CHAPITRE XI
MANIFESTE DES LITTÉRATEURS MOSCOVITES DE SAINT-PÉTERS- R0UR6 EN FAVEUR DU RÉTARLISSEMENT DE LA POLOGNE jusqu'au DNIEPER.
Nous ne croyons pouvoir mieux fortifier nos réponses aux adversaires des principes exposés dans le présent écrit, qu'en démontrant que, même parmi les Moscovites, il se rencontre des hommes éclairés qui partagent nos convictions. Nous ne parlons pas des émigrés moscovites, dont les opinions pourraient être considérées comme manquant des garanties d'impartialité et même de science. Nous nommerons d'abord l'ancien secrétaire de l'ambassade moscovite à Londres, M. Tourgueneff, émigré en 1825, mais auquel le cabinet de Saint-Pétersbourg a restitué ses privilèges et ses droits. Nous citerons ensuite un manifeste vraiment remarquable de littérateurs moscovites qui vivent à Saint-Pétersbourg.
Voici ce que pense M. Tourgueneff sur les rapports des provinces polonaises avec la Moscovie : « Quant à la Pologne, dans l'état actuel des choses, » nous ne voyons de ce côté qu'inextricables diffi- » cultes ; ce pays sera toujours pour le gouverne-
» ment russe, et dans toutes les circonstances, si
» diverses qu^elIes soient, un immense embarras
x> Pour qu'une union soit forte et solide , il faut » qu'elle soit franche , librement consentie. Or, à » Texception des provinces russes d'origine, et qui » sont retournées à la Russie lors du premier partage » de la Pologne, le reste, c'est-à-dire la IJthuanie, n la Podolie, le royaume lui-même , ne sont guère, à » l'égard de la Russie , dans les conditions néces- » saires à une pareille union (1). )>
L'auteur revendique, il est vrai, pour Ja Moscovie les gouvernements de Witepsk. de Mohilew et de Kiew; mais, comme on peut le voir dans tout son ouvrage, c'est plutôt pour des besoins militaires et stratégiques, que pour des besoins de nationalité.
Quant aux littérateurs libéraux de Saint-Pétersbourg, ils se placent dans une région plus élevée même que la question de nationalité. C'est au nom de la civilisation, c'est dans l'intérêt des Moscovites eux-mêmes qu'ils demandent l'unité et l'indépendance de la Pologne avec les provinces Lithuano-Ruthènes. Un long manifeste dans ce sens a été publié dans une revue littéraire et politique qui se publiait à Saint- Pétersbourg sous le titre de Wremia (le Temps), livraison d'avril, et cette publication a motivé la suppression du journal.
(1) La Russie et les Russes^ tome lU, pages 43 ei 59*
Ce manifeste mériterait d'être traduit en entier. Car c'est la première fois que les Moscovites ont clairement caractérisé le véritable état de la question.
Qu'il nous soit permis d'en reproduire les principaux passages :