rurik a cessé de régner. Michel Fédorovitch ne songe même pas à prendre le nom de souverain de la Russie et s'intitule grand-duc et tzar de Môscovie. Mais l'article 4 du traité établit clairement les droits de chacun sur les différentes Russies. En voici le texte : « Le roi de Pologne reconnaît le grand-duc Michel Fédorovitch pour tzar-autocrate de toutes les Russies moscovites, sans que ce titre puisse lui donner un droit quelconque aux Ruthénies, qui appartiennent ab antiquo à la Pologne et à la Lithuanie. »

Plus tard, cependant, les Allemands qui environnaient Pierre P*" lui ayant donné le titre d'empereur, qui est complètement étranger et au langage et aux notions des Moscovites, le rusé monarque profita de cette formule occidentale pour y accoler le nom de Russie, réservant en même temps à son profit les prétendus droits de Rurik, tandis que d'une part les Rurikovitches de la Klasma n'eurent jamais aucun droit Sur les Russies de la Pologne, et que de l'autre

les Romanow n'avaient aucun lien de descendance avec les Rurikovitches.

Personne en Europe n*y fit attention ; on ne connaissait pas la question, et on Taurait à peine jugée digne d'être discutée.

Mais le cabinet de Saint-Pétersbourg ne perdit pas de vue la pensée de Pierre. Catherine II, qui sut le mieux s'inspirer de la politique du prétendu réformateur, se donna, en 1764, le titre d'impératrice de toutes les Russies. Les puissances occidentales fermèrent les yeux comme à un fait insignifiant. Mais les Polonais, qui comprenaient la portée de cette usurpation de titre, avaient encore besoin d'être ménagés. Pour éviter donc toute réclamation, elle fit une déclaration publique dans laquelle elle disait qu'elle n'entendait pas « s'arroger, soit pour elle et ses successeurs, soit pour l'empire, aucun droit sur les contrées et territoires qui, sous les noms de Russie ou Ruthénie, appartiennent à la Pologne ou au grand-duché de Lithuanie. »

C'était, en d'autres termes, répéter l'article 4 du traité de Polanow. En méditant des usurpations de territoire par une usurpation de titre, Catherine endormait les méfiances, mais en même temps elle se condamnait d'avance aux yeux du droit.

Il est donc bien constant que le nom de Russfe, appliqué par le cabinet de Saint-Pétersbourg à l'État moscovite, ne lui appartient pas :

1^ Parce que les Rurikovitches de la Klasma,

promptement devenus Finnois, ont d'eux-mêmes renoncé à leur nom primitif ;

%"" Parce que l'invasion mongole compléta cette renonciation ;

3'' Parce que les Romanow n'étaient pas descendants de Rurik, et ne poiivaient pas faire revivre des droits que les Rurikovitehes eux-mêmes n'ont jamais eus.

Sans doute, puisque le traité de Polanow^ parle des Russies moscovites, on peut admettre que les Moscovites aient le droit de choisir le nom de Russes ; mais ce n'est qu'en faisant la distinction établie parle traité et répétée par Catherine. Cependant aujourd'hui, arguant de leur nom nouveau, les Moscovites repoussent la distinction, et il en ressort des conséquences politiques faciles à comprendre.

Les diplomates moscovites furent longtenips embarrassés de justifier le partage de la Pologne. Alexandre lui-même, au Congrès de Vienne, en avouait l'immoralité. « A ses yeux, dit-il, le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe. » Karamsin, partisan dévoué de l'autocratie, se garde bien de considérer comme un droit le crime de 1 772 ; il le considère comme un fait sur lequel il est difficile de revenir. Dans un mémoire adressé, le 17 octobre 1819, au tzar Alexandre, mémoire destiné à le détourner de toute restitution, il dit : « Qe que Catherine a fait, elle en répond devant

Dieu ; elle en répond devant Thistoire; mais ce qu'elle a fait est fait. »

Même pendant un demi-siècle, le cabinet de Saint- Pétersbourg, dans le langage officiel, reconnaissait le fait de violence. Car il donnait aux provinces polonaises qui lui échurent eii partage le nom de provinces prises (Zabrannïa). La brutale finesse de Nicolas ne s'accommoda pas de cet aveu, et il les fit appeler provinces unies à l'empire. Aujourd'hui, les diplomates et les littérateurs moscovites les appellent provinces réintégrées.

Cette habile gradation de mots répond aux diverses nuances de la pensée politique : la dernière expression crée pour Saint-Pétersbourg un droit nouveau, le droit de revendication. L'attentat confessé par Alexandre P' disparaît, et il n'y aurait dans le fait le plus exécrable de l'histoire moderne qu'une reprise de possession d'un antique héritage ! Voici en quels termes la Revue des Deux Mondes caractérise cette théorie de charlatan :

« Des princes normands-varègues ont autrefois » régné dans la Ruthénie, des princes normands- » varègues ont régné autrefois dans la Moscovie ; » l'on en conclut que ces deux pays ne font qu'un. » Cependant une même famille princière peut régner » sur des pays très-différents, comme l'histoire en » fournit de nombreux exemples. Si l'on s'avisait » d'appliquer à l'Occident le procédé moscovite, il » arriverait que les Espagnols, lés Napolitains et

)) même les Parmesans, qui ont eu des princes de » la maison de Bourbon, devraient faire commencer » I histoire de leur pays à l'entrée de Henri IV ^ » Paris L'assimilation ne serait complète que si Ton » en concluait que le souverain de l'Espagne ou de » ritalie doit régner sur la France. L'on devrait » admettre également que la France a le droit de » s'emparer de l'Allemagne, ou l'Allemagne de la » France (on peut choisir), parce que la dynastie de » Charlemagne a régné sur les deux pays. Il faut » bien remarquer d'ailleurs que les Normands- Va- >> règnes ont cessé de régner dans la Ruthénie en » 1319, et dans la Moscovie en 1597; qu'à cette » époque ces deux pays étaient complètement sépa- » rés l'un de l'autre, et le sont restés jusqu'en 1 772. » On a voulu encore, pour confondre les deux pays » en un seul, arguer d'une prétendue identité de » nom ; mais la reine de la Grande-Bretagne a-t- » elle des droits sur la Bretagne française. De tels » arguments ne méritent pas qu'on s'y arrête (1). »

Nous n'avons que peu de mots à ajouter à ces justes observations, et c'est pour les fortifier encore par d'autres rapprochements historiques.

Le seul lien politique qui a pu un instant unir dan^i 1^ passé au duché de Moscou, soit les provinces polonaises, soit les provinces de la Baltique (Ësthonie,

(i)ltrjuia iw?.

Livonie, Courlande), a été la conquête de ces divers États par les Scandinaves- Varègues. Or, ce sont les derniers conquis , les Moscovites , qui prétendent hériter des droits des Rurikovitches sur les premières provinces conquises. De sorte que, par la plus étrange des logiques, la Pologne, pour avoir fourni les conquérants de Moscou, devrait par cela même faire partie intégrante de la Moscovie. Car, ainsi que nous l'avons dit, la diplomatie moscovite fait aujourd'hui de la spoliation un acte de revendication. Les Moscovites ne se reconnaissent pas pour descendants des indigènes des pays sur lesquels régna Rurik, mais pour descendants de Rurik lui-même. Or, quand ainsi ils se disent Russes, c'est absolument comme si les Anglais d'aujourd'hui se disaient français par une descendance directe de Guillaume et de ses compagnons. L'analogie est en tous points frappante. Les Scandinaves de Rollon prennent la Neustrie française et adoptent la langue des Français qu'ils ont vaincus; les Scandinaves de Rurik s'établissent dans les provinces de la Baltique et du Dnieper, et adoptent la langue des Slaves qu'ils ont soumis. Les descendants de Rolion font la conquête de l'Angleterre et y apportent la langue française ; les descendants de Rurik font la conquête du duché de Moscou et y apportent la langue slave. Les Anglais ont donc aujourd'hui ' absolument les mêmes droits sur la France que les Moscovites sur la Pologne. Les hommes d'Etat qui admettent le principe de revendication à Saint-Pé-

tersbourg, doivent l'admettre à Londres. Ne suffit-il pas de ce rapprochement pour faire justice des prétentions moscovites?

Sans doute, les populations de Novvgorod, du Dnieper et du Dniester ont été, pendant une partie du moyen-âge, unies au duché de Moscou, mais de la même manière que les provinces occidentales de la France ont été unies à l'Angleterre .

De même qu'en France aussi, plus encore qu'en France, la tendance a été immédiatement vers la séparation. Par une conséquence du même sentiment, les Slaves du Dnieperse rapprochèrent de ceux de la Vistule, et dès que l'élément varègue eut disparu par une absorption lente, mais continue, c'est-à-dire au quatorzième siècle, l'union fut accomplie. Les Petits- Russes seuls refusèrent de s'y associer ; cela tenait à l'élément touranien représenté par les Cosaques du Dnieper. Mais les antipathies contre les Moscovites étaient si prononcées, que les Slaves de Nowgorod, tout en rejetant l'union avec la Pologne, refusaient toute association avec les tzars de Moscou ; et c'est à ce sentiment si prononcé qu'il faut attribuer la ruine de cette ville fameuse.

En résumé :

Les Romanow ne sont pas les descendants des Rurikovitches ;

Les Holstein-Gottorp ne sont pas les descendants des Romanow ;

Pierre I*' n'a pris le doib d^empereur de Russie que pour se déguiser eu monarque occidental ;

Les Moscovites n'ont pris le nom de Russes que pour dérober les Russies polonaises ;

L'introduction du Moscovite dans les conseils de L'Occident est le fait d'un intrus qui pénètre dans un salon sous un habit d'emprunt.

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